Comment, d’avocate, devient-on Business Angel ?
Cela fait plus d’une dizaine d’années que je conseille des professionnels de l’investissement, que cela soit en interne, au sein de banques ou sociétés de gestion, ou en cabinets d’avocats. J’ai commencé chez Gide au service marchés de capitaux. Puis je suis partie en Suisse, où j’ai rejoint la société de gestion de fonds alternatifs de la banque Santander, Optimal Investment Services. J’ai ensuite rejoint le département conformité de Citi Private Bank, avant de revenir en France, il y a cinq ans, où je me spécialise en gestion d’actifs et structuration de fonds d’investissement chez Kramer Levin. Finalement, il n’y avait qu’un pas à franchir pour passer du métier de conseil au rôle d’investisseur. Il y a deux ans, un ancien client qui montait une start-up m’a proposé de rejoindre son projet en qualité d’investisseur, et non en qualité de conseil, ce qui à mes yeux faisait beaucoup sens. Une start-up a besoin de beaucoup de choses, et certainement pas que d’argent. Il m’a convaincue et je me suis prise au jeu. Je m’implique aujourd’hui de plus en plus fréquemment. Mais mon métier d’avocat reste extrêmement prenant ; c’est pourquoi je ne m’aventure que rarement dans les secteurs que je ne connais pas, préférant les LegalTechs, FinTechs et RegTechs, pour lesquelles je connais la réglementation et les attentes des clients.
Sur quel critère choisissez-vous la start-up dans laquelle vous allez investir ?
En premier lieu, en fonction de l’équipe et de son parcours. Un bon Business Angel doit avoir envie, sur la durée, d’accompagner une équipe. Il faut donc de l’affinité et partager une vision, définir là où va aller l’entreprise. Je considère alors le secteur. Je suis par exemple convaincue que le paiement en plusieurs fois proposé par Alma sera plébiscité par les consommateurs et permettra aux commerçants d'augmenter leur chiffre d'affaires. Le marché du paiement en plusieurs fois est estimé à 7,7 milliards d'euros en Europe occidentale, dont 3,5 milliards non servis.
Quelle rentabilité en attendez-vous ?
Je parlerais plutôt de retour sur investissement que de rentabilité, s’agissant de start-up. J’interviens juste après le PowerPoint et les statuts, c’est-à-dire au point 0 de l’aventure. La rentabilité n’est de fait pas l’objectif principal à ce moment-là… Enfin, j’investis de manière épisodique, à côté de mon activité professionnelle, et cela m’enrichit énormément, autrement que financièrement.
Comment accompagnez-vous les start-up dans lesquelles vous investissez ?
Le rôle même d’un Business Angel, c’est de coupler son investissement avec autre chose, qui apporte de la valeur ajoutée. J’essaye de m’impliquer également humainement lorsque j’investis. Dans le cas des LegalTechs, par exemple, au moment de la définition du produit, je me mets dans la position du futur client. Je peux parfois aussi les accompagner dans certaines problématiques juridiques, comme le statut réglementaire d’une FinTech par exemple.
Comment voyez-vous évoluer ce marché, qui est souvent jugé spéculatif et risqué ?
Comme je mène cette activité en marge de ma vie professionnelle et que je sélectionne réellement mes projets, je ne crois pas avoir une vision d’ensemble sur l’évolution du marché. Je pars toujours du postulat que je peux tout perdre, puisque j’interviens au démarrage, sur une page blanche. Il se peut que le produit ne se développe pas ou ne trouve pas de marché. C’est une prise de risques à 100 %, mais il ne faut pas y penser. Il faut au contraire être en mesure d’apporter autre chose que de l’argent. À ce moment-là de sa vie, l’entrepreneur a besoin de tout : de l’argent bien sûr, mais aussi de conseils, d’aide, de soutien… et d’une bonne oreille !
Êtes-vous favorable à une généralisation des ICO ?
Aucune des start-up dans lesquelles j’investis n’a encore fait d’ICO. En revanche, dans mon métier d’avocat, chez Kramer Levin, je conseille des entreprises qui en font. Je pense que la levée de fonds par ICO est un outil très intéressant pour financer une entreprise, sans ouvrir son capital, mais en vendant des services futurs. C’est une nouvelle forme de titrisation de l’activité. Mais comme il y aura toujours de bons et de mauvais projets, c’est à l’investisseur d’avoir l’œil.
Propos recueillis par Géraldine Dauvergne