Modèles bancaires

Que feront les banques de la zone euro dans 10 ans ?

Créé le

29.11.2016

-

Mis à jour le

22.12.2016

En zone euro, les entreprises disposent d’une bonne capacité d’autofinancement. Et lorsque celle-ci est insuffisante, les entreprises désintermédient de plus en plus souvent leur financement. Ces tendances vont conduire les banques à adopter le modèle américain : l’essentiel des prêts sera octroyé aux ménages.

Deux évolutions importantes pour les banques se manifestent aujourd’hui dans la zone euro : la désintermédiation du financement des entreprises et un taux d’autofinancement des entreprises devenu très élevé. Il est donc probable que le poids des crédits bancaires aux entreprises va continuer à reculer. Quel sera alors le modèle bancaire dans la zone euro dans 10 ans ? Le modèle des États-Unis, où les banques prêtent essentiellement aux ménages ? Le modèle du Japon, où les banques prêtent essentiellement à l’État ? Quel sera le poids des banques d’investissement ?

La désintermédiation en chiffres

La première évolution importante est la désintermédiation du financement des entreprises. On observe, depuis la crise de 2008-2009, une tendance à la progression des obligations dans le financement des entreprises (l’encours d’obligations a progressé de 7 points de PIB, l’encours de crédit a reculé de 6 points de PIB).

Cette évolution est liée à l’évolution de la réglementation des banques, qui a accru le coût des financements bancaires par rapport à celui des financements de marché. Les marges de taux d’intérêt sur les crédits aux entreprises de la zone euro ont augmenté de 170 points de base de 2007 à 2016.

Les entreprises autonomes

La seconde évolution importante est l’apparition d’un taux d’autofinancement des entreprises de la zone euro. Le taux d’autofinancement (ratio des cash-flows à l’investissement) des entreprises de la zone euro est régulièrement devenu supérieur à 100 % depuis la fin de 2009 : les entreprises n’ont plus besoin de financements externes.

Ceci vient en partie de ce que le taux d’endettement des entreprises de la zone euro est resté élevé, en partie aussi d’un changement de stratégie des entreprises, qui veulent moins dépendre des financements externes. Si, durablement, les entreprises de la zone euro désintermédient leurs financements, et si les entreprises de la zone euro peuvent autofinancer leurs investissements, alors le poids des crédits bancaires aux entreprises de la zone euro va durablement diminuer. Que feront alors les banques de la zone euro dans 10 ans ?

Vers un modèle américain…

Si les banques de la zone euro prêtent de moins en moins aux entreprises, quel sera alors leur modèle ? Celui des banques américaines ? Elles prêtent essentiellement aux ménages puisque le financement des entreprises est très fortement désintermédié. L’encours de crédit aux ménages aux États-Unis représente 77 % du PIB, le crédit aux entreprises 14 %. Les banques de la zone euro vont probablement aller dans cette direction, mais lentement, en raison du niveau très élevé de l’endettement des ménages de la zone euro, qui a peu baissé depuis la crise, à la différence de ce qui s’est passé aux États-Unis, ce qui réduit le potentiel de distribution de crédit aux ménages dans la zone euro. Le taux d’endettement des ménages de la zone euro est toujours aujourd’hui au niveau de 2007, alors qu’il est revenu au niveau de 2002 aux États-Unis.

…ou japonais ?

Les banques de la zone euro pourraient-elles au contraire prendre le modèle des banques japonaises ? Les banques japonaises utilisent de plus en plus leurs ressources pour prêter à l’État, puisque les entreprises japonaises ont une capacité d’autofinancement considérable et que le secteur privé se désendette depuis la fin des années 1990 au Japon. Les banques japonaises détiennent des obligations publiques japonaises pour un montant de 205 % du PIB, la dette publique représente 240 % du PIB.

La faiblesse de la demande intérieure avec la baisse de la part des salariés dans le PIB a conduit à ce que les déficits publics au Japon aient été durablement très élevés ; et la baisse de l’endettement du secteur privé a naturellement conduit les banques japonaises à financer l’État.

Nous ne pensons pas que les banques de la zone euro vont évoluer dans la même direction que les banques japonaises. En effet, nous pensons que les pays de la zone euro vont continuer à réduire leurs déficits publics (en 2016, 2,1 % du PIB pour l’ensemble de la zone euro), pour maintenir la solvabilité budgétaire de la zone euro.

Les banques de la zone euro sont donc confrontées à la désintermédiation du financement des entreprises et à une capacité d’autofinancement forte des entreprises de la zone euro. Nous pensons que ceci va conduire les banques de la zone euro vers le modèle des banques américaines : une spécialisation croissante dans le financement des ménages.

Ce qui précède montre aussi que, même s’il y a désintermédiation, les financements de marché des entreprises devraient rester assez faibles, ce qui limitera les activités des banques d’investissement. Dans la période récente, les émissions nettes d’actions cotées et d’obligations des entreprises non financières de la zone euro dépassent à peine 1 % du PIB de la zone euro.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº803