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Que révèle cette étude ? Elle montre d'abord que la croissance de chacune des stratégies d'investissement responsable étudiées a dépassé celle du marché et que donc, la croissance combinée de toutes les stratégies au niveau européen, qui affichent toutes des taux de croissance à deux chiffres, continue à devancer celle de l'ensemble du marché de la gestion déléguée européenne qui, elle, a progressé de 7,8 % entre fin 2009 et fin 2011. Cela démontre l'intérêt continu des investisseurs pour la prise en compte des facteurs
Au-delà des moyennes européennes, les marchés nationaux affichent cependant de fortes différences, en matière de :
- taux de croissance ;
- préférence pour telle ou telle stratégie ;
- classes d'actifs couvertes ;
- taux de ventilation des encours entre le segment des particuliers et celui des institutionnels.
À chacun son ISR
Les stratégies des exclusions normatives sont celles qui ont affiché le taux de croissance le plus rapide entre fin 2009 et fin 2011, suivies de près par les exclusions sectorielles (certaines armes, tabac, jeu…) et les stratégies de sélection ESG (Best in Class). La stratégie d'exclusions normatives consiste à exclure les activités stigmatisées (le travail des enfants, par exemple) par des normes internationales, telles que les Principes directeurs de l'OCDE ou du Pacte mondial des Nations unies. Bien que trouvant ses origines dans les pays nordiques où elle est demeurée cantonnée pendant un certain nombre d'années, les chiffres révèlent que cette stratégie se développe maintenant plus largement en Europe et au Royaume-Uni, où nombre d'investisseurs institutionnels y voient un moyen de gérer le risque de réputation dû à leurs investissements. À fin 2011, 2 346 milliards d'euros d'encours étaient couverts par des stratégies d'exclusions normatives.
La stratégie des exclusions sectorielles est la stratégie d'investissement responsable la plus répandue et la plus ancienne. Si, à l'origine, cette stratégie émane d'acteurs religieux, son utilisation s'est élargie aux institutionnels laïques. À fin 2011, près de 3 829 milliards d'euros d'encours étaient couverts par ces pratiques, ce chiffre couvrant les exclusions sur la base d'un nombre de critères plus ou moins limité (par exemple, le tabac, les armes, la pornographie ou le jeu), et en tout cas des exclusions allant toujours au-delà de celles requises par la
La forte croissance des stratégies d'exclusion ne doit toutefois pas occulter la progression significative des stratégies de sélection ESG, comme le Best in Class ainsi que la progression du dialogue actionnarial et de l'intégration ESG.
La stratégie de sélection ESG englobe toutes les approches de screening positif et l'approche Best in Class. Ces stratégies consistent à sélectionner les meilleurs investissements selon une analyse ESG et financière. Par exemple, sur un univers d'actions donné, une stratégie Best in Class sélectionnera une certaine proportion d'émetteurs affichant les meilleurs scores sur la base de cette analyse. Les encours couverts par cette stratégie ont plus que doublé entre 2009 et 2011, passant à 283 milliards fin 2011, les principaux contributeurs à cette croissance étant la Suède et la France.
La stratégie d'intégration explose
L'intégration des critères ESG dans l'analyse financière a quant à elle beaucoup attiré l'attention ces dernières années, en particulier avec la popularité des Principes pour l'investissement responsable (
Autre stratégie dont l'étude rend compte : le dialogue actionnarial avec les émetteurs et l'exercice des droits de vote, des pratiques importantes pour l'investissement responsable. Si l'activisme actionnarial n'est pas nouveau, il se fait mieux entendre aux États-Unis, cela pour diverses raisons. En effet, dans certaines parties d'Europe, le dialogue avec les actionnaires demeure peu connu. Néanmoins, les chiffres montrent une expansion générale des encours couverts par ces pratiques, ce qui atteste de sa popularité croissante au-delà des marchés historiques (Royaume-Uni, Pays-Bas).
Enfin, dès lors qu'ils appliquent un filtre ESG, les fonds thématiques « verts » font également partie de l'ISR. Ils constituent une niche de 48 milliards d'euros en Europe.
L'ensemble de ces stratégies constituent l'univers de l'ISR, mais tous les pays ne placent pas la frontière au même endroit. En France, par exemple, on entend généralement par ISR le cumul de deux stratégies : la sélection ESG (dont fait partie le Best in Class) et les fonds thématiques. Avec cette définition, les encours s'élèvent à 115 milliards d'euros. Si l'on ajoute à ce montant d'autres stratégies ESG, on atteint un montant estimé à 1 900 milliards d'encours, à rapporter au marché global français de la gestion qui s'élève à 2 600 milliards. La part est finalement impressionnante lorsque l'on prend une acception large des pratiques ESG : 73 % pour la France et près de 50 % pour l'Europe.