Le point de vue du gestionnaire d’actifs

Un modèle mixte pour financer l’économie européenne

Créé le

12.11.2015

-

Mis à jour le

01.12.2015

Pour le gestionnaire d’actifs, l’Union des marchés des capitaux (UMC) est l’occasion de faire en sorte que les marchés de capitaux soutiennent de manière plus optimale le financement de l’économie, en complément des banques. Cela passe par des outils nouveaux comme les ELTIF, mais aussi par une meilleure utilisation des canaux existants, comme le marché obligataire.

L’Union des marchés des capitaux (UMC), initiative de l'Union européenne, est un projet important cherchant à construire le cadre d'une économie européenne plus résiliente, favorisant des marchés de capitaux renforcés et plus intégrés, qui peuvent compléter (et directement supporter) le financement bancaire comme moyen de financement des sociétés et des projets d’investissement.

D’un point de vue économique et social, la question d’amener l’Europe vers un modèle de financement mixte où les banques ainsi que les marchés financiers jouent un rôle important est convaincante :

  • d'un point de vue économique, une base de financement plus diversifiée rendra le flux de capitaux moins dépendants d'un des segments de l'industrie de la finance ;
  • d'un point de vue social, la possession d'actifs financiers par une base plus large devrait accroître la retraite des épargnants et permettre que les effets positifs des politiques d'assouplissement quantitatif sur les investisseurs individuels soient plus largement appréciés.
Mais la question demeure : quel schéma les décideurs européens vont-ils suivre alors que nous cherchons à réaliser l’UMC ?

Mieux flécher l’épargne vers les projets

Comme point de départ, augmenter le capital disponible sur les marchés devrait être une priorité pour les décideurs politiques. L'Europe ne manque pas d’épargne, mais la majorité de ce capital est détenue dans des dépôts en espèces ou en biens immobiliers, et n’est pas investie à son plein potentiel, que ce soit en termes de retour financier pour l’épargnant ou de financement de l'économie. Obtenir l’engagement des épargnants est au cœur de cet effort, et la montée du numérique est susceptible de changer la façon dont les individus investissent. Encourager une plus grande utilisation de la technologie pour donner aux épargnants les outils et l'information dont ils ont besoin pour investir en toute sécurité et en toute confiance est un domaine où l'industrie et les décideurs politiques devraient concentrer leurs efforts.

Cependant, augmenter les économies des ménages investies sur les marchés de capitaux – c’est-à-dire, à travers l’assurance, l’épargne, les fonds communs de placement, ou à travers l'investissement direct dans des actions ou des obligations – est seulement la moitié de l’équation. Un autre objectif clé de l’UMC doit être de veiller à ce que le capital puisse effectivement financer des opportunités d’investissement à travers toute l'Europe. Pour ce faire, les responsables politiques doivent se demander si les marchés européens travaillent de manière optimale pour leurs utilisateurs finaux : les investisseurs qui confient des capitaux, et les entreprises et projets qui reçoivent cet investissement.

Optimiser les outils existants

Il ne s’agit pas seulement de promouvoir de nouveaux marchés et des formes novatrices de financement, mais aussi de permettre une utilisation la plus efficace possible des canaux de financement qui existent actuellement. Ainsi, le rôle que les marchés financiers peuvent jouer pour aider les banques à prêter directement ne doit pas être sous-estimé. Le but de l’UMC ne doit pas être de promouvoir une forme particulière de financement sur une autre : en effet, le financement des banques et le financement par les marchés se renforcent mutuellement. Le crédit bancaire est une forme clé de la finance en Europe, et l’UMC ne va pas changer cela. Il n’est ainsi guère surprenant que le réexamen du cadre législatif européen pour la titrisation soit un axe prioritaire du projet de l’UMC. Afin d’assurer le bon fonctionnement du système bancaire et sa capacité à prêter, il est essentiel d’avoir en Europe un marché de la titrisation qui fonctionne bien.

À l'heure actuelle, les marchés d’actions et d’obligations représentent la plus grande source potentielle de financement non bancaire pour les entreprises, mais il reste encore du travail à faire pour veiller à ce que ces marchés fonctionnent dans le meilleur intérêt des émetteurs et des investisseurs. L'Europe est toujours en train de finaliser une refonte considérable de la structure des marchés (MIF 2). Les marchés nationaux restent certes encore relativement fragmentés en Europe, mais les réformes en cours seront largement positives pour les investisseurs et les émetteurs.

Ce n’est pas le cas, pour le moment, pour les marchés des obligations d'entreprises. La régulation bancaire, combinée à des émissions records ces dernières années (en réponse à l'environnement de taux bas), a conduit à une fragmentation importante et réduit les conditions de la liquidité sur les marchés secondaires. Ceci est sous-optimal pour les émetteurs et les investisseurs : un fonctionnement bien huilé et stable du marché obligataire est un outil essentiel pour fournir du capital aux émetteurs et des opportunités d'investissement à un large éventail d'investisseurs. La cause de cette situation a de multiples facettes, il doit en être de même pour la réponse. Il n'y a pas, en effet, de solution unique ; mais la mise à jour de la structure du marché obligataire, la promotion de meilleures pratiques d'émission, une plus grande utilisation de la Bourse et la calibration de la transparence post-négociation font partie des mesures nécessaires pour régler le problème.

Le relais des marchés privés

Sur le plus long terme, l’occasion existe d’approfondir les marchés privés en Europe et ainsi fournir un autre chemin pour déployer des capitaux. Bien qu’une plus grande adoption des véhicules de placement comme le fonds européen d'investissement à long terme (ELTIF) puisse augmenter la quantité de capitaux disponibles pour investir dans les infrastructures, le crédit privé et autres actifs non liquides, il existe des barrières qui empêchent un investissement transfrontière plus important. Accroître les marchés privés signifie permettre que les investissements soient susceptibles d’expansion à travers l'Europe en abattant les barrières, tels que les régimes nationaux de l'insolvabilité ou celui de l'impôt retenu à la source, qui diffèrent grandement et enferment les capitaux privés dans des frontières nationales. Bien qu’il ne puisse être politiquement réalisable (ou souhaitable) de créer une règle unique à l’échelle européenne dans ces domaines, des procédures plus convergentes permettraient de réduire l'incertitude réglementaire ainsi que le coût et risques pour l'investissement transfrontière.

Alors qu'une grande partie de l'attention politique dans l’UMC a été sur les barrières entre les marchés nationaux, il est important de veiller à ce que des réformes simultanées ne compromettent pas l'objectif ultime de créer un paysage de l'investissement transfrontière plus dynamique en Europe. Par exemple, le projet contre l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices (BEPS) à l'initiative de l'OCDE qui vise à lutter contre l'évasion fiscale des multinationales pourrait, s’il reste mal calibré, étouffer l'investissement transfrontière en capturant des fonds qui investissent dans des actifs réels tels que les infrastructures. Des solutions techniques doivent, et peuvent, être trouvées pour assurer que les objectifs légitimes du programme fiscal international ne remettent pas en cause l’objectif tout aussi important d’accroître les investissements en Europe.

Aborder certains de ces obstacles peut aider à promouvoir une plus grande participation dans les marchés privés, mais cela ne se traduira pas par un « Big Bang » qui changera rapidement et de manière décisive le paysage financier en Europe. Au lieu de cela, la promotion de différentes formes de financement sur la base des marchés et le traitement pragmatique des barrières structurelles entre les marchés financiers nationaux en Europe pourront, avec le temps, faciliter des développements tels que celui d’un marché du placement privé paneuropéen, ou celui de l’origination de crédit non bancaire. Les banques, qui ont été à ce jour les piliers les plus solides du système financier en Europe, le resteront. L’UMC représente une occasion importante de faire en sorte que les marchés financiers puissent mieux soutenir et compléter, le rôle des banques dans le financement de l'économie européenne.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº790bis