Du cash management à l’ère de l’open banking

Vers la révolution du parcours du trésorier

Créé le

19.12.2017

-

Mis à jour le

11.01.2018

Le cash management est aujourd’hui fortement impacté par la digitalisation, au travers des évolutions des attentes des entreprises, des technologies centrées sur les transactions en temps réel, l’adaptation de la réglementation à cette nouvelle donne numérique (notamment au travers des paiements et de la DSP 2) et l’avènement d’une concurrence plus active.

« Rien n’est permanent, sauf le changement » disait déjà à l’époque Héraclite. Le domaine du cash management [1] a traversé de profondes mutations au cours des dernières années. En France, on se souvient ainsi par exemple de la migration ETEBAC et, bien entendu, plus récemment du passage au SEPA à l’échelle européenne. Force est de constater que ces changements ne sont plus seulement dus à une seule obsolescence technique, mais s’accélèrent en raison d’une combinaison de facteurs :

  • en tout premier lieu, les attentes des entreprises sont toujours plus fortes en termes de couverture de leurs besoins : qualité de services, valeur ajoutée et sécurité dans un contexte de digitalisation et optimisation d’un côté, de la Supply Chain, et de l’autre, du parcours client avec de forts impacts sur les processus « procure to pay [2] » et « order to cash [3] » ;
  • la technologie permet aujourd’hui véritablement de révolutionner le cash management vers plus de temps réel, plus de valeur ajoutée et plus de services adaptés aux besoins des entreprises ;
  • la réglementation oblige les banques à repenser leurs processus et leur organisation. En Europe, la deuxième directive sur les services de paiement (DSP 2), en particulier, consacre l’avènement de l’open banking [4] et se traduit par un décloisonnement des activités de production et de distribution de cash management ;
  • de nouveaux acteurs arrivent en masse sur le marché : de nombreuses FinTechs – anciennes et nouvelles – se positionnent ainsi sur des niches (paiements internationaux, reporting, authentification, services autour du Big Data, de la blockchain…) et misent sur leur agilité à mettre sur le marché de nouvelles offres innovantes. On note également l’arrivée de leaders sectoriels (sociétés de télécommunication, grands acteurs de la distribution, entreprises technologiques…) qui appréhendent souvent plus le paiement et le cash management comme un produit d’appel ou de fidélisation de leurs solutions cœur de métier.

De nouvelles offres

Ces changements se traduisent aujourd’hui par de nouvelles offres qui s’orientent autour de trois axes majeurs :

  • de nouvelles solutions d’encaissement pour la distribution (online ou offline) en lien avec la révolution digitale de l’expérience client et la complémentarité croissance entre e-commerce et boutique : l’omni-canal (web-to-store, omni-channel, ROPO – Research Online Purchase Offline…) ;
  • de nouvelles propositions de valeurs autour des paiements : paiements en temps réels, paiements internationaux optimisés (SWIFT gpi, schémas alternatifs via des FinTechs), comptes virtuels, lutte contre la fraude et cybersecurité… ;
  • l’utilisation de la technologie pour apporter de nouvelles solutions à valeur ajoutée visant à automatiser les processus (réconciliation, digitalisation…), accroître la sécurité (prévention de la fraude, cyber sécurité) ou aider les entreprises à mieux connaître et analyser leurs opérations et leur environnement (fournisseurs, clients, écosystèmes), avec des promesses de développement significatives autour du Big Data.

De nouveaux écosystèmes

Au-delà de ces nouvelles offres, les enjeux pour chaque acteur – aussi bien ceux établis que les nouveaux arrivants sur le marché – vont consister, d’une part, à construire des écosystèmes permettant d’apporter des solutions pertinentes et complètes aux besoins de leurs clients en capitalisant sur des partenariats ciblés et, d’autre part, à tenir compte des changements d’habitude de consommation de services financiers autour de parcours clients intégrés, souples et sans rupture en s’intégrant à des places de marché (sites de e-commerce, places de marché fournisseurs…) apportant des services de bout en bout.

C’est véritablement là que prend sens la notion d’open banking à travers l’utilisation d’API [5] . Les API existent depuis longtemps. D’abord utilisées pour des processus techniques (API entre systèmes, bibliothèques de codes, procédures d’appel à distance…), l’utilisation des API s’est démocratisée avec la généralisation d’Internet et s’étend aujourd’hui aux processus « business » : à travers l’open banking, les banques vont permettre à des tierces parties d’accéder de manière digitale et relativement simple à des données et services. Si elle va dans le sens de l’histoire, la généralisation de l’open banking via des API suppose des standards d’excellence en matière de cyber sécurité mais aussi un certain degré de standardisation.

De nouveaux défis

Dans ce contexte, les défis que doivent relever à très court terme les acteurs sur le marché, nouveaux et anciens, sont multiples :

  • Comment effectuer les bons choix en termes de technologies et de partenaires ?
  • Comment prioriser les multiples projets à lancer et livrer tout en simplifiant les processus internes ?
  • Comment capitaliser sur ses forces (agilité pour les FinTechs, relationnels, capacité de financement, sécurité pour les acteurs bancaires) ?
  • Comment élargir sa vision des services financiers en s’intégrant à des offres packagées « tout en un » ?
  • Comment dépasser les silos pour fluidifier l’expérience client et tendre vers le one-stop-shop digital ?
  • Comment construire de nouveaux « business models » (modèles de pricing et de coûts) ?
Paradoxalement, alors même que la notion de « banque globale » semble avoir vécu, l’essor de l’open banking apporte un second souffle à la vision d’une offre complète à disposition des entreprises et à la révolution du parcours du trésorier. La tendance va se poursuivre vers plus de standardisation, de visibilité, de temps réel et de services à valeur ajoutée autour des données. Les banques que certains pouvaient croire dépassées et condamnées à devenir de simples usines proposant des services « commoditisés » ont une véritable opportunité de tirer profit de la réglementation, de la technologie mais aussi des nouveaux arrivants pour construire des écosystèmes en partenariat et toujours mieux répondre aux besoins des trésoriers.

 

1 On considère le cash management comme la gestion de la liquidité et des flux de paiement et d’encaissement.
2 Processus d'approvisionnement complet qui englobe toute la chaîne d'achat depuis la commande jusqu'au règlement.
3 De la commande client à l’encaissement.
4 Open banking : littéralement « banque ouverte ». La DSP 2 oblige les banques à donner accès à leurs données via des API à des acteurs tiers ( third-party providers) pour le compte de leurs clients.
5 API : Application Programming Interface.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº815
Notes :
1 On considère le cash management comme la gestion de la liquidité et des flux de paiement et d’encaissement.
2 Processus d'approvisionnement complet qui englobe toute la chaîne d'achat depuis la commande jusqu'au règlement.
3 De la commande client à l’encaissement.
4 Open banking : littéralement « banque ouverte ». La DSP 2 oblige les banques à donner accès à leurs données via des API à des acteurs tiers (third-party providers) pour le compte de leurs clients.
5 API : Application Programming Interface.