Comptabilité

Transformation numérique : quels impacts sur les directions financières et comptables ?

Créé le

13.12.2018

-

Mis à jour le

21.12.2018

Le 28 juin 2018, l’ADICEF organisait une conférence sur le thème de la transformation numérique. Depuis plus d’une décennie, tous les métiers et toutes les fonctions sont touchés, à différents degrés, par le phénomène digital (Big Data, l’intelligence artificielle, la blockchain, le calcul quantique…). De nombreux forums et initiatives publiques ou privées organisent des rendez-vous réguliers pour sensibiliser les acteurs. Qu’en est-il pour les directions financières des établissements ? Quels défis, quels impacts, quelle trajectoire imaginer ?

Le Pôle FinTech innovation, créé par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) en juin 2016, a identifié plusieurs dimensions sur le métier du banquier :

  • le recentrage sur le front-office : innovation produits et canaux, anticipation des changements de comportement de la clientèle et de la concurrence, risques sur les transactions (KYC, identité numérique, fraude, complexité des smarts contrats) ;
  • la maîtrise des traitements et des risques opérationnels : automatisation des processus dans le cloud ou les plates-formes de registres partagés, traçabilité des données et des algorithmes, cybersécurité ;
  • l’accélération du décisionnel, avec des reportings plus complets, plus ciblés, plus fiables.
Le régulateur est aussi particulièrement attentif à la conformité : recours à l’externalisation, protection des données, services non régulés, veille interactive ; il préconise les tests cloisonnés avant tout déploiement à la clientèle.

Pour mémoire, le World Economic Forum (WEF) a également identifié six clusters de la finance, qui sont autant de points de vigilance (voir Schéma 1).

Dans ce contexte très évolutif, les projets sur les systèmes d’information des directions financières sont très impactés et ont tendance à globaliser les fonctions risques, gestion, comptabilité et reportings (voir Schéma 2).

Les nouveaux outils du STP : l'exemple du leasing

Un cas pratique appliqué sur un nouveau SI pour le métier du leasing a permis de présenter des processus en workflows partagés qui intéressent les directions financières.

1. La RegTech : formalisation des clauses juridiques, actualisation par rapport aux normes et aux jurisprudences, généralisation de l’économie de l’usage portant sur tout produit ou service, approche par des obligations de performance, en opposition à la propriété : fongibilité des actifs, capillarité des prestations.

2. Les techniques de diffusion et d’enregistrement : le concept STP (Straight-Through Processing), sans être nouveau, se trouve transformé et accéléré par les nouveaux outils :

  • captation des données sur les portails : le client formalise lui-même son produit et ses options, avec l’aide éventuelle de chatbots, ou en dialogue avec un commercial équipé d’une tablette ;
  • simultanément, un algorithme s’assure d’un 1er niveau de sécurité avec des bases connectées (KYC, solvabilité du client par rapport à son projet, caractéristiques de l’entreprise ou de la personne physique, base de risques) et propose une tarification distincte sur la composante locative du bien et sur la composante non locative regroupant les services associés ;
  • avec la signature électronique, le contrat est activé, la commande de bien lancée auprès du fournisseur-partenaire, la date de livraison définie ; à terme, un DEEP – dispositif d’enregistrement électronique partagé - peut être créé entre le client, la société de financement, les fournisseurs et les partenaires externes ;
  • sur avis de réception du bien, la facturation est émise, et le suivi comptable de la vie du contrat s’active, avec son canal habituel en mode ERP (événements => interprétation => schémas d’enregistrement => legacy comptable) ;
  • les RPA (Robotic Process Automation) veillent en permanence et transmettent les alertes : modifications contractuelles, changement de situation du client, impayés avec génération des relances, calcul d’intérêts de retard, simulation de restructuration de dette, fin normale ou anticipée du contrat, récupération et recyclage des biens loués… ;
  • pour le chiffrage des arrêtés, des calculateurs spécifiques sont activés : cut-off sur les loyers en séparant les parts intérêts et remboursements de capital, parallèle entre les tableaux d’amortissement comptable et financier ; calcul de provisions en normes françaises puis actualisation des statistiques pour l’algorithme IFRS 9 sur les buckets 1 (sains) et 2 (sensibles) ; module de taxes spécifiques pour accompagner les clients dans leurs déclarations : TVTS-CO2, Tascom, CFE, TVA par type d’équipement ;
  • reste la fonction reporting, devenue très vaste aujourd’hui avec, d’une part, les nombreuses exigences externes prévues par les réglementations – cycles SREP du MSU, FSB, AQR, liquidité ILAAP, solvabilité ICAAP, LCB/FT, ESES, Anacredit, en plus de SURFI et des annexes chiffrées des DDR – et, d’autre part, les graphiques de gestion pour le décisionnel Direction générale, qui exige à la fois la vue d’ensemble par des agrégats et ratios, et le zoom sur un produit, une forme de contrat, une zone géographique, un manager ; le tout en réalisé et en prospectif.
À cet égard, deux écoles principales de Datawarehouse (DWH) sont souvent en arbitrage :

  • les systèmes de données organisés de type SGDBR, XBRL, Cube OLAP ; ou
  • le NoSQL, avec les lacs de données du Big Data à disposition de requêtes libres.

Au centre du datamining

Pour remplir leur mission de synthèse et de production des reportings, les directions financières et comptables sont au centre du datamining : exiger des applications « métiers » la plus large collecte de données unitaires, procéder à leur enrichissement (attributs sur les tiers et les opérations), garantir leur certification (piste d’audit), puis organiser leur distribution, soit contrainte (en format réglementaire), soit libre (contrôle de gestion et décisionnel), dans le cadre des guidances de BCBS 239.

Les approches futures à concevoir pourront ainsi être de type « iceberg », avec des gisements de données contribuant à un « bloc certifié » pour les restitutions finance, gestion, risques, liquidité…, confirmant ainsi la véracité comme quatrième dimension de l’économie numérique, après le volume, la variété et la vitesse.

Des initiatives multiples

Notre conférence s’est poursuivie avec une table ronde où de nombreux témoignages ont fait état des initiatives qui soulignent l’agilité et l’implication des équipes finance dans la transformation numérique de leur métier. Un grand établissement systémique a mis en place un programme de certification pour l’exactitude des données, la gouvernance, l’analyse et le reporting ; un acteur de la banque en ligne met l’accent sur le renforcement des dispositifs de gestion et de contrôle des risques, avec la création de zones d’échanges normalisés, au sein de ses plateformes Big Data ; une société de financement organise la validation dématérialisée, avec des partages de documents numérisés et un archivage sécurisé « zéro papier ». Le bénéfice principal du déploiement numérique se traduit par des réductions importantes des délais de productions des reportings certifiés. Tous les acteurs s’accordent sur la nécessité de sensibiliser et de former les équipes, avec des MOOC (Massive Open Online Course) collaboratifs et le recrutement de profils spécialisés, de type Community Manager Finance 2.0.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº827