Comment le mouvement de transition énergétique impacte-t-il les activités de BFI de BNP Paribas ?
Notre réflexion est globale puisqu’il n’y a pas que la BFI qui finance des entreprises fortement émettrices de gaz à effet de serre (GES). Nos calculs sont fondés sur l’activité du groupe BNP Paribas dans son ensemble, sans distinguer la BFI. C’est ce qui fait la force de nos engagements. Si le financement des centrales à charbon est fait par la BFI, les financements corporate peuvent, eux, concerner le réseau retail. C’est le cas, par exemple, pour notre filiale en Pologne, pays dont le mix énergétique est fortement dépendant du charbon, et qui finance par conséquent des entreprises fortement émettrices de gaz à effet de serre.
Quels sont les engagements pris par la banque ?
Nous nous engageons à accompagner le fort développement des énergies renouvelables en multipliant par plus de deux nos financements dans ce domaine : de 6,9 milliards d’euros en 2014 à 15 milliards d’euros en 2020. De plus, nous renforçons notre dispositif de gestion du risque carbone en décidant de ne plus financer l’extraction de charbon dans tous les pays, que ce soit via les projets miniers ou via les sociétés minières spécialisées dans le charbon qui n’ont pas de stratégie de diversification.
La mobilisation sur la transition énergétique est-elle identique dans vos différents pays d’implantation ?
Nous nous réservons la possibilité de financer des projets de centrales électriques à base de charbon dans certains pays d’Asie ou d’Afrique subsaharienne car leur stade de développement économique ne leur permet pas d’appliquer d’autres stratégies climatiques et il serait contre-productif de les refuser en bloc.
Pour être acceptés, ces projets devront remplir les critères suivants :
- le pays hôte devra avoir pris un engagement de limiter ses émissions de gaz à effet de serre dans le cadre de la COP 21 ;
- le projet devra faire l’objet d’une consultation des populations locales potentiellement impactées, leur dédommagement devra être prévu si nécessaire et elles devront avoir accès à un mécanisme de recours ;
- la centrale devra être conçue pour réduire au maximum ses émissions de gaz à effet de serre.
Avez-vous procédé à une quantification des émissions de GES ?
Nous avons testé des méthodologies globales qui ne se sont pas avérées concluantes et ne permettaient pas de piloter efficacement. Nous avons donc misé sur une approche sectorielle, en commençant par le mix électrique et le mix énergétique que nous finançons. Notre objectif n’est pas de calculer les émissions de CO2 en tant que telles, mais de connaître précisément le montant de nos expositions sur chacune des énergies de tout notre portefeuille. Nous avions déjà publié notre mix électrique en 2014 : avec 23 % de renouvelable (hydraulique, photovoltaïque et éolien) et 23 % de charbon, le mix électrique financé par le Groupe est en avance sur le mix mondial (respectivement 21 % et 40 % selon l’AIE). Nous avons procédé de la même façon pour notre mix énergie primaire (charbon, pétrole et gaz) : nous l’avons comparé au mix mondial et l’avons projeté pour être en ligne avec le scénario de moins 2 °C à l’horizon 2040. Cela nous permet de voir dans quelle proportion doit évoluer notre part de charbon et de renouvelable. Il s’agit d’un véritable outil de pilotage, autorisant un suivi dans le temps.
Avez-vous adapté vos critères de financement pour respecter les objectifs de la transition énergétique ?
La composante climatique sera désormais intégrée dans la méthodologie de notation des projets et entreprises financés. Le groupe va ainsi progressivement systématiser l’utilisation d’un prix interne au carbone afin de prendre en compte les mutations engendrées par la transition énergétique et les risques associés dans ses décisions de financement.
Pionnière dans cette démarche, la banque s’inspirera de ce qui est fait chez ses grands clients (Total, Engie, EDF…), qui incorporent déjà un prix au carbone dans leurs décisions d’investissement. Par exemple, lors d’un arbitrage entre plusieurs projets, les émissions de carbone d’un projet (sur la totalité de sa durée de vie) seront prises en compte dans le calcul du retour sur investissement avec, in fine, des allocations de capital différenciées intégrant le risque climat, ce qui n’est pas le cas pour l’instant.
De la même façon, la notation de nos contreparties (entreprises et projets), aujourd’hui fondée uniquement sur des critères économiques et financiers, assimilera leur résilience au changement climatique (ont-elles bien pris le virage de la transition énergétique ? Leur business model évolue-t-il dans ce sens ?). Si on a affaire à une entreprise très dépendante du charbon, qui ne s’est pas organisée pour évoluer, la note de la contrepartie sera dégradée. Moins la note est bonne, plus cela enchérit le coût du capital et moins la banque sera encline à mobiliser de fonds propres pour soutenir ce type d’entreprise sur le long terme.
