Antoine Armand,
un parcours et une communication d’homme pressé

Créé le

10.10.2024

-

Mis à jour le

28.10.2024

À 33 ans, Antoine Armand, député Renaissance, hérite du stratégique ministère de Bercy. Cela ponctue une ascension fulgurante pour ce Haut-Savoyard de cœur. Mais sa première prise de parole lui a peut-être retiré une arme pour réussir la politique économique...

Armand n’est pas seulement un prénom... Les plus anciens se rappellent de Louis Armand, résistant, haut fonctionnaire, grande figure de la SNCF mais également président de la Commission européenne de l’énergie atomique. Le nouveau ministre de l’Économie, Antoine, est son petit-fils.

Passé par l’École normale supérieure et l’ENA (promotion 2018 Georges Clémenceau), licencié en philosophie, ce Parisien de naissance a débuté sa carrière en 2019 au sein de l’Inspection générale des finances. Il y a travaillé sur la gestion de la crise du Covid-19 mais aussi sur des questions industrielles et des sujets de transition énergétique, comme la sortie des véhicules thermiques. Dans la même veine, en octobre 2023, alors député, Antoine Armand est nommé rapporteur de la « Commission d’enquête visant à établir les raisons de la perte de souveraineté et d’indépendance énergétique de la France ». Six mois de travail pour identifier six grandes erreurs, tirer six leçons et proposer six chantiers opérationnels déclinés en 30 recommandations pour les 30 prochaines années. Avec une ambition : la relance de la filière nucléaire.

Antoine Armand est devenu, à 33 ans, le plus jeune ministre de l’Économie de la Ve République. L’occasion de détrôner un certain Emmanuel Macron, l’homme derrière qui le nouveau ministre s’est engagé en politique. C’était en 2017 : il devient alors le référent départemental d’En Marche en Haute-Savoie, où se trouvent ses racines familiales. En 2022, cet homme que l’on dit vif et jovial devient député de la 2e circonscription de Haute-Savoie et est réélu à cette place en 2024, à la suite de la dissolution de l’Assemblée nationale. Dans la foulée, Antoine Armand prend en juillet dernier la présidence de la Commission des affaires économiques à l’Assemblée nationale. Un poste à peine occupé : il vient de le quitter pour prendre les rênes de Bercy, pour travailler a priori dans la continuité de son prédécesseur. En effet, son directeur de cabinet n’est-il pas Emmanuel Monnet, ancien conseiller technique en charge du financement de l’économie de Bruno Le Maire, artisan notamment de la loi PACTE il y a cinq ans ? L’ascension fulgurante d’Antoine Armand est celle d’un homme pressé.

Des premières déclarations remarquées

Pressé aussi de prendre la parole ! Il était le premier membre du nouveau gouvernement à s’exprimer dans la presse samedi 21 septembre, quelques minutes à peine après l’annonce des nominations. « Je ne serai pas le ministre de la confiscation fiscale ni celui du sous-investissement dans notre avenir économique et écologique. Je défendrai sans transiger la croissance, l’activité et l’emploi », déclarait-il au JDD. Lors de la passation de pouvoir, à Bercy, il salua Bruno Le Maire : « Je mesure la chance d’hériter d’un tel bilan. » Quelques jours plus tard, la Commission des Finances de l’assemblée nationale apprenait officiellement que le déficit budgétaire pour 2024 excèderait les 6 % !

Erreur de com’ ? Pas forcément ! Antoine Armand voyait le sujet de sa fenêtre. Il est ministre de l’économie, mais le budget et les comptes publics, confiés à Laurent Saint-Martin et directement rattachés à Matignon, ne sont pas dans son escarcelle. Car fait notable : le nouveau ministre de l’économie, des finances et de l’industrie (adieu la souveraineté numérique !) n’est qu’en neuvième position dans l’ordre protocolaire.

Dans la même veine, Antoine Armand garde ses habitudes de candidat, en expliquant que tous les partis sont les bienvenus à Bercy, à l’exception du Rassemblement national. L’occasion d’être recadré « clairement et fermement » par Matignon. Dans les jours suivants, on a moins entendu le nouveau ministre. L’occasion sûrement de se rebâtir un discours, tant il est évident que la communication est une arme majeure pour réussir à conduire la politique économique d’un pays. Comme pour la politique monétaire...

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº897
Dates clés
1991 : Naissance à Paris
2018 : Sortie de l’ENA
2022 : Élu député de la 2e circonscription de Haute-Savoie
2023 : Publication d’un rapport parlementaire sur la souveraineté énergétique
2024 : Nommé ministre
de l’Économie, des Finances
et de l’Industrie