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Un recours des entreprises à l’endettement un peu plus mesuré en 2019

Créé le

25.03.2019

-

Mis à jour le

29.03.2019

La croissance de l’encours de crédits aux sociétés non financières est restée soutenue en 2018, 5,9 % sur un an en décembre, rythme comparable à celui de 2017, 6,2 %. Plus généralement, l’endettement global des sociétés non financières a encore progressé assez nettement, 5,7 % sur un an. Il est mesuré comme la somme des crédits bancaires (auprès des établissements de crédits résidents) et des titres de marché émis par les sociétés.

Ceci a conduit à une nouvelle hausse du taux d’endettement des sociétés non financières. Rapporté à la valeur ajoutée, il a atteint 131 % fin 2018, à comparer à 107 % début 2009. Il est beaucoup plus élevé pour les grandes entreprises que pour les PME et s’est nettement accru depuis dix ans. Celui des PME est en revanche resté assez stable sur cette période. Cette évolution est spécifique à la France, tandis que l’endettement des entreprises se stabilise (Allemagne) ou se réduit (Italie, Espagne) dans les autres grands pays de la zone euro.

L’année 2018 a toutefois marqué une légère inflexion par rapport aux années précédentes. L’encours de titres de marché, qui est très volatil, a connu une évolution plus mesurée, 5 % en moyenne, contre 8,3 % en 2017. Ces titres sont en grande partie émis par les grandes entreprises, qui ont un peu diminué leur recours à la dette. En effet, la BCE a nettement réduit ses achats de titres dans le cadre de son QE. Et les incertitudes économiques et géopolitiques mondiales ont rendu les investisseurs plus prudents. D’où une préférence pour les titres d’État par rapport aux titres corporate et une remontée du coût du financement de marché pour les entreprises, qui est devenu supérieur au coût du crédit depuis fin 2018.

Comment s’explique la progression continue de la dette globale des entreprises ? D’abord par leur besoin de financement, c’est-à-dire par des niveaux de profits insuffisants pour couvrir leurs dépenses d’investissement et de stocks. Le niveau du besoin de financement a toutefois été assez nettement révisé en baisse sur longue période par l’Insee dans ses comptes nationaux (du fait de profits révisés en hausse) et avoisine 10 milliards par an depuis 2008. En 2018, les profits ont connu une hausse marquée, 7 % environ, liée notamment à la montée en charge des mesures de soutien mises en place (CICE, allègement de l’impôt sur les bénéfices). Parallèlement, les dépenses d’investissement et de stocks ont été dynamiques, compte tenu de la bonne tenue des profits, de la remontée du taux d’utilisation des capacités de production et de taux d’intérêt très bas, mais un peu moins rapides que celles des profits, d’où un besoin de financement assez mesuré.

Le recours à la dette s’explique donc plus largement par d’autres facteurs, et principalement par le financement de la trésorerie (accumulation d’un coussin de trésorerie en 2016-2017 pour constituer une épargne de précaution) et par des acquisitions d’actions, de participations, d’investissements directs à l’étranger. En 2018, la dette a ainsi permis de financer des flux importants d’acquisitions d’actions et participations, de la part notamment des grandes entreprises.

En 2019, le recours à la dette restera élevé mais devrait se modérer. D’abord, les entreprises devraient être en capacité de financement. Les profits seraient légèrement supérieurs aux dépenses d’investissements et de stocks, du fait d’un facteur exceptionnel, la transformation du CICE en baisses de charges, qui permet un gain temporaire de 20 milliards (mais qui disparaîtra en 2020). Ensuite, le recours net aux titres de la part des grandes entreprises devrait se réduire encore légèrement, compte tenu de l’arrêt par la BCE de son programme d’achats nets d’actifs et d’une probable montée de l’aversion au risque face aux multiples incertitudes internationales. L’encours de dette des sociétés non financières freinerait ainsi vers 4,5 %, avec une hausse de l’encours de titres ramenée à 3,5 % et un léger ralentissement du crédit à 5 %.

 

 

 

 

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº831