Vous êtes actuellement spécialisés dans la dette subordonnée bancaire. Dans quelle mesure vos fonds seront-ils concernés par le bail-in ?
Ils ne le sont pas encore mais notre méthode de gestion, qui met l’accent sur l’analyse juridique et réglementaire, est particulièrement adaptée à ce nouvel environnement. Nous investissons dans la dette Tier 1 et Tier 2 et nos fonds sont acquis par des family offices, quelques investisseurs institutionnels et quelques particuliers. Le profil de crédit de l’émetteur est évidemment essentiel et, si l’établissement est en difficulté, nous regardons les aides d’État dont il peut faire l’objet. Mais notre décision d’investissement va être déterminée par la rédaction du prospectus. Nous allons rechercher les titres qui offrent la meilleure rémunération au regard du risque réellement pris par l’investisseur. Cela peut nous amener à investir dans des situations parfois très compromises. Ainsi, à titre d’exemple, nous avons acheté en 2010 deux titres subordonnés de Northern Rock à bas prix sur la base de l’étude du prospectus : le marché pensait que les coupons ne seraient jamais payés, mais la documentation stipulait qu’ils ne seraient abandonnés que si le ratio de solvabilité de l’établissement tombait sous les niveaux réglementaires, ce qui ne nous semblait pas crédible pour un établissement régulé. L’avenir nous a donné raison. Par ailleurs, les actifs de la bad bank créée étaient sous-évalués car comptabilisés en banking book suite à un arbitrage réglementaire de Northern Rock et donc en valeur de marché. Nous avons revendu ces titres moyennant une importante plus-value. Aujourd’hui, investir dans les titres subordonnés d’une banque, c’est être capable de regarder avec ce degré de détails les prospectus.
Serez-vous amenés à investir aussi en dette senior à partir du moment où elle est éligible au bail-in ?
Oui, en effet. Nous nous sommes positionnés comme des spécialistes des valeurs financières et nous offrons aux investisseurs notre expertise des banques dans un contexte de plus en plus complexe à analyser. Le bail-in ajoute une strate de complexité et d’inquiétude. Il va inciter les investisseurs à davantage passer par des spécialistes pour intervenir sur ce marché. Nous serons donc présents sur la dette senior à partir du moment où elle sera éligible au bail-in.