Nous aspirons tous à une retraite heureuse. Si la première des clés de ce bonheur attendu et bien mérité après des années de labeur est une bonne santé, la deuxième est, de l’aveu de tous, la possibilité de bénéficier d’un revenu suffisant pour vivre cette période sereinement.
Les études publiées chaque année par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DRESS) montrent depuis 10 ans que, en pourcentage du dernier salaire, le montant des pensions de retraite ne cesse de baisser. Il en est de même du pouvoir d’achat de ces mêmes pensions de retraite. Cette situation est d’autant plus frustrante que la durée de cotisation, elle, n’a cessé d’augmenter sur ces mêmes 10 dernières années.
Ces faits nous mettent devant un impératif : celui de valoriser notre épargne afin de constituer un complément de retraite et pallier les déficiences du système de retraite par répartition.
Quand on en vient aux finances personnelles, le Français lambda est tout simplement livré à lui-même. Un sondage IFOP réalisé en 2016 révèle que 85 % des Français n’ont pas bénéficié d’enseignements d’éducation budgétaire et financière, que ce soit au sein de leur famille, à l’école, à l’université, dans leur entreprise ou dans un institut spécialisé. Notre gouvernement a d’ailleurs bien identifié ce problème et, pour y remédier, a mis en place depuis 2017 une stratégie de formation dont le premier pilier est axé sur l’éducation budgétaire et financière pour les jeunes. C’est une excellente initiative, mais c’est une stratégie de long terme qui prendra probablement une vingtaine d’années avant de porter ses fruits.
De l’épargne réglementée…
Alors en attendant que faire ? Le réflexe premier pour parler d’épargne est de se tourner vers sa banque de réseau. Malheureusement, elles sont toutes engagées depuis plusieurs années dans des plans drastiques de réduction du nombre de leurs agences et de réduction des effectifs dédiés à leurs activités de banque de détail.
Les clients les plus fortunés qui peuvent s’adresser à des banques privées ne sont pas forcément mieux lotis. Depuis plusieurs années, ces grandes banques privées ont régulièrement relevé le montant minimum nécessaire à l’ouverture d’un compte pour un nouveau client. L’alourdissement de la réglementation avec notamment l’entrée en vigueur de la Directive MIFID 2 n’a fait qu’accélérer cette tendance. Ceci laisse un nombre croissant d’épargnants livrés à eux-mêmes.
Sans éducation financière et sans établissement bancaire sur lequel s’appuyer, l’épargnant a pris pour habitude d’utiliser l’épargne réglementée : Livret A, Livret de Développement Durable, Support en euros des contrats d’assurance vie. Il y a 20 ans, ce choix était judicieux. Il permettait non seulement de dormir tranquille mais surtout de valoriser son épargne en termes réels sans nécessiter de connaissances en matière financière. La promesse était simple, belle, voire trop belle pour durer…
En 2000, le rendement moyen du support en euros d’une compagnie d’assurance vie française était supérieur à 5 %. Le taux du Livret A était à 2,7 % et le taux moyen des emprunts d’État de la zone euro était de l’ordre de 5,50 %. Cette même année, l’inflation était de 1,7 %, nettement inférieure aux rendements procurés par les supports d’épargne réglementés. Aujourd’hui, le Livret A rapporte 0,75 %, les emprunts d’État sont légèrement négatifs et le rendement des supports en euros des compagnies d’assurance vie est en moyenne à 1,4 % avant prélèvements sociaux et converge vers 1 % à marche forcée. Accéder au fonds Euros d’une compagnie d’assurance vie devient d’ailleurs de plus en plus difficile. Le montant d’investissement en unités de compte pour avoir le droit d’investir sur l’actif général est désormais autour de 35 % et certaines compagnies ont même mis en place des frais d’arbitrage incompressibles de 1 % pour tout arbitrage vers ce support réputé sans risque. À ce tableau, déjà assez sombre, il suffit d'ajouter une inflation de 1 % pour constater que la recette qui a si bien fonctionné par le passé érode chaque jour un peu plus, en termes réels, le patrimoine des épargnants.
Certains diront que cette situation est plus normale. Toujours est-il que demander à des épargnants de prendre des risques sur les marchés financiers sans leur donner les moyens de prendre ces risques en connaissance de cause est un exercice périlleux.
Face à cette situation, la plupart des épargnants choisiront de ne rien faire, de conserver des montants de plus en plus importants sur leurs comptes bancaires non rémunérés et d’accepter la lente mais inexorable érosion de leur pouvoir d’achat. Cette politique de l’autruche est la recette parfaite pour ce que les médias appelleraient « une bombe sociale à retardement ».
…à la gestion de patrimoine
Malgré ce tableau assez noir, les solutions existent ! Depuis de nombreuses années, une profession a progressivement occupé le terrain laissé vacant par les acteurs financiers traditionnels. Il s’agit des conseillers en gestion de patrimoine (CGP). Avec environ 4 000 cabinets de conseil en gestion de patrimoine sur le territoire, ils mettent leurs connaissances financières à la disposition de leurs clients. Ils aident ces derniers à prendre du risque en connaissance de cause, à déterminer quel est le niveau de risque approprié pour chacun d’entre eux, à diversifier les patrimoines afin d’atténuer les aléas qui sont la nature même des marchés financiers.
Pour autant, le rôle d’un CGP est très large : organisation patrimoniale, optimisation de la transmission du patrimoine, optimisation fiscale, protection sociale, actifs financiers, actifs immobiliers, actifs non cotés, la liste est longue… Sélectionner, suivre le comportement des unités de compte et construire un portefeuille est un métier à temps plein.