La direction des risques de la banque est en charge d’isoler un périmètre, un secteur d’activité, de tester un modèle et de faire un pilote. La méthode sera ensuite déployée progressivement sur l’ensemble des activités de la banque, dans tous les secteurs (pas seulement celui de l’énergie).
Êtes-vous concernés par la question des stranded assets ?
Oui, bien sûr puisqu’une de nos motivations pour prendre ces engagements climat est de renforcer notre dispositif de gestion du risque. Il s’agit bien d’identifier ces potentiels stranded assets – qui peuvent être des actifs ou des entreprises. C’est pour cette raison que nous sortons des mines de charbon et des pure players du charbon qui sont clairement des stranded assets, comme en atteste l’évolution de leur cours en Bourse.
La transition énergétique se traduit-elle aussi pour le groupe par des nouvelles opportunités commerciales en BFI ?
De nombreuses opportunités existent dans les projets d’énergies renouvelables. Nous soutenons notamment les projets des producteurs mondiaux d’électricité qui, comme nous, vont augmenter leur part de renouvelables. Nous sommes déjà leader mondial dans la structuration de financements pour l’éolien offshore. En Chine ou en Inde par exemple, l’essentiel des projets de production d’énergie repose sur le renouvelable. Ce mouvement global va nous permettre d’augmenter notre exposition dans ce secteur.
L’efficacité énergétique présente également un énorme potentiel. Pour rester en dessous de la barre des 2 °C, 50 % de l’effort proviendra de l’efficacité énergétique : c’est un enjeu très fort dans de nombreuses industries carbo-intensives, comme la cimenterie ou la pétrochimie. Nous allons soutenir davantage les entreprises consacrant une part importante de leur R & D et faisant évoluer leur business model dans cette direction, de même que les entreprises dont le métier est de proposer des solutions d’efficacité énergétique.
Il n’existe pas de nomenclature dans ce domaine, aussi nous essayons d’identifier tous les acteurs importants de l’efficacité énergétique. Ensuite, nous calculerons notre exposition à l’échelle mondiale car elle intervient à la fois dans le secteur des transports, de l’immobilier, de l’industrie… Cette identification doit se faire de façon très fine et en accord avec la direction des risques pour, là encore, pouvoir effectuer un suivi spécifique dans le temps.
BNP Paribas compte également investir pour compte propre 100 millions d’euros à l’horizon 2020 dans des start-up travaillant sur les problématiques du stockage de l’énergie ou des réseaux intelligents par exemple, afin de lever des freins à la transition énergétique.
Quelle est votre présence sur le marché des obligations vertes ? Comment comptez-vous les promouvoir ?
C’est une question d’organisation et de moyens. Nous devons nous structurer pour être plus puissants. BNP Paribas se situe actuellement en bas du top 10 et a pour objectif d’augmenter rapidement et fortement ses émissions d’obligations vertes : elle ambitionne de faire partie des trois premiers acteurs mondiaux, en euros, en 2018. La banque place déjà de nombreuses obligations vertes auprès des investisseurs institutionnels, mais aussi dans les réseaux retail, ce qui la différencie des autres banques (voir tableau). Ces obligations sont structurées dans la BFI puis packagées dans des produits comportant à la fois des green bonds et de l’investissement ISR. Cela permet de faire à la fois du volume et de la pédagogie : les particuliers peuvent ainsi investir dans des produits à fort impact avec un risque mesuré.
Le marché des Green Bonds en chiffres
| 2014 | 2015 (Q3) | |
| Taille du marché des Green Bonds (en milliards de US$) | 37,9 | 26 |
| Montants émis par BNPP | 1 | 3 |
Qu’attendez-vous de COP 21 ?
Nous pensons que la transition énergétique apportera plus d’opportunités que de renoncements : elle sera source de potentiel et de PNB (produit net bancaire) important à moyen terme.
Comme de nombreuses grandes entreprises, nous avons signé la déclaration AFEP-MEDEF proposant notamment le développement d’un marché et d’un prix du carbone. Nous attendons avant tout une clarification des engagements des pays, notamment d’Asie, où nous sommes bien implantés. Nous espérons un accord le plus contraignant possible. La prise de conscience a d’abord été un sujet de gouvernement qui s’est étendu à la vie des affaires. Nous attendons désormais qu’elle se traduise dans les réglementations. Avec Bâle III, nous sommes soumis à des injonctions contradictoires : nous devons alléger nos fonds propres tout en finançant des infrastructures de renouvelables à très long terme, ce qui est très coûteux pour la banque. La réglementation nous incite à être agiles et à alléger nos besoins en fonds propres. Ce n’est pas compatible avec le financement de ce type d’infrastructures.