Quelle est l’activité du groupe Up ?
Le groupe Up est un groupe coopératif international indépendant. La société a été créée sous forme d’une société coopérative et participative (scop) en 1964. Elle appartient à ses salariés sociétaires, acteurs d’une même mission : répondre à des enjeux socio-économiques liés au bien-être des personnes. Lors de la création, ceux-ci portaient notamment sur l’équilibre alimentaire : nous avons commencé par un produit unique, le chèque-déjeuner, distribué pour le compte de nos entreprises clientes dans un seul pays, la France, avec pour objectif de mettre fin à la « gamelle » en entreprise pour garantir une alimentation correcte à l’ensemble des salariés. De 1964 jusque dans les années 1980, nous avons consolidé cette position. À partir des années 1980, nous sommes entrés dans une phase de diversification des produits et des géographies, d’abord en Europe, puis en Afrique du Nord, en Amérique latine et en Turquie, mais toujours dans l’idée de répondre à des problématiques liées au bien-être des personnes. Nous entrons à présent dans la phase de transition numérique. Mais la transition numérique n’est pas une finalité en soi, notre objectif reste d’utiliser des outils et supports digitalisés pour poursuivre les missions que nous nous sommes données. Aujourd’hui on parle beaucoup du statut d’entreprises à mission, créé par la loi PACTE, mais cela est notre ADN depuis le début, pour remettre l’économie à sa juste place.
Quelles sont concrètement ces missions ?
Notre métier consiste à aller chercher l’argent où il se trouve et le flécher vers une finalité, le plus localement possible, au service des commerces ou activités de proximité. C’est ce que nous appelons rendre l’argent intelligent. Cette vision stratégique est déclinée dans les 30 pays où nous opérons autour de 5 axes :
- l’équilibre alimentaire, qui est le premier et le principal ;
- la consommation responsable ;
- la démocratisation de la culture ;
- l’équilibre entre vie privée et vie personnelle ;
- et la cohésion sociale et territoriale.
Comment êtes-vous organisé pour proposer ces solutions de paiement ?
Up a un statut d’établissement de monnaie électronique depuis juin 2018, agréé par l’ACPR. Nous avons choisi ce statut car le périmètre d’agrément est plus large que celui d’un établissement de paiement. Le choix de ce statut nous a aussi permis de renforcer le niveau de sécurité de l’ensemble de notre système d’information.
Quels exemples de réalisations concrètes pouvez-vous citer ?
Dans le domaine de la culture, le département des Pays de la Loire a mis en place un dispositif en 2018 pour permettre aux jeunes d’accéder à la culture. La solution que nous avons mis en place permet d’attribuer à chaque jeune une dotation globale que nous pouvons flécher vers des environnements bien définis, des cinémas, des librairies, le tout lié autour d’un seul porteur. Nous avons notamment développé un réseau de partenariats sous forme d’affiliations avec des librairies indépendantes, pour revitaliser l’environnement économique local.
Pour flécher le paiement vers l’action locale et aider à revitaliser les territoires, nous avons aussi des solutions liées à la fidélisation de la clientèle, avec l’acquisition l’année dernière de la start-up Les Habitués. Celle-ci digitalise la notion d’ardoise : chaque citoyen peut ouvrir un compte prépayé auprès d’un commerçant du quartier, où il passe régulièrement pour consommer et par simple reconnaissance, son compte est débité automatiquement au fil de l’eau.
Concernant l’action publique, après l’ouragan Irma en 2017 qui a touché les populations de Saint-Martin et de Saint-Barthélémy, en quelques semaines, nous avons mis en place, à la demande du gouvernement, un dispositif d’aide aux sinistrés. Notre carte prépayée Up Cohésia a permis à l’État d’attribuer des aides aux populations concernées, c’est-à-dire environ 4 000 foyers, en fonction de leur situation financière et de pouvoir également flécher les transactions sur le territoire français : sur la partie néerlandaise de Saint-Martin, par exemple, les cartes étaient désactivées.
