4 août 2008, la loi de modernisation de l’économie consacre une nouvelle catégorie d’entreprises, auparavant noyée entre PME et grandes entreprises : les ETI, pour entreprises de taille intermédiaire. D’elles, Christine Lagarde dit alors qu’ « elles sont assez grandes pour être fortes et assez petites pour être indépendantes ». Statistiquement, elles comptent entre 250 et 5 000 salariés, réalisent un chiffre d’affaires compris entre 50 et 1 500 millions d’euros et s’appuient sur un bilan allant de 43 à 2 000 millions. Cette distinction entre PME et ETI rapproche la France de la définition du mittlestand allemand, cet Eldorado des économistes en termes de croissance et d’exportation. Mais le constat demeure le même : les ETI françaises sont deux fois moins nombreuses et moins grosses que les allemandes. La DGCIS en comptait 4 600 en 2007, contre 160 000 PME et 250 grandes entreprises. Une majorité d’entre elles n’avait pas plus de 500 salariés, et 1 400 étaient des filiales de groupes étrangers, n’entrant donc pas dans la cible des « champions nationaux en herbe ».
« Attention à la financiarisation excessive »
Ces entreprises de taille intermédiaire ne plaisent pas qu’aux pouvoirs publics. Elles sont aussi un segment regardé avec de plus en plus d’intérêt par les banques. Souvent anciennes et patrimoniales, les ETI présentent un meilleur profil de risque que les PME et ont, de fait, mieux résisté à la crise. La partie n’est pas pour autant gagnée pour ces entreprises qui pratiquent majoritairement l’autofinancement ou l’emprunt bancaire, mais devant sophistiquer leur financement pour atteindre la croissance que l’on attend d’elles. Les banques se réorganisent pour répondre à ces besoins de bas comme de haut de bilan. Surtout, les initiatives de place fusent pour favoriser leur entrée en Bourse. Ainsi, en mars, Christine Lagarde a remis, à Michel Barnier, les propositions de Fabrice Demarigny en faveur d’un Small Business Act boursier européen. « Attention toutefois à la financiarisation excessive de ces entreprises », a récemment prévenu le sénateur Philippe Marini, en retoquant un article du projet de loi de régulation bancaire et financière, assouplissant les conditions de rachat d’actions d’une société cotée sur Alternext. Car ces ETI n’ont pas toute la maîtrise des outils de financement sophistiqués. Une hétérogénéité de compétences qui n’est pas sans poser de problèmes aux interlocuteurs financiers de ces ETI, qui doivent sans cesse proposer du sur-mesure.
Si les ajustements sur l’offre, entrepris depuis 2008, sont nécessaires, ils ne doivent toutefois pas faire oublier que c’est sur la demande que se jouera la bataille pour le financement des ETI. Actuellement, les investisseurs restent dubitatifs devant cette catégorie d’entreprises qu’ils ne connaissent pas pour la plupart et dont ils savent mal évaluer le risque. Ainsi, si 80 % de la cote de NYSE Euronext est constituée par ces petites capitalisations, elles ne représentent pas plus de 5 % des volumes échangés. Et les contraintes qui s’accumulent sur l’épargne longue (fiscalité, règles prudentielles…) ne vont pas inciter les investisseurs à réorienter leurs fonds vers les ETI.
Portrait-robot de l’ETI
- 600 salariés
- 59 000 euros de valeur ajoutée par salarié
- 37 000 euros d’exportation par salarié
- Un siège en région parisienne…
- …mais des emplois en région
- Un actionnariat patrimonial (66 % des ETI)
- Principalement industrielles ou du BTP (37 %, contre 26 % dans les services et 22 % dans le commerce).