Innovation

Vers une plate-forme électronique de troc

Créé le

30.04.2013

-

Mis à jour le

30.08.2013

OpenBarter propose une plate-forme d’échange ​électronique de valeurs qui fonctionne sans passer par une référence ​monétaire ou un prix offert ou demandé : ce système de « troc » permettrait de trouver la contrepartie et la liquidité dans des conditions de coût performantes.

Basé sur le vieux principe du troc, openBarter est organisé de la même manière que les grandes places de marché, comme un ≪ central limit order book ≫ (CLOB).

Du CLOB classique…

Extérieurement, openBarter est un organe qui admet en entrée des ordres du type « Je veux échanger telle valeur contre, au moins, telle quantité de telle autre valeur » et produit en sortie des mouvements portant les valeurs effectivement échangées d'un propriétaire avec un autre.

Un CLOB classique fonctionne comme suit : c'est un livre d'ordres d'achat ou de vente de titres qui sont en attente de mise en relation. Un ordre d'achat demande une certaine quantité d'un titre particulier à un prix maximum, tandis qu'un ordre de vente propose une quantité à un prix minimum. Lorsqu'un nouvel ordre est inséré dans ce CLOB, celui-ci recherche une mise en relation au meilleur prix. Si aucune n'est trouvée aux limites de prix fixées, l'ordre est simplement ajouté au livre d'ordres et le traitement se termine ; sinon, la relation ayant le meilleur prix est trouvée et produit un cycle d'échange entre l'acheteur et le vendeur, sous la forme de deux mouvements qui transfèrent les propriétés des titres et du montant financier correspondant. Comme il se peut que l'ordre entrant ne soit pas épuisé par cette mise en relation, le mécanisme est réitéré tant qu'un reliquat du nouvel ordre subsiste.

…à des échanges fondés sur un couple qualité/quantité

OpenBarter fonctionne de la même manière qu'un CLOB sur des valeurs fongibles (matières premières, devises, valeurs mobilières…) avec les différences suivantes. Une valeur est représentée  par un couple qualité/quantité : par exemple, 10 tonnes de blé. Il mesure les valeurs échangées seulement par leurs quantités. Par prix, on entend ici la mesure de la volonté d'échange. Pour un ordre qui fournit une valeur et en demande une autre, ce prix est défini comme le ratio ω entre quantité fournie et quantité demandée. Il augmente lorsque la quantité fournie augmente, et diminue lorsque la quantité demandée augmente. Ce ratio permet une compétition sur les prix sans l'usage de la monnaie. Ce principe [1] s'étend à des cycles intégrant plus de deux partenaires, ce qui rend le marché presque aussi fluide qu’un CLOB classique si la diversité des qualités reste raisonnable.

Quelle utilité économique ?

En augmentant le profit, la fluidité et la coopération par des échanges multilatéraux (voir Encadré 3), OpenBarter permet aussi :

  • de mettre en place des instruments de marché indépendants de la monnaie ;
  • d’appréhender le caractère multidimensionnel des valeurs de l’économie (au lieu de mesurer les valeurs seulement par la monnaie) ;
  • de maintenir une économie de marché, même avec les quotas imposés par des rationnements sévères.
Grâce à ces trois propriétés, il permet :

  • de construire des instruments de marché de la régulation de l'économie écologique. L'histoire montre que les crises financières sont cycliques et qu'en l'absence d'une monnaie stable l'économie subsiste en développant à un troc primitif. Les instruments de marché actuellement mis en place pour la régulation écologique sont tous basés sur la monnaie et deviendraient inefficaces si la crise économique s'aggravait, laissant l'humanité démunie de tout moyen d'action sur la régulation écologique ;
  • d'organiser des coopérations économiques multilatérales, en favorisant le libre échange des acteurs et la croissance d'une richesse endogène ​;
  • de concilier l'économie de marché avec la nécessité de fixer des quotas sur une multitude de valeurs. Les outils de régulation qui multiplient les quotas en se basant sur la monnaie divisent d'autant l'efficacité de chacun [2] ;
  • d'ajuster les quotas sans agir sur la régulation économique. Notre connaissance limitée des régulations naturelles nécessite périodiquement des ajustements des quotas qui agissent sur toute la régulation économique et pas seulement sur la ressource considérée ;
  • d’appréhender une complexité inhérente aux milieux naturels (biodiversité, gaz à effet de serre, ressources hydrographiques, massifs forestiers, services environnementaux, etc.), qui se manifeste toujours sur le terrain des projets qui traitent de l'un de ces sujets.

Spéculateurs s’abstenir

Ce service répond aux besoins qui ne sont pas ceux des spéculateurs [3] mais ceux des agents de l'économie réelle, en apportant une solution à la régulation écologique et à la crise financière de l'économie mondiale. Sera-il développé par l'industrie bancaire pendant qu'il en est encore temps ?

1 Pour un échange bilatéral, l'accord sur les ω (prix) est vérifié si le produit des ω des deux ordres est égal à 1. On définit pour un cycle d'échange Ω comme le produit des ω de ses ordres. C'est un nombre sans dimension. Le cycle qui maximise Ω est choisi comme le meilleur. On peut montrer que la règle classique du meilleur prix ferait le même choix. Ω mesure la volonté collective d'échange. Lorsqu'il est plus grand que 1, la volonté collective est suffisante pour trouver un compromis permettant d'obtenir des échanges plus avantageux que les ω maximums des ordres du cycle. Ce principe a fait l'objet d'une publication sur le site de la World Economic Association. http://rfconference2012.worldeconomicsassociation.org/?paper=electronic-barter-market-of-fungible-values. 2 C'est d'ailleurs pour cette raison que la diversité des gaz à effet de serre a été simplifiée par un équivalent CO2 , somme des masses de chaque gaz pondéré par un coefficient dit Global Warming Potential, cet équivalent CO2 n'ayant pas de réalité physique. 3 Maximiser la volonté collective d'échange et maximiser le profit individuel sont deux objectifs qui se distinguent pour des cycles d'échange non bilatéraux.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº763
Notes :
1 Pour un échange bilatéral, l'accord sur les ω (prix) est vérifié si le produit des ω des deux ordres est égal à 1. On définit pour un cycle d'échange Ω comme le produit des ω de ses ordres. C'est un nombre sans dimension. Le cycle qui maximise Ω est choisi comme le meilleur. On peut montrer que la règle classique du meilleur prix ferait le même choix. Ω mesure la volonté collective d'échange. Lorsqu'il est plus grand que 1, la volonté collective est suffisante pour trouver un compromis permettant d'obtenir des échanges plus avantageux que les ω maximums des ordres du cycle. Ce principe a fait l'objet d'une publication sur le site de la World Economic Association. http://rfconference2012.worldeconomicsassociation.org/?paper=electronic-barter-market-of-fungible-values.
2 C'est d'ailleurs pour cette raison que la diversité des gaz à effet de serre a été simplifiée par un équivalent CO2 , somme des masses de chaque gaz pondéré par un coefficient dit Global Warming Potential, cet équivalent CO2 n'ayant pas de réalité physique.
3 Maximiser la volonté collective d'échange et maximiser le profit individuel sont deux objectifs qui se distinguent pour des cycles d'échange non bilatéraux.