Quel est votre sentiment général à l’issue de ce sommet ?
Le G20 de Cannes est un succès non négligeable, compte tenu du problème de la dette de la zone euro qui aurait pu occulter l’ensemble des débats inscrits au programme du sommet. L’Europe devait démontrer sa capacité à faire face au « problème grec » ainsi qu’aux critiques sur sa gouvernance économique.
Dans ce contexte, les déclarations relatives à l’Italie (« too big to fail, too big to bail ») ont été les bienvenues. En particulier, la décision de l’Italie d’accueillir le FMI pour une revue d’inspection, sur une base trimestrielle, doit être saluée. Ce dialogue avec les experts du FMI sera une source de motivation pour les responsables politiques, dans ce contexte de rigueur forcée.
Dans un autre domaine, celui-là macroéconomique, les annonces en matière de gestion des taux de change témoignent d’une progression dans les négociations. Lors du G20 de Washington, en novembre 2008, la délégation chinoise avait refusé que l’expression même de « taux de change » soit utilisée dans le communiqué final. Un long chemin a été parcouru.
Il semble que l’agenda original, établi à l’occasion du G20 de Londres, n’a pas été tenu. Faut-il le déplorer ?
Malgré la brièveté des déclarations concernant l’agenda des réformes du secteur financier, l’essentiel était là. L’engagement pris à Washington concernant la mise en œuvre de Bâle III a été renouvelé, les salaires et bonus des dirigeants de banque continuent de faire l’objet d’un contrôle.
Très clairement, la priorité a été donnée au nouvel agenda, ce qui est tout à fait compréhensible étant donné le caractère d’urgence de certaines réformes. En tout premier lieu, la régulation des institutions financières systémiques était nécessaire. A ce titre, le G20 a respecté son programme, en publiant comme convenu la liste des 29 SIFI. C’est un signal positif envoyé aux marchés, même si l’on peut s’interroger sur la longueur de la liste. De même, les annonces sur le shadow banking ou les paradis fiscaux sont en cohérence avec le programme.
N’est-il pas dommageable que les normes comptables ne figurent pas dans le communiqué final ?
Il n’est effectivement pas fait mention des normes comptables. C’est le domaine pour lequel les objectifs assignés n’ont pas été atteints. Cela pose un problème de fiabilité des différents travaux d’audit. En l’état actuel des travaux de l’IASB, il n’est pas possible, dans l’absolu, de savoir si les résultats financiers d’une entreprise sont bons, ou de disposer d’éléments de comparaison entre pays. La tâche du FMI en Italie devra intégrer ces incertitudes.
Quelle a été la décision la plus importante de ce sommet ?
Sans conteste, le renforcement des pouvoirs du FSB constitue un pilier de la réforme des institutions financières. Accroître les moyens et ressources du FSB devrait limiter les atermoiements tels que ceux qui empêchent toute avancée sur les normes IFRS. C’est l’organe au sein duquel les discussions sur la régulation du secteur financier peuvent être menées.
En outre, le nouveau chairman, qui est un ancien de Goldman Sachs, connaît parfaitement le fonctionnement des marchés, les finesses de la politique monétaire et la réglementation des banques centrales.
Quels points auraient selon vous mérité une prise de position de la part des dirigeants du G20 ?
Je regrette que le marché du crédit hypothécaire ait aussi peu retenu l’attention. C’est en effet un sujet sensible aux Etats-Unis, en Espagne et en Irlande, et cela le restera tant que nous n’aurons pas un régime harmonisé sur le plan international. Pour le moment, le marché du crédit hypothécaire et celui de l’immobilier (bâtiment) sont soumis aux règles du secteur privé. Sans réglementation, il sera difficile d’arriver à ce que ces secteurs soient performants et créateurs d’emplois.
Concernant les marchés de l’énergie, n’est-il pas décevant qu’aucune décision n’ait été prise, et que le communiqué final ne fasse que reprendre les annonces faites à l’issue du G20 Agriculture ?
Les questions liées aux dérivés sur matières premières agricoles ont été dissociées de celles concernant les matières premières énergétiques. Aucune avancée n’a été accomplie sur ce dernier point par rapport au G20 Agriculture.
Les marchés de l’énergie et les dérivés de matières premières énergétiques sont examinés depuis des dizaines d’années et nous disposons d’informations suffisantes sur leur fonctionnement. Les prix du pétrole et du gaz sont très volatils, mais ce n’est pas le fait de spéculateurs appliquant des stratégies risquées. C’est probablement une bonne chose qu’aucune décision supplémentaire n’ait été annoncée sur cette question.
Cependant, il est regrettable que la lutte contre le changement climatique ait fait une pause pendant la présidence française. Un seul paragraphe lui est consacré dans le communiqué final. Fort heureusement, le Mexique a inscrit la croissance verte à son agenda ; 2012, qui marque également la fin du protocole de Kyoto, sera une année charnière dans ce domaine.