Communication et marchés

Vers une analyse financière en faveur des petites sociétés cotées

Créé le

23.03.2011

-

Mis à jour le

31.03.2011

Bon nombre de ​PME ou d’ETI cotées ne bénéficient d’aucune analyse ​financière ; les courtiers la réservent le plus souvent aux valeurs qui ​font l’objet de nombreuses transactions. Ce manque de visibilité les ​prive de sources de financement. Un dispositif expérimental rattaché à ​l’Observatoire du financement des entreprises par le marché a été lancé pour leur proposer de bénéficier d’une analyse indépendante.

Les analystes financiers jouant un rôle clé dans la production et la transmission de l’information parmi les acteurs de marché, ils exercent une influence considérable sur les marchés. En collectant et en interprétant l’information en lien avec les sociétés et les secteurs économiques, ils documentent des prévisions et des recommandations en des rapports écrits. De fait, ils fournissent aux investisseurs de la recherche en investissement qui a de la valeur puisqu’elle va les aider dans leurs décisions d’investissement.

Les valeurs petites et moyennes ne sont pas suivies

Malgré cela, la réalité du marché français est simple : plus de la moitié des valeurs petites et moyennes françaises ne sont pas suivies, au moment où 80 % des sociétés cotées sur Euronext sont des PME et ETI. De plus, quatre entreprises cotées sur dix ne font l’objet d’aucune analyse financière à Paris. Or, la carence d’analyse financière sur une PME ou une ETI cotée et, de surcroît, d’une communication financière ciblée, constitue un frein à son développement et à sa capacité d’innovation. Elle l’écarte de l’obtention de financements auprès des investisseurs puisque c’est la couverture d’une société qui conditionne l’investissement par un gérant d’actifs. Cette carence trouve sa justification dans le modèle de financement des courtiers, rémunérés sur les flux de transaction. Puisqu’ils se rémunèrent sur les ordres passés par leur intermédiaire, les courtiers dont la prestation intellectuelle de production d’analyse financière ne constitue pas une activité principale, fournissent des études sur les sociétés les plus traitées, c’est-à-dire sur celles qui présentent un volume d’ordres significatifs. Cette démarche défavorable aux petites et moyennes capitalisations s’est accentuée à la suite de la transposition de la Directive MIFID. Or la recherche n’est véritablement indépendante qu’au travers d’un mode de financement ne reposant pas sur des flux de transaction. Ce constat laisse une place de choix au financement d’une recherche indépendante, faisant la part belle aux valeurs petites et moyennes françaises, peu ou pas suivies par les analystes financiers.

Les pouvoirs publics alertés

Si l’on part du principe que les PME et ETI incarnent une large capacité d’innovation, l’enjeu du financement d’une recherche indépendante est de taille pour la compétitivité de la Place financière française. À l’origine, un courrier a été envoyé par la Compagnie des analystes financiers indépendants (CAFI) et Middlenext, l’association représentative des valeurs moyennes cotées, au Ministre. Le constat de la CAFI a consisté à dire que l’analyse financière indépendante n’a pas connu un développement souhaitable en France. Les acteurs de Place ont donc alerté le ministère des Finances sur cette réalité. À la faveur du financement des PME et ETI cotées, un groupe de travail sur l’Analyse financière indépendante (AFI), présidé par la DG du Trésor, a été réuni à la demande de Mme Christine Lagarde, comprenant l’ensemble des acteurs concernés (AMF, NYSE Euronext, Caisse des Dépôts et Consignations, Oseo, AMAFI, Association française de gestion – AFG –, Middlenext, SFAF, CAFI, IdMidCaps, des représentants des émetteurs, des investisseurs, des analystes, des sociétés d’analyses volontaires). Le cabinet du Ministre s’est interrogé sur la façon d’améliorer le financement des PME ainsi que sur leur présence dans le circuit des marchés organisés sur lesquels elles sont cotées.

Un dispositif expérimental est lancé

En février 2011, les acteurs de Place ont lancé un dispositif expérimental sous l’égide d’un Conseil de l’analyse financière, rattaché à l’Observatoire du financement des entreprises par le marché, créé à l’été 2010, destiné à inciter les PME cotées à bénéficier d’une analyse financière. Cette initiative a vocation à créer un cercle vertueux autour des valeurs petites et moyennes, sources d’innovation. Elle entre dans le cadre des projets destinés à faciliter l’accès des PME et ETI aux marchés financiers, réunissant plusieurs acteurs de Place, à l’initiative de Bercy. Cette initiative est à rapprocher, d’une part, du Fonds stratégique d’investissement (FSI) qui intervient en fonds propres en investisseur avisé dans des entreprises françaises, dans les secteurs industriels et dans les services, porteuses de projets industriels créateurs de compétitivité pour l’économie et d’autre part, du Commissariat à l’investissement destiné à financer l’innovation au travers d’un grand emprunt lancé en 2010, permettant d'investir 35 milliards d'euros dans cinq priorités d’investissement d’avenir en France.

Enjeu et fonctionnement

Dans ce contexte favorable aux PME et ETI cotées, il est crucial que le dispositif expérimental soit un succès.

L’enjeu ​du dispositif est de développer une offre diversifiée, librement choisie et la plus transparente, en dehors de celle offerte par les courtiers ou par des personnes dépendantes des syndicats de placement à l’occasion d’opérations financières de taille significative. L’idée est que les PME et ETI cotées aient accès à une analyse financière indépendante dont le modèle de rémunération repose sur un montant fixe, ne soit pas lié aux flux de transactions, de façon à ​rencontrer de nouveaux investisseurs. Un tel dispositif ​de financement strictement volontaire garantit le respect des bonnes pratiques professionnelles, pour assurer une analyse annuelle des petites et moyennes valeurs (qui inclurait les comptes annuels et semestriels, le suivi des annonces pendant un an) actuellement non suivies et susceptibles d’intéresser les investisseurs.

En termes d’organisation, ce dispositif expérimental est doté d’un budget de 300 000 euros, financé par l’AFG et Nyse Euronext. Dans ​ce cadre, environ 40 entreprises bénéficieront d’une analyse. Les entreprises éligibles par le Conseil de l’analyse financière pour l’obtention de ce service devront n’avoir bénéficié d’aucune analyse financière au cours de ces 18 ​derniers mois et avoir respecté leurs obligations en matière de communication financière.

Des critères d’éligibilité stricts sont pris en compte, ce qui restreint la portée de cette initiative : la capitalisation boursière de la société est comprise entre 50 millions et 1 ​milliard d’euros et le volume moyen des transactions quotidiennes enregistrées doit être au moins de 5 000 euros ou de 10 000 euros par jour de Bourse au cours des six derniers mois.

Financement et publication de l’analyse : pour bénéficier de la recherche, l’entreprise concernée payera un tiers du prix total de l’analyse 14 000 euros HT, soit 4 667 euros HT. Les deux autres tiers seront pris en charge par des investisseurs représentés par l’AFG et NYSE Euronext. L’analyste choisi par le Conseil de l’analyse financière sera tenu de transmettre son analyse à la société après 3 ​mois. Cette dernière sera rendue publique 15 ​jours plus tard sur le site Internet de l’Observatoire du financement des entreprises par le marché. ​La publication de nouvelles analyses devrait accroître les volumes de transactions sur la société éligible tout en conférant de nouvelles possibilités d’investissement aux gérants d’actifs, ​générant ainsi d’autres études et renforçant la visibilité sur les valeurs petites et moyennes françaises.

Une avancée concrète à nuancer

Le dispositif expérimental est doté d’un budget modeste. S’il connaît le succès dans les 18 ​mois à venir, il devrait alors élargir ses critères d’éligibilité à des sociétés présentant une capitalisation inférieure à 50 millions d’euros, dont 70 % ne sont pas suivies. À terme, la proposition de Bourse européenne du Rapport Demarigny sur le « Small Business Act », remis à Christine Lagarde le 18 mars 2010, devrait créer les conditions d’un « fonds mutualisé » au niveau européen qui couvrirait les petites valeurs européennes, dites SMILES. Dans un contexte de compétitivité internationale, le financement des PME innovantes constitue un enjeu de taille tant en France qu’en Europe car ce sont ces sociétés qui ont le plus besoin d’être suivies par des analystes pour aller à la rencontre d’investisseurs chevronnés et ainsi garantir leur développement pour s’imposer dans la compétition mondiale.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº735