Technologie blockchain dans la banque : vers de multiples usages

Créé le

05.01.2016

-

Mis à jour le

13.01.2016

Les banquiers du monde entier s’intéressent depuis plusieurs mois à la technologie innovante de la blockchain. En effet, celle-ci peut renverser totalement la manière de gérer les transactions en les rendant plus efficaces, plus rapides, plus sécurisées et beaucoup moins coûteuses.

On parle de la technologie blockchain. De quoi s’agit-il précisément ?

C’est effectivement un mot largement utilisé en ce moment. D’abord démocratisé par le bitcoin – un cas particulier d’application de la blockchain –, c’est aujourd’hui son principe de fonctionnement qui attire l’attention. Des centaines de start-up émergent avec chacune une idée révolutionnaire d’application de la blockchain dans tous les domaines de la société (supprimer les notaires, faire du vote électronique, stocker de l’ADN…). Toutes les industries sont en train de l’étudier et de chercher des moyens rapides et efficaces de l’utiliser. Lorsqu’on regarde de près le fonctionnement de la blockchain, on a vite le vertige, car son potentiel est universel et considérable. Il a de quoi radicalement bouleverser toutes les industries, réorganiser les sociétés, transformer les institutions, changer la place de l’État et ses rapports avec les citoyens.

Comment fonctionne cette technologie ?

On pourrait dire qu’il s’agit simplement d’un concept qui permet de stocker de l’information de manière sécurisée et distribuée (peer-to-peer) dans les nœuds d’un réseau (clients, utilisateurs, machines, serveurs, smartphones, objet connecté, entreprises, état…) en reposant sur un principe de consensus de ces nœuds.

Le principe de la blockchain existe depuis longtemps : utiliser les nœuds d’un réseau d’information pour authentifier cette information, la valider et la stocker. Aujourd’hui, ceci est rendu possible parce que les nœuds des réseaux sont de plus en plus denses et nombreux, parce que la technologie est disponible et, surtout, parce que des algorithmes de plus en plus puissants le permettent.

Concrètement, il faut imaginer la blockchain comme un registre global (ledger en anglais), qui contiendrait toute l’information à stocker (c’est le « chain » dans blockchain) dans lequel il est uniquement possible d’ajouter de l’information. Chaque fois qu’un nœud veut ajouter une information, il lance une requête sécurisée dans tout le réseau. Lorsque tous les nœuds du réseau en ligne reçoivent cette requête ils vérifient d’abord la validité de la requête ; c’est là que le principe de consensus s’applique. Plusieurs nœuds du réseau (les miners dans le cas du bitcoin) vont indépendamment vérifier l’authenticité et la validité de la requête de l’utilisateur puis comparer leurs résultats. S’ils sont d’accord sur le résultat, le consensus est obtenu et l’information sera ajoutée dans la blockchain, sous forme d’un bloc (c’est le « block » dans blockchain).

Sur le plan de la sécurité, la particularité intéressante est que chaque bloc ajouté dans la blockchain est lié cryptographiquement au précédent. Autrement dit, tout nouveau bloc créé et ajouté dépend de l’intégralité des blocs d’information précédents.

L’information est ajoutée sous forme de blocs parce que plusieurs requêtes peuvent arriver en même temps. Et en programmant le système pour qu’il valide et génère les blocs d’information périodiquement, on peut facilement redonner un ordre chronologique aux requêtes et éliminer les problèmes de doubles dépenses. Dernier aspect remarquable de la blockchain : à chaque création d’un nouveau bloc d’information et à chaque ajout aux précédents, une copie de l’intégralité de la blockchain est transmise à tous les nœuds du réseau. Même si certains nœuds sont hors-ligne et si plusieurs blocs sont manquants, les nœuds récupèrent l’intégralité de la blockchain au moment où ils se reconnectent et vérifient au passage que la conformité des ajouts à la version de la blockchain qu’ils possédaient.

