L’histoire mutualiste

Un mouvement hétérogène

Créé le

04.12.2012

-

Mis à jour le

13.02.2013

Les premières institutions financières coopératives s’inscrivent directement dans la tradition des solidarités traditionnelles pré-industrielles (celles des confréries, confessionnelles ou professionnelles, et du compagnonnage) : dans l’organisation par métiers ou dans le rôle de la religion, on retrouve l’héritage de ces formes de solidarité traditionnelles.

L’utilité de l’économie solidaire, ou du moins de certaines formes d’économie solidaire, en particulier des institutions de crédit, est aussi reconnue et promue par certains des grands penseurs de l’école libérale. Walras y voit un puissant moyen de promotion de l’épargne populaire, qui, à cette époque d’intense accumulation, est « parée » de toutes les vertus : « L’avénement des travailleurs à la propriété du capital par l’épargne, voilà en deux mots tout le système des associations populaires  [1] . » Le modèle de Schultze-Delitzsch fondé sur l’idée d’union, le refus de l’assistanat et de la rémunération du capital investi sera la traduction concrète des idées libérales et sera à l’origine des banques populaires allemandes (Volksbanken).

Les chrétiens-démocrates essaieront d’imposer une vision plus paternaliste du rôle des institutions coopératives en alliant solidarité et charité. Le modèle chrétien-social de Friedrich Raiffeisen, réunissant la responsabilité solidaire illimitée des sociétaires, la constitution d’un fonds de réserve inaliénable, la non-rémunération du capital, le bénévolat et les privilèges associés au statut de sociétaire, donnera lieu au premier réseau de coopératives de crédit agricoles.

L’utopie socialiste et communautaire de Proudhon et de Saint-Simon laissera une empreinte indélébile sur les fondements de l’économie solidaire moderne, et ce malgré l’échec des expériences d’Owen ou de Fourier.

Les doctrines solidaristes de la seconde moitié du XIXe siècle, comme celles de Léon Bourgeois, voient dans les institutions de l’économie mutualiste la « voie médiane » entre capitalisme et socialisme, entre libéralisme et étatisme.

Les influences qui façonnent les principes mutualistes sont donc multiples. Et, de surcroît, d’un pays à l’autre, leur ampleur et leur impact vont différer, instillant ainsi les germes des différences qu’on observe aujourd’hui entre les différents modèles coopératifs européens.

 

1 Léon Walras, « Les associations populaires de consommation, de production et de crédit », Paris, 1865.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº311
Notes :
1 Léon Walras, « Les associations populaires de consommation, de production et de crédit », Paris, 1865.