Faire savoir

Un ambassadeur de la gestion française à l’international

Créé le

09.01.2017

-

Mis à jour le

18.01.2017

S’il ne doit pas être confondu avec un ambassadeur dépendant du quai d’Orsay, Jean-Louis Laurens joue pourtant bien le rôle d’un ambassadeur qui promeut la gestion française et la Place de Paris à travers le monde.

Dans la concurrence que se livrent les grandes places financières, Paris a d’importants atouts à faire valoir. Son industrie de la gestion d'actifs en est un des plus importants. Encore faut-il le faire savoir. Pouvoirs Publics, régulateur, associations professionnelles et sociétés de gestion sont aujourd’hui parfaitement alignés pour assurer la promotion de la gestion française et renforcer encore l’attractivité de la place de Paris. C’est dans ce contexte qu’un ambassadeur de la gestion française a été nommé et que j’ai été choisi en octobre 2016 pour remplir cette mission.

Les atouts de la gestion d'actifs française peuvent être classés en quatre catégories. La France est tout d’abord un marché profond et mature de la gestion financière. Avec 3 600 milliards d’euros d’actifs gérés, elle se situe au premier rang de l’Europe continentale, devant l’Allemagne, le Luxembourg ou l’Irlande. La gestion française a plus de 50 ans d’expérience et est présente dans toutes les classes d’actifs. Elle gère plus de 11 000 OPCVM pour un montant total de 1 700 milliards d’euros et pour 1 900 milliards d’euros de mandats pour des investisseurs institutionnels. Certains de ses grands investisseurs (FRR, ERAFP, CDC Retraite, grands assureurs) sont parmi les plus sophistiqués du marché en matière de techniques de gestion et certainement parmi les plus exigeants.

Un écosystème exceptionnel

En deuxième lieu, la France bénéficie d’un écosystème de la gestion d’actifs parmi les plus développés, sans égal en Europe continentale. Si les sociétés de gestion emploient plus de 24 000 personnes, c’est plus de 83 000 emplois que représente l’ensemble de l’éco système : prestataires de services, banques dépositaires (dont les trois leaders européens), plates-formes de marchés, consultants, FinTechs, etc. Mais ce qui rend cet écosystème vraiment unique, c’est le pool de talents auquel il a accès en France. Le monde entier reconnaît que les jeunes Français, issus de nos meilleures écoles d’ingénieurs ou de commerce ou de nos meilleures universités, sont compétents en mathématiques et créatifs. Que serait d’ailleurs la City sans les milliers de hauts talents français dans ses services de recherche de trading ou de gestion quantitative ? Depuis plus de 10 ans la gestion d’actifs française a su également renforcer fortement ses liens avec la recherche académique, permettant l’émergence de centres de recherche tels que l’Edhec Risk Institute, très reconnus internationalement. En 10 ans, l’Edhec Risk a bénéficié de plus de 50 millions d’euros de budgets de recherche financés par l’industrie de la gestion et réalisé plus de 40 projets de recherche différents en gestion d’actifs. Et d’autres établissements comme Polytechnique, HEC, l’ENSAE, Paris Dauphine ne sont pas en reste.

Un régulateur efficace

Le troisième atout de la Place de Paris en gestion d’actifs est sans conteste son régulateur. L’AMF est devenu au fil du temps un régulateur certes rigoureux, mais aussi et surtout très efficace et à l’écoute de la profession. L’agrément d’un nouveau fonds français est obtenu en moyenne en 17 jours ouvrables, contre plus de 3 mois au Luxembourg. On peut dialoguer directement avec l’AMF, ce qui est impossible avec le régulateur luxembourgeois, allemand ou britannique. De plus, les documents soumis à l’AMF peuvent être entièrement rédigés en anglais et l’Autorité est à la pointe de la mise en œuvre des règlements européens. L’AMF a également passé plusieurs accords de réciprocité avec ses homologues dans le monde, facilitant l’exportation des fonds français. Enfin, le plus grand atout de la gestion française, ce sont bien sûr les sociétés de gestion. Il y en a au total 630 dont 200 créés au cours de ces cinq dernières années, pour la plupart entrepreneuriales. Quatre d'entre elles se situent parmi les vingt premières mondiales par leur taille. Les sociétés de gestion françaises sont réputées en gestion obligataire et monétaire, mais aussi en gestion actions européennes, grandes et petites capitalisations, en gestion ISR, comme en gestion de capital investissement et immobilière ; Paris est une place incontournable pour les émetteurs de titres.

Les sociétés de gestion françaises sont également parmi les plus innovantes dans la pratique des nouvelles techniques de gestion : gestion systématique, smart beta, allocation ou facteurs de risque, domaines dans lesquels elles sont leaders mondiales. À l’heure où les investisseurs remettent en cause les modèles traditionnels, la maîtrise de ces nouvelles techniques de gestion représente pour l’avenir de ces sociétés un avantage concurrentiel incontestable.

L’enjeu du Brexit

Quelles que soient les modalités finales de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, renforcer sa présence en France est une opportunité incontournable pour les grands gestionnaires d’actifs globaux, qu’ils soient américains, britanniques ou asiatiques. La perspective de perdre le passeport et l’incertitude d’une longue période de négociation inquiètent.

Certes, l’image de la France reste ternie par des années d’instabilité fiscale, voire juridique. Le taux d’imposition des activités financières (impôt sur les sociétés, taxes sur les salaires, taxe sur les transactions financières) demeure élevé, de même que le niveau des charges sociales patronales non plafonnées. La crainte d’un droit du travail rigide et complexe est également profondément ancrée dans les esprits. Et le marché français de la gestion d’actifs, malgré tous les atouts précités, souffre de l’absence de fonds de pension que ne compense pas la prédominance de l’assurance vie, sans parler des avantages fiscaux attribués historiquement et illogiquement à l’épargne du court terme.

Un ambassadeur en action

Le rôle de l’ambassadeur de la gestion d’actifs est bien sûr de faire connaître tous les atouts de la gestion française, avec deux objectifs principaux :

  • aider les sociétés de gestion françaises de toutes tailles à exporter leurs savoir-faire ;
  • convaincre les grands acteurs internationaux de venir renforcer leur implantation à Paris, notamment dans le cadre du Brexit.
Son rôle est également de continuer à faire connaître au régulateur et aux Pouvoirs Publics tous les obstacles qui demeurent, qu’ils soient réels ou présumés par les investisseurs institutionnels.

Le jeu en vaut la chandelle. La gestion d’actifs n’est pas uniquement une activité en croissance en tant que telle. C’est surtout une source de financement pérenne et locale de l’économie française, indispensable pour assurer sa croissance et son indépendance. Plus de 900 milliards d’euros d’actifs gérés en France financent des entreprises françaises, soit en capital, soit en dette, réduisant d’autant leur dépendance vis-à-vis des banques ou des investisseurs étrangers. Enfin et surtout, la gestion d’actifs française joue un rôle crucial dans la gestion de long terme, rôle qui ne pourra que s’accroître à l’avenir, tant sont importants les besoins d’épargne-retraite individuels.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº354