Europe

Vers une forme originale de désintermédiation

Créé le

11.10.2013

-

Mis à jour le

30.10.2013

Le financement des entreprises pourrait être assuré en Europe sans pour autant recourir à la titrisation telle qu’elle est pratiquée outre-Atlantique. Ainsi la désintermédiation prendrait-elle, en Europe, une forme spécifique, qui devrait être encore plus marquée en France que dans le reste du continent.

Bâle III pousse les établissements bancaires à gérer de façon plus dynamique leurs bilans, à maîtriser leur croissance pour être en mesure de respecter des exigences de fonds propres renforcées. Il était donc logique de s’attendre à un développement de la titrisation, c’est-à-dire de la cession par les banques des crédits qu’elles avaient accordés à leurs clients et conservés jusqu’ici à l’actif de leur bilan.

Ce mouvement tarde à se matérialiser. La crise financière et les pertes enregistrées par les investisseurs et les banques sur les produits structurés de crédit ont freiné les ardeurs. Des tentatives de relance du marché de la titrisation ont été faites, sans beaucoup de succès toutefois. Les banques ont pu assez largement se refinancer en émettant des covered bonds, ce faisant elles ont apporté des créances en garantie mais elles ne les ont pas cédées. D’autres voies ont été utilisées pour éviter une croissance désormais inopportune des bilans bancaires. La première a consisté à inciter les entreprises à s’adresser directement au marché pour se refinancer. Les banques sont alors intervenues en tant que prestataire de services, mais pas en tant que porteur du risque final. Ainsi plus de 80 % des besoins des entreprises du SBF 120 seront-ils été assurés par le marché en 2013.

Cette possibilité offerte aux entreprises a été favorisée par des taux d’intérêt bas qui ont permis aux entreprises d’obtenir des taux finaux corrects malgré les charges liées à ces émissions. Ces obligations se sont d’autant mieux placées que la liquidité était abondante et donc la demande des investisseurs importante. Il n’est bien évidemment pas acquis que ces conditions exceptionnelles perdurent. Un relèvement des taux de marché rendra ce type de financement plus coûteux et la sélection des risques peut également être plus rigoureuse à l’avenir. Le marché du crédit ne fournit pas en effet de garantie d’accessibilité.

Une autre forme de désintermédiation, complémentaire de la précédente, consiste à créer des fonds dans lesquels sont logés des portefeuilles de crédits précédemment accordés par les banques. L’avantage d’un tel dispositif est qu’il permet de refinancer les crédits aux PME. Les banques peuvent ainsi continuer à accorder de nouveaux crédits sans pour autant accroître leur risque. Cette voie, plus récente, se trouve encouragée par la toute récente adaptation de la réglementation applicable en la matière aux compagnies d’assurance, qui facilite leur investissement dans ces fonds. Les actifs non cotés sur les marchés seront de plus appréciés des assureurs dans le cadre de Solvabilité 2.

Au total, le financement des entreprises pourrait être assuré en Europe sans pour autant recourir à la titrisation telle qu’elle est largement pratiquée outre-Atlantique. Ainsi la désintermédiation prendrait-elle, en Europe, une forme spécifique. Cette spécificité devrait être encore plus marquée en France que dans le reste de l’Europe.

Des banques plus dépendantes des financements de marché

Qu’en est-il de la France ? Le pays présente la particularité d’avoir des circuits d’épargne très cloisonnés, pilotés par la puissance publique grâce à des incitations fiscales. Le livret A, les livrets défiscalisés et l’assurance vie trustent en effet l’essentiel des flux nouveaux d’épargne. Le livret A et le livret de développement durable ont des emplois fléchés dont seule une fraction est dirigée vers le financement des entreprises. Les fonds euros, qui constituent l’essentiel des souscriptions d’assurance vie, financent principalement la dette publique et, dans une moindre mesure, les entreprises.

Les banques françaises se trouvent de ce fait plus dépendantes des financements de marché que les autres banques européennes. Cette dépendance est considérée comme une fragilité par les agences de notation. Non sans raison, puisqu'en cas de tension sur les marchés, certains établissements, jugés plus fragiles pourraient éprouver des difficultés à se refinancer ou le faire à des conditions plus onéreuses.

Ainsi semble se dessiner progressivement, sous l’influence de Bâle III, un nouveau mode d’intermédiation financière en Europe qui requiert une moindre sollicitation du bilan des banques sans pour autant conduire autant que dans la finance anglo-saxonne à une marchéisation du financement de l’économie.

Cette intermédiation à l’européenne a le mérite de prendre en compte une réalité qui est parfois un peu oubliée : les marchés financiers européens n’ont pas la profondeur du marché américain. Elle a pour effet d’entraîner une dispersion des risques dont on apprécie cependant mal les caractéristiques. Si, comme on peut le penser, ce phénomène prend de l’ampleur, il serait bienvenu que le régulateur se dote des moyens propres à disposer d’une cartographie précise des porteurs du risque final. Ceci pour éviter toute concentration qui fera ressurgir un risque systémique que l’on a souhaité, par ailleurs avec Bâle III, réduire au sein du système bancaire.

Sécuriser les circuits

La sécurisation du système bancaire sous l’effet de Bâle III est un progrès. Ce même souci de sécurisation doit donc trouver à s’appliquer à l’ensemble des circuits d’intermédiation qu’ils soient bancaires ou financiers.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº765