Économie

Taux bas : les conséquences pour les investisseurs institutionnels et les particuliers

Créé le

25.03.2019

-

Mis à jour le

29.03.2019

Quelles sont les conséquences à long terme d’un environnement durable de taux bas sur la prise de risque des investisseurs ? De récents travaux commencent à analyser ces effets. Pour les investisseurs institutionnels, assureurs et fonds de pension, l’environnement de taux bas a eu le double effet de gonfler les passifs et de réduire la rentabilité des investissements à l’actif, mettant leur bilan sous pression. Par exemple, à l’échelle européenne, la situation de sous-financement des fonds de pension est d’environ 20 % (EIOPA, stress-tests 2017). Cette situation a conduit un grand nombre d’institutions à relâcher les garanties offertes. Ainsi, les assureurs ont été conduits à réorienter leur offre des contrats en euro vers des contrats en unité de compte. Dans le cas des fonds de pension à prestation définies, on a assisté à un mouvement important de relaxation des garanties offertes aux participants, avec dans certains pays la possibilité ouverte d’indexer les retraites versées sur la performance des marchés ou sur l’évolution de la longévité. Une autre conséquence de cet environnement prolongé de taux bas est l’augmentation substantielle des allocations des investisseurs institutionnels aux classes d’actifs alternatives, notamment immobilier et private equity, dans un mouvement généralisé de recherche de rendement. Les travaux récents d’Ivashina et Lerner (2018) [1] montrent par exemple qu’entre 2008 et 2017, les fonds de pension des pays développés ont augmenté de 7,2 % à 11,8 % la part de leurs actifs investis sur les alternatifs, soit une hausse de 63 %. On constate le même phénomène dans les pays émergents, dont les fonds de pension étaient initialement peu investis en actifs alternatifs, avec une hausse de 0,97 % à 6,6 %.

Cette même recherche de rendement se retrouve chez les investisseurs particuliers. Les travaux de Daniel et al. (2018) [2] mettent en évidence qu’aux États-Unis, les investisseurs particuliers clients d’un courtier en ligne ajustent leurs portefeuilles actions lorsque les taux baissent, pour inclure une plus forte proportion de titres à fort dividende, que ce soit via l’achat d’actions en directs ou via des fonds communs de placement diversifiés. Dans les 6 mois qui suivent une baisse d’1 point des taux de la Réserve Fédérale, les investisseurs particuliers tendant à augmenter la part de leur portefeuille investie en actions à fort dividende de 0,95 %, et de 5,2 % dans les 3 années qui suivent. Ce comportement est exacerbé chez les particuliers ayant des revenus modestes, et notamment chez les investisseurs retraités. Au final, la baisse des taux a conduit à une prise de risque accrue des particuliers, que ce soit via leurs investissements en direct ou ceux des assureurs ou fonds de pension auxquels ils ont confié leurs fonds.

 

1 Ivashina V. et Lerner J., « Looking for Alternatives : Pension Investments around the World, 2008 to 2017 », Working Paper 2018.
2 Daniel K., Garlappi L., and Xiao K., « Monetary Policy and Reaching for Income », NBER Working Paper n° 25344, 2018.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº831
Notes :
1 Ivashina V. et Lerner J., « Looking for Alternatives : Pension Investments around the World, 2008 to 2017 », Working Paper 2018.
2 Daniel K., Garlappi L., and Xiao K., « Monetary Policy and Reaching for Income », NBER Working Paper n° 25344, 2018.