De quelle façon le secteur bancaire est-il concerné ?

Pour les banques, ce sujet est aussi brûlant que pour d’autres secteurs. Les banquiers du monde entier s’y intéressent depuis plusieurs mois et les montants de capital-risque investis dans ce domaine sont en train de battre des records. Les cas d’utilisation sont nombreux pour les banques, notamment sur pour la gestion des transactions.

Concrètement, quels pourraient être les usages pour les banques ?

Ils sont multiples mais le potentiel est considérable dans le domaine des transactions (de toutes natures) car la technologie blockchain peut renverser totalement la manière de gérer les transactions en les rendant plus efficaces, plus rapides, plus sécurisées et beaucoup moins coûteuses. Dans le système actuel, les banques gèrent toutes les transactions de manière centralisée. Lorsque vous faites un paiement, un virement, ou que vous épargnez, toute cette information est centralisée, consignée dans les bases de données des banques. Le modèle fonctionne bien, il est sécurisé et permet aux banques et aux systèmes de paiements de traiter des volumes importants. L’inconvénient d’un système centralisé est qu’il exige une infrastructure et des process lourds, des contrôles à tous les niveaux, puis des contrôles sur les contrôles, et donc un coût considérable à maintenir et des délais de fonctionnement.

Imaginons que l’on renverse le modèle et que tous ces process de validation et de stockage des transactions se fassent de manière automatisée par le réseau lui-même. Dans le cas d’un paiement, par exemple, vous initierez la transaction (via n’importe quel canal : carte de paiements, Web, smartphone, voix…), et au moment de l’émission de la demande de paiement, tous les membres du réseau de paiements (on peut imaginer les particuliers, les entreprises, les commerces, les états au travers de leurs machines/devices ou leurs représentants ou des tiers dans un cloud) seront chargés de vérifier votre transaction avec les mêmes contrôles qu’aujourd’hui, automatisés dans l’algorithme de la blockchain. Une fois votre paiement validé par consensus dans le réseau, il serait ajouté sous forme d’un nouveau bloc dans cette blockchain, dont chaque nœud du réseau recevrait une copie de l’intégralité à jour.

Le rôle des banques ne serait plus de traiter la transaction en l’autorisant, en la validant et en l’enregistrant dans une base de données. Il consisterait à développer et à maintenir un algorithme de blockchain sécurisé qui permettrait à tout le réseau de ses utilisateurs de fonctionner et de se maintenir en autonomie sur toute la chaîne de transaction.

Il s’agit donc d’évoluer vers un modèle décentralisé ?

Oui. Les avantages d’un mode distribué dans la blockchain par rapport à un mode centralisé sont considérables. D’abord les transactions pourraient être effectuées en quasi-temps réel (il faudra définir la durée de validation de chaque bloc). La sécurité serait renforcée : chaque bloc de transactions étant validé par consensus par les nœuds du réseau, l’intégrité totale de la blockchain est garantie. Et surtout les coûts seraient considérablement réduits, ils seraient limités à la création et au maintien d’un algorithme de blockchain à destination des utilisateurs. La capacité de calcul de chaque nœud du réseau serait mise à contribution pour maintenir la blockchain et la faire fonctionner.

Il ne s’agit ici que d’un exemple parmi tant d’autres. L’enjeu est de passer de process lourds, complexes et coûteux parce que centralisés à des process en peer-to-peer dans une blockchain.

À quelle échéance ces changements peuvent-ils être envisagés ?

Tous les standards sont encore à définir. Il faut toutefois rappeler que l’information que l’on peut gérer dans une blockchain est totalement illimitée et ne dépend que de notre imagination. On peut envisager des blockchains publiques ou privées, voire semi-privées qui interagiraient avec d’autres blockchains (d’autres produits/services de la banque, d’autres banques, entreprises, institutions ou états). Nous en sommes au début d’une révolution qui utilise la force d’un réseau distribué pour remplacer des réseaux centralisés.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº343