Trois documents de Standard & Poor’s sur la solvabilité de l’assurance après la crise économique liée à la pandémie de la Covid-19

Créé le

30.10.2020

Les 28 et 29 mars 2020, Standard & Poor’s publie trois articles sur les conséquences de la crise sanitaire et économique de la Covid-19 pour la solvabilité des assureurs et la possibilité donnée aux assureurs par Solvabilité II (S II) d’émettre de la dette hybride supplémentaire.

1. Il s’agit pour S & P de comparer les résultats des règles de calcul prudentiel de Solvabilité II, avec les calculs du ratio de capital du modèle S & P qui justifie d’éventuelles diminutions de notation.

S & P constate que les ratios de solvabilité de Solvency II ont en moyenne baissé de 20 points au premier trimestre de 2020. Mais les assureurs ont pu absorber le choc car les ratios S II moyens s’élevaient à 230 % au début de l’année et que S II crée des « stabilisateurs réglementaires » qui paraissent « trop » bénéfiques aux assureurs. Il s’agit des mesures du paquet « Branches longues » dont c’était la fonction lors de sa mise en place de réduire la « procyclicité » de Solvency II, en cas de baisse des taux, krach boursier et hausse des spreads.

Plus précisément, le « Volatility Adjustment » (notamment utilisé de façon dite « dynamique » dans les modèles internes), le « Matching Adjustment » et le « Dampener » sur les investissements « actions » (ajustement symétrique) ont réduit les effets de la crise financière parallèle à la crise sanitaire sur la solvabilité. Mais S & P souligne que cette bienveillance régulataire ne lie pas l’Agence de notation : « Notre modèle de capital paraît montrer une plus forte dégradation de la solvabilité que les ratios de Solvency II. »

Enfin, les « Anges déchus » (entendons « les émetteurs de dette » dont la notation baisse et qui passent de BBB - Investment Grade – à BB ) qui figurent dans les investissements des assureurs, peuvent peser sur le ratio S II et le modèle d’adéquation du capital de S & P. Mais dit S & P, 10 % des obligations privées détenues par les assureurs étaient notées BBB au troisième trimestre 2019 et en moyenne de 5 % du portefeuille en Allemagne, à 15 % au Royaume-Uni. Et le risque d’effondrement de tous les portefeuilles BBB en BB est relativement faible.

La dégradation de 15 % du portefeuille aggraverait de moins de 10 points les ratios SCR de Solvency II. Et avec sa prudence habituelle, S & P considère que son propre modèle de capital, même s’il constate des réductions de solvabilité, n’implique pas nécessairement des changements de notation des assureurs.

Comme disait Voltaire, « Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles »

2. Un second document (28 mai 2020) estime que les assureurs notés par S & P ont traversé avec succès le choc de marché le plus puissant sur leurs ratios de solvabilité S II depuis janvier 2016, date de leur mise en œuvre. « La réduction des ratios de solvabilité ne devrait pas avoir d’implication sur la notation de solidité financière des assureurs ».

3. Le document du 29 mai 2020 estime que la plupart des assureurs européens notés par S & P pourrait émettre si nécessaire de nouvelles dettes hybrides, dans la mesure où la capacité d’endettement éligible à Solvency II n’est utilisée en moyenne qu’à 40 %. Cela dit, S & P rappelle que son modèle de capital est moins favorable à l’éligibilité de la dette hybride que celui de S II, à hauteur de 25 % du montant de cette dette. Ils invitent donc les assureurs à utiliser prudemment cette possibilité de financement, afin d’éviter un déclassement du fait de l’affaiblissement de leur levier et de la qualité de leurs fonds propres.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº396