Certaines organisations comme la vôtre souhaiteraient utiliser le fruit d’une éventuelle taxe systémique à l’aide au développement, ainsi qu’à la lutte contre le changement climatique. Pourriez-vous expliciter votre position ?
Tout d’abord, notre organisation n’est pas la seule à défendre ce point de vue. Dans leurs déclarations, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, pour ne citer qu’eux, ont également demandé à ce que cette taxe contribue à la lutte contre la pauvreté et le changement climatique. Le dernier G20 a vu une divergence de vues entre les Américains, qui veulent un fonds avec une dotation la plus faible possible, les Britanniques, qui ont opté pour une opinion médiane, et les Français et les Allemands, qui sont venus négocier une taxe plus importante sur les transactions financières. Aucun accord sur ce sujet n’a pu être trouvé, mais le FMI a été missionné pour étudier les conditions de mise en place d’une telle taxe.
Comment imaginez-vous la collecte et la gestion de ces fonds ?
Nous fondons notre position sur les travaux d’un universitaire autrichien, Stephan Schulmeister
La taxe concernerait donc l’ensemble des transactions, quel que soit le pays émetteur, afin d’éviter des failles réglementaires…
C’est exact. Le G20 représente une part significative de l’économie mondiale. Cette taxe ne peut fonctionner que si les pays membres trouvent un accord et amènent le reste du monde à le respecter, dans le contexte du FMI. Quelles structures géreraient les sommes collectées ? Dans le cadre des discussions sur le changement climatique, il apparaît logique que les Nations Unies gèrent et attribuent les fonds, au travers de l’UNFCCC
Le rôle premier des banques est bien de financer l’économie. Ne peuvent-elles avoir un impact plus positif en finançant les PME ou en développant la microfinance ?
La taxe est conçue de manière à ne pas déprécier de trop les profits des banques. La croissance des transactions financières dépasse de loin celle de l’économie réelle. Une large partie des transactions financières est interbancaire. Les taxer pour lever de l’argent ne vient pas grever les sommes que les banques pourraient consacrer à de l’investissement ou du financement dans les pays en développement.
Cependant, les questionnements concernant l’efficacité de l’aide au développement sont grands, pensez- vous qu’une taxe soit préférable à des incitations, ou à la mise en place d’un contexte d’investissement favorable ?
Au contraire, l’aide en elle-même est bénéfique pour attirer les investissements. Les pays qui disposent d’aides pour l’éducation ou pour s’assurer que les investissements sont sous contrôle sont des pays où les banques se montrent prêtes à investir en profitant de la garantie d’institutions financières internationales, car l’action des institutions est alors complémentaire.
Dans quelle mesure ce projet n’est-il pas injuste, si l’on considère que les industriels sont les pollueurs de la planète et devraient financer la lutte contre le changement climatique ?
Je suis d’accord avec vous. Malheureusement, on parle là de choix politiques. Une part du fonds pour le changement climatique devrait être financée par les industriels et par le produit de la taxe carbone. Taxer les banques ne semble pas la solution la plus logique, mais les choses de la politique n’ont rien de très logique. Et je ne peux me résoudre à me déclarer désolé pour les banques.
Cette taxe a-t-elle de réelles chances de voir le jour ?
À vrai dire, je ne prends ce projet de taxe qu’à moitié au sérieux. Je me demande s’il sera réellement mis en place. Au Royaume-Uni des élections se préparent et le changement de majorité, et donc de gouvernement, est probable. Tant qu’il y a des échéances électorales, les voix des électeurs comptent davantage que celles des banquiers. Nicolas Sarkozy devrait peser de toute son influence en faveur de cette taxe afin qu’elle soit adoptée au plus tôt, avant les élections britanniques et américaines.