Pouvez-vous rappeler rapidement l’activité de Standard Chartered Bank ?
Standard Chartered Bank (SCB) est une banque anglaise cotée à Londres, où se trouve son siège social, mais avec une présence extrêmement forte en Asie, notamment à Singapour, car elle est la banque de l’ex-empire britannique, ainsi qu’en Afrique et au Moyen-Orient.
SCB est implantée localement dans ces zones géographiques depuis de très longues années : en Inde, par exemple, notre présence remonte à plus de 150 ans ; SCB y est la première banque étrangère en termes de réseau et détient un tiers de toutes les licences bancaires délivrées aux banques étrangères par la Reserve Bank of India (RBI), sachant qu’elle n’en accorde pratiquement plus. De même, à Hong Kong, nous avons le droit de battre monnaie, au même titre que deux autres banques.
Nous proposons des services bancaires à nos clients corporate européens ou américains. La succursale française accompagne ainsi les clients français sur ces marchés, qui sont pour eux des relais de croissance très importants.
Comment vos activités sont-elles touchées par la transformation numérique ?
Rappelons tout d’abord que l’activité de transaction banking couvre essentiellement la gestion des flux, le commerce international, avec l’émission de garanties, de lettres de crédit et des services de trade finance un peu plus techniques, ainsi que les services liés à la supply chain pour nos grands clients.
La digitalisation est assise sur les nouvelles technologies : API, Big Data, intelligence artificielle, Internet of Things ou encore blockchain. Mais il faut comprendre que dans certaines zones géographiques, les pays partent souvent d’une page blanche dans ce domaine. En Asie, en Afrique ou au Moyen-Orient, les pays n’ont pas ou peu d’infrastructures financières ou de clearing au sens où on l’entend en Europe et aux États-Unis, et les gouvernements ont mis en place des programmes forts de digitalisation de leur économie. En Inde, le gouvernement a démonétisé les billets et lancé Aadhaar, un système qui permet à plus d'un milliard d'Indiens d’avoir un identifiant, équivalent à un numéro de Sécurité Sociale, grâce auquel chacun va pouvoir, avec son empreinte digitale, ouvrir un compte, débourser un crédit et effectuer un certain nombre d’opérations. En Afrique, la mobile money devient incontournable, notamment au Kenya. Nous avons lancé en janvier une nouvelle banque mobile en Côte d'Ivoire qui servira de pilote pour tous nos pays émergents. Quant à la Chine, elle évolue très vite puisque pratiquement tous les paiements passent par des systèmes comme Wechat ou Alipay.
Dans ce contexte, nos clients s’attendent à fonctionner selon les standards les plus récents, souvent très novateurs par rapport à ce que nous utilisons aux États-Unis ou en Europe.
Par exemple, ils veulent pouvoir faire des transactions de façon simple, sans envoyer de fichier, et surtout quasi instantanée. Les API sont dans ce cas la solution : elles permettent d’échanger en temps réel des données telles que les relevés ou extraits de compte, le reporting, voire de faire des paiements. Nous sommes ainsi dans la dynamique d'utiliser ces technologies au service de nos clients, pour pouvoir répondre à leurs besoins en réalisant des Proofs of Concept avec certains d'entre eux, que nous pourrons ensuite dupliquer pour d'autres. Nous voulons rester agiles et proposer des services nouveaux, mais sans les imposer : les clients ont le choix.
Quels sont les exemples de services innovants développés par SCB ?
Concernant les échanges de données, nous exposons en ligne nos API depuis près d’un an, dans le but de proposer des reportings ou effectuer des paiements. En Inde, nous avons travaillé sur le cas d’une compagnie aérienne qui souhaitait pouvoir augmenter en quasi-temps réel les limites de crédit octroyées à ses revendeurs, agences de voyage, pour le paiement et l’émission des billets vendus. S’il existait jusqu’alors des possibilités de paiement intraday, l’émission des billets par les services commerciaux restait conditionnée à la réconciliation effectuée par la comptabilité sur une base « end of the day », avec au final un délai quasi incompressible de deux jours pour finaliser la transaction. Nous avons créé une API qui, dès l’instant où l’agence de voyage a versé les fonds, va aller nourrir directement l’applicatif de la comptabilité, pour faire en sorte que le rapprochement puisse se faire immédiatement et déclenche l’émission des billets.
En Chine, nous avons été une des premières banques à se plugger directement avec Wechat et nous sommes en train de faire de même avec Alipay. Ces systèmes comptent un milliard d’utilisateurs, dont 800 millions actifs dans les paiements, et c’est donc un enjeu colossal. Et comme ces systèmes se multiplient, nous avons créé un agrégateur qui permet à nos clients, dans un certain nombre de pays, de se connecter directement à divers moyens de paiement.
Les enjeux sont identiques avec la blockchain qui permet une certaine instantanéité pour l’échange d’informations, de données ou d’opérations. En matière de paiement, nous avons fait des premiers tests au sein d'un petit consortium de banques avec Ripple pour effectuer des paiements crossborders en quasi-temps réel, pour le moment limité aux transactions entre Singapour et l’Inde. Nous avons mis en place, à Singapour et à Hong Kong, un système de blockchain pour le financement des factures, ouvert à un nombre restreint de participants préalablement bien identifiés : cela permet, d’une part, de vérifier la validité des factures présentées dans le système et, d’autre part, d’éviter tout double financement, car chaque partie prenante est immédiatement informée des transactions effectuées sur la blockchain.
Nous travaillons aussi avec des partenaires sur des utilisations novatrices pour le commerce international : l’idée est d’équiper des containers avec des trackers. Sur le plan de la conformité, ces trackers nous permettront de nous assurer que le bateau ne s’est pas arrêté dans un port ou dans un pays sous sanctions ; nous pouvons également savoir si le bateau a traversé des turbulences météorologiques, si la température des cales containers est restée constante, une donnée importante dans le cas de transport de denrées périssables. Il est même possible d’imaginer que dès l’instant où les containers auront été déchargés dans le port de destination, un smart contract déclenchera automatiquement le paiement.
Le maître mot de ces évolutions est l’instantanéité, mais pour supporter un besoin précis de l’entreprise. La gestion de trésorerie telle que nous la connaissons, calée sur les horaires des banques, va passer à terme à un service et des ajustements de positions en temps réel, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours par an. Cela peut amener de nouvelles solutions et une gestion beaucoup plus dynamique des encours.
Travaillez-vous avec des FinTechs ?
Pour répondre aux demandes de nos clients, nous avons créé au sein de SCB une structure SCB Ventures, pour travailler en partenariat avec les FinTechs et proposer des solutions innovantes dans des laps de temps courts. Nous voulons être dans une dynamique de changement : face aux demandes de nos clients, parfois très spécifiques, nous regardons s’il est possible d’y répondre, en travaillant avec des FinTechs et en se donnant un délai de développement très restreint. Une fois encore, l’instantanéité devient le critère majeur, surtout pour les jeunes générations, qui n’hésiteront pas à changer de banque si les délais de réponse sont trop longs.
Quels sont les moyens que SCB alloue à cette transformation numérique ?
Nous avons annoncé, en 2015, 3 milliards d’investissement dans la technologie et les systèmes, et ce montant pourrait être réévalué à la hausse en fonction des besoins. Notre objectif est de rester agile sur le développement de ces activités, mais avec une certaine humilité, car la technologie évolue très rapidement et nous devons rester prêts à évoluer nous-mêmes. De nouveaux services émergeront encore, c’est l’utilisation et l’adoption par les clients qui feront la différence.