Stratégie d’investissement

La volatilité des marchés financiers, un obstacle pour l’épargne retraite ?

Créé le

03.05.2013

-

Mis à jour le

05.06.2013

Franck Nicolas revient sur la nécessité de compléter la retraite par répartition par une retraite par capitalisation. Mais la gestion de cette épargne présente des particularités pour assurer à terme, dans des marchés de plus en plus complexes, un complément de revenus. En outre, l’absence de dispositif ad hoc stable oblige à un fine tuning des stratégies d’investissement.

Les difficultés financières des régimes de retraite et du système de santé posent à l’État de graves difficultés à long terme, pour assurer la pérennité et la soutenabilité du dispositif. Les coûts liés au vieillissement représentent pour lui des engagements latents mais certains, qui découlent de ses fonctions d’employeur et de prestataire de services sociaux. De plus, les responsabilités de la puissance publique peuvent aller au-delà des engagements explicites et englober un rôle « d’assureur de dernier ressort ». C’est une source supplémentaire de charges implicites et contingentes dont le montant peut être considérable.

Au cours des prochaines décennies, la part dans le PIB des dépenses publiques en rapport avec le vieillissement (retraite, santé et soins à long terme) va sans doute augmenter très fortement. En l’absence de nouvelles réformes, d’économies dans d’autres domaines ou d’évolution de la répartition des risques, le coût du vieillissement et des engagements publics qu’il suppose peut peser défavorablement sur les finances publiques et les notations de la dette souveraine.

Vers une logique de capitalisation individuelle pour la retraite

Au fur et à mesure que les États sont amenés à se désengager d’une prestation de retraite, la problématique du financement des retraites évolue de plus en plus d’une logique collective vers une logique individuelle. Même si une logique de répartition devrait continuer encore longtemps, elle doit être complétée par une indispensable capitalisation. Ainsi, l’environnement actuel de l’épargne-retraite se caractérise par une réforme des retraites et un allongement de la durée de vie rendant nécessaire la constitution d’un complément de retraite par capitalisation individuelle, ce qui transfère la responsabilité du risque vers les particuliers.

Les marchés financiers peuvent jouer un rôle important dans la gestion des risques liés au vieillissement. C’est pourquoi, les gouvernements devraient s’efforcer d’encourager et d’influencer leur évolution en ce domaine.

Il leur faut aussi repenser la répartition des risques entre le secteur public, le secteur privé et les ménages. Dans certains cas, les pouvoirs publics peuvent se contenter d’encadrer ou d’orienter les participants du marché pour remédier aux insuffisances de celui-ci ; dans d’autres, ils peuvent être obligés d’intervenir directement pour assurer un niveau minimum de couverture. Certains risques sont peut-être mieux gérés par les ménages, mais leur en faire assumer davantage exigera des mesures supplémentaires pour garantir qu’ils en ont la capacité. Le dosage de ces différentes solutions dépendra de la sophistication comme de la profondeur des marchés financiers et des institutions, mais aussi de considérations culturelles et sociales.

Faire de la retraite un âge d’opportunité

Dans toutes les sociétés, trois éléments essentiels devront être pris en compte pour faire de la retraite un âge d’opportunité et non un âge de détresse financière :

  • l’accès aux moyens financiers pour se préserver une capacité d’épargne par capitalisation, avec effort des employeurs et de l’État pour faciliter cette démarche ;
  • l’accès à une gamme appropriée de produits d’épargne et d’assurance compatible avec une logique de constitution de complément de retraite ;
  • l’accès au conseil financier pour les aider à assumer ces responsabilités : les épargnants, sur qui une responsabilité de plus en plus lourde va peser pour se constituer un complément de retraite, sont souvent mal préparés à ces enjeux.
Dans ce cadre, les épargnants souhaitent :

  • se prémunir contre les perturbations des marchés, toujours plus volatils ;
  • obtenir des rendements performants ;
  • avoir des produits souples et personnalisables selon leur besoin.
Tout au long du cycle de vie de l’épargnant, plusieurs questions doivent régulièrement être posées : à quel âge doit-on commencer à épargner ? quand doit-on augmenter et diminuer son épargne ? quels produits choisir ? quel degré de risque assumer ? existe-t-il des sous-jacents à privilégier, comme l’immobilier par exemple ? comment sécuriser ses revenus ? faut-il sortir en rente ou en capital ? quels produits d’assurance pour protéger son épargne ?

Les spécificités des investissements de retraite

Par rapport à une épargne classique, les investissements en vue de la retraite se caractérisent par cinq éléments particulièrement structurants :

  • la nécessité de provisionner ou, du moins, d’évaluer le besoin en capital pour faire face au niveau de vie qu’un supplément de retraite individuelle devra apporter. De ce point de vue, la planification financière est déterminante. Le rendement des placements est par nature très important, mais il faut également dégager régulièrement des versements immobilisés en vue de la retraite. En effet, le supplément de revenu que l’on cherche à obtenir ne peut s’obtenir qu’au prix d’une discipline d’épargne régulière et suffisamment précoce ;
  • l’horizon de long terme. Dans la plupart des cas, l’horizon d’investissement, pour celui qui commence à temps, est très long. La stratégie d’investissement demeure décisive, davantage que les choix de portefeuille. On sait en effet que les décisions d’allocations d’actifs et de choix de la stratégie sont plus importantes que la sélection de titres dans un horizon long ;
  • l’abondement régulier des comptes. Dans la mesure où le placement pour la retraite va s’envisager sur toute une vie active, le « portefeuille » sera régulièrement réalimenté. La différence est majeure par rapport à une optique patrimoniale dont le stock serait plus important que les flux, car cela va modifier le « barycentre » du compte sur la durée et interagir sur la stratégie d’investissement ;
  • la maîtrise d’un grand nombre d’aléas. Consubstantiel à l’horizon long, le nombre d’aléas à maîtriser est particulièrement important : profil de carrière, rentabilité des marchés financiers, évolution de la fiscalité, du cadre réglementaire et de la répartition, hypothèse sur sa propre mortalité, etc. ;
  • une phase d’épargne et une phase d’utilisation. Si l’on considère que l’épargne accumulée sera utilisée pour devenir un complément de retraite, les stratégies peuvent se rejoindre, mais aussi se différencier dans chacune des phases. Des variantes communes mais aussi spécifiques existent et la deuxième phase, en particulier, reste typique d’un investissement lié à la retraite.

Des marchés de plus en plus volatils

Malheureusement, les marchés financiers sont entrés depuis quelques années dans un régime de plus haute volatilité. La diversité des intérêts des intervenants – certains investissent toujours à long terme, d’autres tentent de tirer partie de mouvements de plus courte durée –, la facilité avec laquelle se déplacent les capitaux d’un endroit à l’autre de la planète et les bouleversements économiques récents – bulle Internet, arrivée en puissance des pays émergents, crise financière puis économique sans précédent, endettement des États, vieillissement des populations… – ont considérablement modifié la hiérarchie des actifs financiers.

Ainsi, la théorie qui voulait que les actions rapportent davantage dans le long terme au prix d’un risque de court terme plus élevé reste probablement vraie, mais avec des évolutions courtes de plus en plus heurtées et une surperformance dont l’horizon d’atteinte s’est probablement allongé. Du coup, fonder sa stratégie d’investissement en vue de la retraite sur une seule allocation d’actifs étalonnant de manière un peu académique les couples rendement-risque des différents actifs est insuffisant.

En fait, le risque global de l’allocation d’actifs peut être désactivé au fur et à mesure du temps. En effet, à l’approche de l’âge de la retraite, l’utilisation de l’épargne peut être plus fréquemment envisagée et le temps pour reconstituer une partie de la richesse détruite par une forte baisse des marchés sera plus réduit. Des logiques générationnelles (life cycle ou target date funds) incluant un désinvestissement automatique à l’approche de la retraite sont particulièrement précieuses pour calibrer le risque sur tout le plan d’investissement.

Des actions aux OPCI

Toutefois, à 50 ans par exemple, à une dizaine d’années de la retraite (voire plus), là où le niveau de vie va baisser, il ne serait pas illégitime d’inclure encore 40 % d’actions dans son allocation stratégique mais avec plusieurs remarques. D’une part, il faut avoir une épargne de précaution, disponible à tout instant, pour ne pas être obligé de vendre au mauvais moment. Ensuite, ce niveau d’actions doit être réduit au fur et à mesure que l’on approche de la retraite pour avoir un patrimoine plus liquide à l’approche de celle-ci – il serait donc logique d’aborder la retraite avec 10 % d’actions, et non 0, car l’espérance de vie reste élevée à 60 ou 65 ans. Puis, même si ce niveau stratégique décline, du point de vue tactique, il est possible de retarder un allégement (en cas de forte chute des marchés) ou de l’anticiper (en cas de forte hausse) : en effet, les investisseurs n’interviennent jamais suffisamment à contre-courant et se laissent piéger dans de fortes baisses sans s’être allégés. De plus, il conviendrait d’utiliser des supports d’assurance vie ou de PEA [1] pour inclure une stratégie fiscale, étant entendu que la stratégie financière ne peut pas être la seule voie constitutive d’une épargne retraite. Il est également important de continuer une phase d’épargne et notamment de la diversifier dans d’autres classes d’actifs ( OPCI [2] , par exemple). Enfin, souscrire à des produits qui permettront une sortie en rente ( Perco [3] , par exemple) en plus d’une sortie en capital (patrimoine boursier non cédé à un assureur) reste la meilleure façon d’optimiser le maintien d’un niveau de vie convenable à la retraite, en même temps que de conserver un potentiel de transmission important. De ce point de vue, le Perp [4] oblige à sortir en rente pour 80 % au moins. Toutefois, les sorties en rente sont trop peu représentées en France. Pourtant, outre le fait qu’elles bénéficient d’une réversion, elles permettent de sécuriser un revenu minimum bien utile au moment où le taux de remplacement se dégrade rapidement.

Dans tous les cas, il faut garder en tête que la stratégie d’investissement a vocation à protéger le patrimoine contre l’érosion monétaire et par conséquent que l’objectif, certes modeste, de battre le taux d’inflation capitalisé – ou protéger le capital en termes réels et donc protéger le pouvoir d’achat du capital investi sur plusieurs années – demeure probablement le plus réaliste.

Un dispositif plus lisible

Il est évident qu’un dispositif plus lisible gagnerait à être mis en place, afin de simplifier les possibilités existantes, élargir les outils d’investissement éligibles entrant dans le financement de l’économie et stabiliser la fiscalité des produits. Pour les épargnants, il s’ensuivrait la possibilité de réellement construire une stratégie de placement en vue de la retraite, en se fondant sur un dispositif durable, qui ne soit pas sans arrêt remis en question.



1 Plan d'épargne en actions. 2 Organisme de placement collectif en immobilier. 3 Plan d'épargne pour la retraite collectif. 4 Plan d'épargne retraite populaire.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº761bis
Notes :
1 Plan d'épargne en actions.
2 Organisme de placement collectif en immobilier.
3 Plan d'épargne pour la retraite collectif.
4 Plan d'épargne retraite populaire.