L’année 2020 a été marquée par la crise du Covid-19. De nombreuses entreprises ont dû cesser leur activité, d’autres fuir l’Hexagone. Pourtant, alors même que la crise sanitaire était loin d’être enclenchée, nombre de start-up françaises prometteuses ont quitté le pays et cette tendance semble être à la hausse. Comment expliquer ce phénomène ? Un phénomène d’internationalisation des start-up, dans le but d’une conquête de marchés internationaux, semble être une explication valable. Après s’être développées en France, de nombreuses start-up choisissent de grandir à l’étranger. Cet exode des start-up met en exergue une réelle question de souveraineté nationale. Dans quelle mesure serait-il possible de préserver les start-up françaises sur le territoire national, en prenant en compte leur création de valeur au sein d’un pays en fort développement ?
Un pays ayant un riche potentiel de développement
Avec près de 5,4 milliards d’euros levées par les start-up françaises répartis en 620 levées de fonds en 2020, la France se classe parmi un des pays les plus attractifs au monde en matière de création de valeur par la levée de fonds. Bien qu’impactée par la crise du coronavirus, la croissance des fonds levés par les start-up en 2020 a augmenté de près de 7 %. De même, environ 2 000 start-up sont créées chaque année en France, ce qui constitue une forte progression. Cela permet à la France de développer son activité entrepreneuriale et d’innover dans des secteurs porteurs (e-santé, commerce de détail…) tout en plaçant la qualité des solutions au centre des ambitions des start-up. L’attractivité économique de la France est ici une évidence, avec un écosystème qui démontre une force d’innovation et de croissance malgré la récession économique liée à la crise du Covid-19. Les start-up continuent donc de se développer fortement en cherchant à structurer des modèles de croissance rapide et forte.
Des dispositifs d’aide au financement déficients pour les entreprises innovantes
Mais s’il apparait que les start-up bénéficient lors de leur création d’un écosystème bienveillant (incubateurs, pôles de compétitivités, aide à la création d’entreprise, mesure fiscale…), il n’en demeure pas moins que ces start-up manquent cruellement de financement lorsqu’elles sont en phase de développement. En effet, elles ont besoin de mobiliser des capitaux importants pour financer leurs efforts de recherche et de développement ou de renforcer leurs équipes de la direction commerciale et marketing. Ces entreprises ont encore du mal à financer des sommes supérieures à 100 millions d’euros. Bien que les start-up se différencient des entreprises traditionnelles car opérant souvent sur un nouveau marché ou sur un marché qui n’existait pas encore, les investisseurs classent rapidement ce type d’investissement dans la catégorie « à risque » car le secteur d’activité n’a pas été encore véritablement éprouvé. Aussi, malheureusement, nombre de start-up préfèrent alors s’expatrier et rechercher des capitaux en Amérique du Nord notamment où les investisseurs institutionnels sont bien plus mobilisés pour les financer. De la même manière, de nombreux acteurs publics et privés tentent de convaincre les investisseurs internationaux (qui sont prêts à prendre plus de risque et à investir plus que les investisseurs nationaux) de soutenir les start-up françaises. Cette situation est liée au fait que les méthodes traditionnelles d’évaluation des entreprises ne s’adaptent qu’imparfaitement aux start-up.
Les enjeux de la valorisation par la méthode des actifs immatériels au sein des start-up françaises
Les méthodes usuelles regroupent principalement trois méthodes :
– la méthode dite patrimoniale, cette méthode comptable traditionnelle basée sur l’historique consiste à valoriser l’entreprise à partir de son actif net comptable. Cette méthode est particulièrement mal adaptée aux start-up qui n’ont pas de track record et qui par définition ont peu d’historique ;
– la méthode des comparables (ou des multiples), cette méthode qui repose sur une évaluation par comparaison avec d’autres start-up qui sont similaires en termes d’activité et de performance est souvent difficile à appliquer à des start-up. En effet, il peut être délicat de pouvoir identifier des transactions comparables pour des start-up innovantes qui s’intègre à un marché nouveau ou qui était inexistant ;
– la méthode de la DCF
Principe de la méthode des actifs immatériels
Une valorisation par la méthode des actifs immatériels s’appuie sur de nombreuses années de recherche. De 1990 à nos jours, cette approche a été sans cesse améliorée jusqu’au point de développer une méthodologie usuelle d’évaluation avec le Thésaurus-Bercy V1 et V2 qui est mise en œuvre auprès de divers acteurs dans divers secteurs économiques. Elle reflète la valeur dite de marché des groupes et sociétés cotés et prend en compte les actifs valorisables de ceux-ci. Afin d’identifier ces différents actifs, il faut alors les distinguer. Nous pouvons compter parmi eux 10 qui ont une importance capitale : client (fidélisation…), humain (compétences, efficacité…), organisationnel (business model…), systèmes d’information (innovation), de savoir, de marque (incorporels protégés), partenarial (capacité à créer et fédérer des compétences), actionnarial (carnet d’adresse…), sociétal et de RSE (qui démontre l’intégration des entreprises dans leur rôle social, économique et environnemental). La spécificité de cette méthode est qu’elle va justement permettre de valoriser des actifs innovants et incorporels qui ne sont pas évalués avec les méthodes traditionnelles de valorisation et qui pourtant sont au centre du développement des start-up. Afin d’obtenir une valorisation fiable, il faut effectuer une introduction de données quantitatives et qualitatives puis effectuer une décomposition du capital immatériel en plusieurs actifs nécessaires au processus de création de valeur comme expliqué précédemment.
Schématiquement, la méthode des actifs immatériels permet de mettre en valeur les « trésors cachés » des entreprises qui ne sont pas visibles en lecture directe dans les états financiers.
Apport de la méthode
L’avantage de cette méthode est qu’elle dépasse des difficultés pouvant être rencontrées avec la méthode traditionnelle d’évaluation. Les méthodes traditionnelles prennent essentiellement en compte l’historique des transactions et les ressources financières présentent dans le bilan comptable de la startup. En général, les entreprises innovantes ont peu de ressources financières – d’où la faiblesse de leur capital social – ce qui va les limiter dans leur quête de financement, mais beaucoup d’idées (ce qui explique leur valeur potentielle). Se pose alors la question de l’évaluation financière qui est essentielle pour que l’entreprise puisse se projeter stratégiquement dans le futur. Avec la méthode des actifs immatériels, nous pouvons désormais valoriser des start-up en développement en prenant en compte leurs idées et leur potentiel plutôt de s’intéresser uniquement à leurs ressources financières. Cette méthode va apporter aux start-up un regard nouveau sur les atouts qu’elles possèdent et qui peuvent être évalués financièrement et quantitativement. En étant valorisées à leur juste valeur, les entreprises ne sont plus en difficulté dans leur quête de financement et peuvent alors se projeter plus facilement vers un développement au sein de la France.
Repenser les enjeux de financement étatiques
Prenons ici l’exemple du secteur de la défense, secteur dans lequel l’État exerce une certaine influence à travers des investissements dans le but de rester leader dans ce secteur à l’échelle mondiale. Depuis les années 2015, le secteur de la défense a dû être repensé face au contexte de dégradation de l’environnement stratégique et de protection du territoire national suite aux attentats. Le financement de ce secteur a dès lors été vu à la hausse par l’État. L’innovation en armement et dans les nouvelles technologies est devenue un enjeu sécuritaire (vols de drones et sécurité informatique) pour l’État français et les partenariats avec les industriels se multiplient, les start-up réussissent à lever des fonds, remporter des contrats et à se projeter à l’export. Nombre sont les start-up qui prennent de l’ampleur (comme CerbAir) pour devenir de véritables scale-up (ou TPE/PME). La question de la création de fonds stratégiques dédiés exclusivement à ce secteur de la défense se pose aussi. Cependant, en raison de la situation sanitaire actuelle, la situation des finances publiques françaises risque fortement de se dégrader. Des start-up du secteur de la défense et de la sécurité comme Linkurious et Earthcube ont par ailleurs été sollicitées par des investissements étrangers. Ces investissements provenant de fonds américains ou Qatari mettent en exergue un manque d’écosystème de financement dans ce secteur en France. Se pose alors la question de souveraineté française afin de maintenir une influence au sein des start-up développant des nouvelles technologies dans le secteur de la défense, de la sécurité et de l’information, mais aussi dans d’autres secteurs.
Le rôle de l’État dans le maintien des start-up en France
Face aux enjeux liés à la crise du Covid-19, l’État s’est investi dans un accompagnement massif et rapide au sein des start-up françaises. La France a été le premier pays européen à présenter un plan de soutien (une semaine après le début du confinement) : 5 milliards d’euros d’aides publiques ont été investis soit deux fois plus de fonds que l’Allemagne (2 milliards d'euros) et quatre fois plus que le Royaume-Uni troisième (1,4 milliards d'euros). Avec plus de 10 000 start-up, la France cherche à renforcer et conserver son écosystème entrepreneurial en mettant premier plan ses start-up aux ambitions attractives et en améliorant la collaboration entre les États, les start-up et les grands groupes français avec plus de programmes de formation et d’investissements publics. Les start-up constituent aussi un enjeu pour repartir à la conquête des marchés étrangers et un vecteur de croissance pour sortir de la crise. La France ambitionne donc de devenir une « nation de l’entrepreneuriat » à grande échelle en investissant dans ses start-up où l’innovation, les talents et les infrastructures peuvent être valorisés à leur juste valeur.
Conclusion
La méthode des actifs immatériels montre qu’au sein du territoire français, territoire jouissant d’un fort développement dans les secteurs de la Fintech, des services BtoB ou encore de la Biotech, les start-up créent de la valeur. Un ensemble d’arguments financiers que nous avons cités tels que la souveraineté économique française, un contexte économique favorable au développement de start-up et la décomposition du capital immatériel en plusieurs actifs nécessaires au processus de création de valeur permettent d’affirmer que la valorisation des actifs immatériels est un des moyens de préserver les start-up sur le territoire français. Il ressort ainsi que le choix en faveur d’une méthode de valorisation des actifs immatériels n’est pas uniquement technique mais concerne aussi les professionnels du chiffre et du droit. C’est également une question qui a des impacts directs sur l’efficience des politiques publiques visant à accompagner les entreprises innovantes dans leurs projets de développement et de croissance. En mettant en place des mesures fiscales incitatives pour favoriser la R&D, en créant des pôles de compétitivité ou encore en favorisant l’effort des collectivités locales et des régions pour accompagner l’innovation, la puissance publique occupe un rôle majeur dans développement des start-up sur le territoire national. Néanmoins, nous constatons chaque année que des entreprises innovantes quittent l’Hexagone, faute d’avoir trouvé les ressources nécessaires pour financer leur développement, car beaucoup d’investisseurs se basent encore sur des modèles de valorisation imparfaitement adaptés.