Gestion d'actifs

Votre fonds est-il devenu trop gros ?

Créé le

13.12.2018

-

Mis à jour le

21.12.2018

Au-delà d’une certaine taille, certains fonds peinent à conserver le même style de gestion et à produire les résultats escomptés.

La taille d’un fonds d’investissement peut devenir une vraie contrainte pour les équipes de gestion. L’accroissement des encours peut en effet conduire le gérant ou la gérante à changer sa stratégie d’investissement ou à modifier la composition de son portefeuille afin de conserver un niveau de liquidité adéquat – c’est-à-dire sa capacité à vendre et à acheter les titres rapidement et sans impacter les cours de marché. Par exemple, pour conserver un niveau de liquidité adéquat, un fonds investi avec succès sur les petites capitalisations dans ses premières années peut évoluer au fur et à mesure que les encours augmentent vers un portefeuille avec des tailles de capitalisations beaucoup plus larges – un segment de marché où l’équipe de gestion n’a pas forcément la même expertise.

La capacité maximale d’un fonds, c’est-à-dire le volume d’encours à ne pas dépasser afin de préserver la qualité de sa gestion, dépend de nombreux paramètres dont certains changent au cours du temps. L’appréciation de la capacité n’est donc ni une tâche aisée, ni une science exacte, mais les investisseurs ont quelques outils à leur disposition pour mieux appréhender ce risque.

Quelques points à surveiller

Il n’y a pas de chiffre « magique » sur la taille maximale d’encours qu’un fonds peut gérer sans rencontrer de problème. La capacité peut être plus ou moins importante en fonction des ressources de gestion, de la stratégie d’investissement, de la classe d’actifs et du positionnement dans le cycle de marché. L’analyse de plusieurs points de données et de leur évolution dans le temps peut toutefois donner des indices sur un éventuel problème de capacité. L’évolution historique de la taille d’un fonds est un premier élément. Mais le fonds peut avoir simplement grossi parce que les actions du portefeuille sont en hausse. Les flux de souscriptions nets mettent en évidence plus exactement la quantité d’argent que le gérant a dû investir sur le marché. Le rythme de ces flux peut aussi représenter une contrainte. Il est plus difficile pour le gérant d’investir de larges sommes sur une très courte période et il peut même être obligé de détenir temporairement des liquidités, ce qui freine la performance en marché haussier. Par ailleurs, quand l’argent abonde rapidement dans un fonds, c’est souvent à la suite d’une bonne performance de court terme. Mais dès que la tendance s’inverse, une partie des actifs risque de ressortir aussi vite qu’ils sont rentrés, ce qui peut mettre le gérant en position de vendeur forcé.

Un changement important dans la taille de capitalisation moyenne d’un portefeuille peut signaler qu’un fonds a modifié sa stratégie d’investissement. Pour isoler l’effet de hausse de marché, on peut suivre ce point de données par rapport à des indices ou aux fonds concurrents. À titre d’illustration, le fonds de petites capitalisations américaines Virtus KAR Small-Cap Growth, dont les actifs ont augmenté de 500 millions à 5 milliards de dollars entre le début de l’année 2017 et fin septembre 2018, a vu la capitalisation moyenne de son portefeuille passer de 1,5 milliard de dollars à 5,5 milliards sur la même période (voir Tableau 1). Il s’agit là d’un signe clair de changement de profil pour cette stratégie. Cela peut avoir deux types de conséquences néfastes pour les porteurs:

  • d’une part, le gérant est peut-être en train de sortir de sa zone de confort, vers un segment de marché qu’il maîtrise moins bien ;
  • d’autre part, le fonds ne correspondra plus forcément au besoin initial de l’investisseur et à la place qui lui était assignée au sein d’un portefeuille diversifié (il peut, par exemple, désormais faire doublon avec d’autres fonds de grandes ou moyennes capitalisations détenus par ailleurs).
Un autre point à regarder est le nombre de positions détenues par le fonds. S’il augmente significativement, le gérant et son équipe doivent faire un effort de recherche plus important, mettant les ressources du fonds sous pression. Il y a par ailleurs un risque de « diluer » les paris et de réduire in fine le potentiel de génération d’alpha du produit.

Limiter les nouvelles souscriptions pour conserver une taille raisonnable

Pour compléter l’analyse de la capacité, l’investisseur doit par ailleurs s’intéresser à l’univers d’investissement du fonds et à ses concurrents directs. Plus un fonds est gros par rapport à ses concurrents et à la taille du marché dans lequel il investit, plus l’examen de la capacité doit être minutieux. Dans le cas du fonds Virtus KAR Small-Cap Growth, son indice le Russell 2000 Growth affiche une capitalisation totale de près de 1 200 milliards de dollars. Les actifs du fonds ne représentent donc que 0,45 % de cet univers d’investissement, sans compter que le fonds investit une partie de son portefeuille en dehors de l’indice. Comparé à ses concurrents de la catégorie Morningstar US Petites Capitalisations Croissance, le fonds Virtus n’est que le 9e plus important en taille sur 31 fonds actuellement dans la catégorie. Il est également instructif de regarder à quel moment des fonds similaires ont fermé leurs portes aux nouveaux investisseurs. Par exemple, au sein de la catégorie Morningstar US Petites Capitalisations Croissance, le fonds Janus Henderson Triton a été fermé aux nouvelles souscriptions en mai 2015, à 7 milliards de dollars, et le fonds Brown Capital Management Small Company en octobre 2013, alors qu’il atteignait 2,8 milliards de dollars. Le fonds Virtus KAR Small-Cap Growth a finalement été fermé aux nouveaux investisseurs le 28 septembre 2018, après avoir dépassé les 5 milliards d’encours.

Une pratique vertueuse de certaines sociétés de gestion consiste à annoncer en amont la taille maximale que leurs fonds sont susceptibles d’atteindre avant fermeture. Par exemple, la société Moneta Asset Management mentionne dans le prospectus de son fonds Moneta Micro Entreprises qu’elle n’accepte plus de souscriptions sur cette stratégie au-delà de 250 millions d’euros d’encours [1] afin de ne pas dénaturer le style d’investissement. Malheureusement, d’autres sociétés de gestion cèdent plus facilement à la tentation d’engranger des gains de court terme en continuant à accepter les souscriptions, même au risque de réduire le potentiel de performance des fonds à plus long terme. Pour l’investisseur, l’un des moyens de gérer le risque de capacité est aussi de privilégier des sociétés de gestion qui appliquent une politique sérieuse à cet égard.

 

1 Le fonds Moneta Micro Entreprises est fermé aux nouveaux investisseurs depuis juillet 2009.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº827
Notes :
1 Le fonds Moneta Micro Entreprises est fermé aux nouveaux investisseurs depuis juillet 2009.