Témoignage de Béatrice Belorgey, Directrice Banque Privée France, BNP Paribas

« Tout le challenge pour les banquiers est de transformer ces contraintes en opportunités commerciales. »

Créé le

26.09.2018

-

Mis à jour le

08.10.2018

Quels sont les principaux changements opérationnels induits par MIF II ?

Avec MIF II, la protection des clients est renforcée, donc l’objectif du régulateur est atteint. Mais c’est au prix d’un alourdissement significatif des parcours clients et des parcours des banquiers privés eux-mêmes.

Techniquement cela se traduit notamment par une déclaration d’adéquation formalisée ; auparavant, il fallait bien sûr que les transactions soient en adéquation avec le profil de risque du portefeuille, ce qui était contrôlé par des algorithmes, mais il n’y avait pas d’édition d’un document. Cette vérification fait désormais faire l’objet d’un document écrit et validé par le client, qui doit être tracé dans les systèmes d’information de la banque. Autre changement introduit par MIF II, l’annonce des frais ex-ante et ex-post, des obligations contraignantes, surtout pour ceux de nos clients qui réalisent le plus de transactions. Ces changements conduisent également à la mise en place d’outils supplémentaires.

Quelles difficultés rencontrées lors de la mise en place de MIF II ?

Celles-ci sont liées à l’alourdissement des parcours et des délais. L’enjeu pour les banquiers est d’expliquer clairement aux clients que ces délais un peu plus longs ont pour but de protéger davantage encore leurs intérêts, au-delà de ce que prévoyait MIF 1. Mais nous constatons déjà un accroissement des ordres passés directement sur internet de la part de nos clients, sans doute en partie dû à un effet MIF II. Il ne faudrait pas que ces démarches plus longues conduisent les clients suivis en gestion conseillée à préférer opérer seuls sur internet, ou qu’elles les incitent à se déporter vers des investissements en assurance vie, MIF II ne s’appliquant qu’aux investissements en comptes titres et PEA. En outre MIF II renchérit le cost-to-serve de la gestion conseillée. Nous restons donc très attentifs à ces biais : rappelons qu’en Angleterre, la RDR [1] a généré un effet d’éviction du conseil de certains clients.

Quelles sont les prochaines étapes ?

L’étape suivante vis-à-vis de nos clients sera de leur expliquer la synthèse annuelle des frais qu’ils recevront en début d’année 2019. Il faudra les accompagner dans cette démarche, en détaillant toutes les causes de frais et en formant d’ici à la fin de l’année les banquiers pour qu’ils soient à même d’expliquer aux clients quelle valeur ajoutée recèle chaque ligne de frais.

Tout le challenge pour les banquiers est de transformer ces contraintes en opportunités commerciales.

  1. 1 Retail Distribution Review, texte entré en vigueur en 2013, équivalent à MIF II dans l’Union européenne.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº824
Notes :
1 Retail Distribution Review, texte entré en vigueur en 2013, équivalent à MIF II dans l’Union européenne.