Le régulateur ne s’y est pas trompé et a insisté pour séparer de manière claire le rôle d’un conseiller en investissement financier (CIF) de celui d’un gérant de portefeuille :
– au conseiller l’organisation patrimoniale globale du client, le choix des enveloppes fiscales à privilégier pour investir, la détermination de son profil de risque et le suivi de l’évolution de ce profil de risque dans le temps ;
– au gérant de portefeuille la construction d’un portefeuille correspondant à ce profil de risque, son suivi au jour le jour en fonction des évolutions des marchés et des valorisations, la sélection des supports d’investissement et la prise de décision, on l’espère, rationnelle en situation de crise.
L’une des missions des sociétés de gestion est sans conteste de participer à la valorisation de l’épargne de long terme, dans un contexte où cette constitution n’est plus possible sans une certaine prise de risque. Pour répondre à cette problématique, les sociétés de gestion doivent travailler main dans la main avec les CGP.
Les outils de valorisation de l’épargne
Les outils à disposition sont nombreux et nous nous contenterons d'en citer quatre :
1. la gestion d’OPCVM souvent utilisés en unités de compte par les compagnies d’assurance vie ;
2. le mandat d’arbitrage en unités de compte (UC) ;
3. la gestion sous mandat sur mesure dans le cadre de l’assurance vie, d’un compte titre, d’un Plan d’Épargne en Actions ou d’un Plan d’Épargne Retraite ;
4. la gestion d’OPCVM dédiés.
Prenons-les un par un.
La gestion d’un OPCVM ou d’une gamme de fonds est souvent le premier métier d’une société de gestion. Le référencement de ces fonds sur les plateformes d’assurance vie permet leur large diffusion. Ces fonds viennent nourrir l’univers des 6 000 UC utilisés par les conseillers en gestion de patrimoine et il revient à la société de gestion, malgré l’offre pléthorique, de proposer des fonds innovants, performants et responsables.
Le mandat d’arbitrage en UC est une solution simple et efficace puisque ce mandat permet de choisir un profil de risque et de laisser ensuite la main à la société de gestion pour arbitrer d’une UC vers l’autre les avoirs du client selon le timing qui lui semble le plus opportun. Cette solution permet une grande réactivité car elle évite d’avoir à recueillir le consentement du client pour chaque opération. Ce mandat règle également le sujet de l’égalité de traitement des clients d’un même conseiller, tous les portefeuilles pouvant être modifiés sur les mêmes cours de bourse. L’expérience de Sanso IS en la matière montre que cette solution est créatrice de valeur dans la durée. Il est surprenant de voir, malgré tous ces avantages, que cette solution ne rencontre pas d’avantage de succès en termes d’encours.
La gestion sous mandat sur mesure correspond le plus souvent à des montants de patrimoine plus élevés et permet de prendre en compte toutes les spécificités d’un client individuel. Cette gestion peut également prendre en compte les évolutions des objectifs patrimoniaux d’un client en fonction de ses projets ou de la modification de son aversion au risque pour quelque raison que ce soit. Il est également possible de mettre en adéquation la sensibilité d’un client à certaines thématiques (par exemple les enjeux de développement durables ou l’innovation technologique) avec son portefeuille. Dans le cadre de l’assurance vie ou de compte titres, le gérant n’est pas limité dans le choix des supports d’investissements. Les seules limites du gérant sont celles imposées par son agrément AMF. En comptes titres, c’est ce type de mandat qui permet de gérer plus finement les impacts fiscaux du portefeuille en optimisant la réalisation des plus ou moins-values.
Enfin, pour des montants généralement supérieurs à 10 millions d’euros, l’OPCVM dédié reste un instrument de choix pour le cabinet de CGP qui souhaite regrouper ses clients au sein d’un même véhicule. Pour le cabinet de CGP, le fonds dédié règle d’une part la problématique de l’égalité de traitement de ses clients et d’autre part la problématique de la prise en compte de ses conseils. En effet, le conseiller étant en contact direct avec ses clients, il est en première ligne de la « connaissance client ». En conjuguant les vues de marchés de la société de gestion avec la « connaissance client » du conseiller, le fonds dédié peut devenir le fer de lance du développement d’un cabinet de CGP tout en collant au mieux aux besoins de ses clients.
Une mission sociale
Les outils pour participer à la valorisation d’une épargne de long terme ne manquent pas. Cette mission de la société de gestion est une mission sociale. C’est l’une des missions les plus nobles et les plus motivantes pour les professionnels de la gestion d’actifs. C’est par ce biais que nous éviterons à terme la paupérisation des retraités en attendant que les mesures prises par notre gouvernement pour renforcer l’éducation financière donnent naissance à une nouvelle génération d’épargnants. Une génération d’épargnants qui se sentirait libre de parler de ses placements sans honte, qui investirait une partie significative de son épargne dans l’économie productive de leur pays et qui accepterait, sans peur exagérée, la volatilité des marchés.
En attendant l’avènement de ce monde idéal, il paraît clair que pour remplir cette mission de société qui est d’aider nos concitoyens à valoriser leur épargne sur le long terme, CGP et sociétés de gestion sont appelés à travailler de plus en plus en étroite collaboration. Peut-être même qu’à terme, nous arriverons à une plus grande intégration des deux métiers, de manière à recréer ce que l’on pouvait trouver il y a quelques années dans les agences bancaires, à savoir un conseiller proche de ses clients qui fait le lien avec la société de gestion, laquelle détient une expertise sur les marchés.