L’Agence des Services de Paiement de l’État utilise également notre carte Up Cohésia pour attribuer des aides aux demandeurs d’asile, et leur permettre de bénéficier d’un compte social et d’avoir le minimum pour vivre décemment sur le territoire français.
Aujourd’hui un département sur deux est équipé avec nos solutions IT pour la gestion des droits des administrés en termes d’aide sociale, avec le versement chaque année de près de 259 millions d’euros d’aides à l’autonomie et au handicap (APA et PCH), à plus de 92 000 bénéficiaires.
Pour les entreprises, nous proposons des solutions qui visent à la reconnaissance des salariés, avec des solutions de fidélisation et de récompense : en Allemagne, nous proposons aux entreprises des solutions d’incentive pour leurs salariés sous forme de cartes prépayées multi-usages. En Pologne, avec Open Benefit, les employeurs créditent des comptes à leurs salariés, qui se connectent sur les plateformes Up pour bénéficier d’une large gamme de biens et de services. De même, en Turquie, Up propose des dispositifs aussi bien sur les avantages aux salariés, l’incentive et la récompense, que sur la gestion des frais professionnels. Dans certains pays comme le Brésil, où contrairement à la France, l’accès à un compte bancaire n’est pas un droit, certains salariés sont dans une situation de non-bancarisation. Nous travaillons avec des entreprises brésiliennes pour donner accès à leurs salariés à des solutions de paiement, des comptes prépayés et des solutions d’avances sur salaires.
Pour lutter contre le gaspillage alimentaire, nous avons développé en Italie, un partenariat avec la plateforme Last Minute Sotto Casa où des commerçants enregistrent leurs produits invendus. Nous poussons, grâce à notre couverture géographique, ces informations vers les clients proches du magasin, pour qu’ils puissent venir acheter ces marchandises à des prix intéressants.
Comment sont conçues ces différentes solutions ?
Nous avons des solutions développées en interne et d’autres pour lesquelles nous faisons appel à des compétences externes. Nous essayons de promouvoir des démarches de fertilisation croisée en interne au sein de nos 5 grandes zones
Quelles sont vos perspectives ?
Lors de nos derniers échanges avec le pôle Finance Innovation, nous avons mené des réflexions autour de l’IA ou de la blockchain comme boosters dans une logique inclusive, autour de nos 5 axes stratégiques. L’idée est de travailler avec des start-up sur des points spécifiques et ensuite de les développer sous forme de POC pour les décliner dans nos filiales.
Pensez-vous fonctionner à terme en 100 % digital ?
C’est effectivement le sens de l’histoire. Certaines de nos filiales fonctionnent déjà en 100 % digital : en Belgique, en Turquie et au Mexique, sachant que ces deux derniers pays comptent parmi nos 5 implantations les plus importantes (outre la France, le Brésil, et l’Italie).
Qu’est-ce qui explique ce passage au 100 % dans certains pays ?
En Belgique une réglementation a imposé le passage du chèque papier à la carte pour la partie repas. Notre filiale était nativement digitale, ce qui lui a permis de remporter des parts de marché significatives. En Turquie, le passage au digital est lié à l’environnement du pays qui a développé une industrie de pointe autour de la carte, avec aujourd’hui, une évolution vers le paiement mobile.
La digitalisation permet-elle de développer vos services ?
Grâce à la digitalisation, nous sommes en mesure d’être en lien direct avec l’utilisateur final de nos solutions de paiement. Avec le modèle économique du papier, nous sommes face à un financeur, une entreprise ou une collectivité territoriale, qui commande des chèques, et se charge ensuite de les distribuer aux utilisateurs finaux. Nous n’avons aucun contact avec ces derniers. Tandis qu’avec le digital, la carte ou le mobile, nous sommes en mesure d’interagir avec ces utilisateurs finaux et de nous adapter au plus près de leurs besoins.