Au sommet international sur le climat (One Planet Summit) qui s’est tenu à Paris en décembre dernier, le président de la République Emmanuel Macron a lancé un avertissement sérieux, en affirmant que « nous sommes en train de perdre la bataille » du changement climatique. Si les émissions de carbone conservent leur tendance actuelle, et dans l’hypothèse d’une limitation de l’augmentation de la température en deçà de 2 °C, le budget
Cet appel s’adressait en premier lieu aux États signataires de l’Accord de Paris de 2015, qui se sont engagés à agir pour limiter le réchauffement climatique en deçà de 2 °C à la fin du siècle par rapport à l’ère préindustrielle. Mais il concerne également les banques centrales et les superviseurs du secteur financier. Comme l’ont souligné le Gouverneur de la Banque de France ou ceux de la Banque d’Angleterre et de la Banque Centrale des Pays-Bas, la stabilité climatique, à savoir la prévention des risques que fait peser le changement climatique sur le système financier, est, à long terme, l’un des déterminants de la stabilité financière.
L’enjeu pour les banques centrales est double : il s’agit en premier lieu de s’assurer que les institutions financières et les investisseurs sont en mesure d’évaluer leurs expositions aux risques climatiques. Ces risques climatiques sont de deux types : les conséquences financières directes engendrées par les risques physiques, c’est-à-dire la hausse anticipée de la fréquence et de la gravité des phénomènes météorologiques extrêmes, et le risque de transition lié à l’ajustement vers une économie à faible émission de carbone. Mais il s’agit également d’accompagner l’accroissement ordonné des flux financiers vers le financement d’activités à faible émission de gaz à effet de serre. Les investissements requis dans les infrastructures vertes de transport, d’énergie et d’eau sont estimés à plus de 90 000 milliards de dollars d’ici à
Cet enjeu mondial requiert une réponse mondiale et c’est précisément l’objet du Réseau des banques centrales et des superviseurs pour le verdissement du système financier
Objectifs et organisation du NGFS
Avant même le lancement du NGFS, un certain nombre de banques centrales et de superviseurs avaient amorcé des travaux analytiques ou de supervision sur la prise en compte du risque climatique dans ses différentes composantes par les acteurs du système financier, en particulier les banques et les
C’est de cette volonté qu’est né le Réseau des banques centrales et superviseurs pour le verdissement du système financier, lancé officiellement par le Gouverneur François Villeroy de Galhau au « One Planet Summit » du 12 décembre 2017 à Paris. Aux huit
Le Réseau est doté d’un Président, Frank Elderson, membre du directoire de la De Nederlandsche Bank, et s’appuie sur un secrétariat permanent assuré par la Direction de la stabilité financière de la Banque de France, dont la mission est d’assurer le bon fonctionnement du Réseau et d’appuyer son
Axes de travail et livrables
Au-delà de la structuration de sa gouvernance, le NGFS a d’ores et déjà amorcé les travaux techniques en instituant trois groupes de travail :
- le premier est dédié aux pratiques de supervision et à la mesure des risques climatiques sous l’angle microprudentiel présidé par la Banque populaire de Chine. Il s’agit en premier lieu d’effectuer une revue des pratiques de supervision mais également des différents dispositifs mis en œuvre par les institutions financières elles-mêmes dans la continuité des travaux menés en 2016 par le Groupe de Travail du G20 sur la Finance verte. Le groupe travaille également sur les différentes pratiques en termes de publication des expositions (disclosure) et s’attachera à mener ou coordonner les travaux analytiques sur les probabilités de défaut et les pertes en cas de défaut des prêts « verts » ou « bruns » sur la base de séries statistiques de moyen terme ;
- le deuxième, présidé par la Bank of England, se concentre sur l’évaluation des impacts macrofinanciers des risques climatiques et environnementaux : au-delà d’une revue de la littérature académique et des modèles économétriques utilisés dans les diverses institutions, le groupe s’attachera à identifier des axes de recherche sur lesquels les efforts académiques doivent se concentrer pour permettre à terme de mener des tests de résistance dynamiques et prospectifs aux risques climatiques incluant les possibles effets de second tour ;
- le troisième groupe, présidé par la Bundesbank, s’intéresse plus largement au rôle que les banques centrales peuvent jouer pour amplifier le financement de la transition climatique en tant qu’investisseurs, analystes des dynamiques de marché et catalyseurs des initiatives de marché ou réglementaire, en matière par exemple de taxonomie, de prévention du « green washing », de labellisation des obligations vertes, d’éducation financière et de protection du consommateur.
La réussite de l’Accord de Paris est avant tout de la responsabilité des États signataires : l’Union européenne s’est engagée à réduire les émissions de carbone de 40 % au moins d’ici à