Le 18 septembre, la Fed a décidé de maintenir inchangé le montant de ses achats de titres, une décision motivée par plusieurs facteurs.
L’évolution de l’emploi : si le taux de chômage aux États-Unis est revenu de 8,1 à 7,3 % depuis l’annonce du quantitative easing (QE3), sa baisse est pour une large part imputable au repli du taux d’activité.
À l’ajustement budgétaire, qui aurait ôté un point à la croissance cette année, s’est ajoutée la perspective d’un blocage du relèvement du plafond de la dette, avec pour conséquence la fermeture de services publics non essentiels.
La hausse des taux longs : le rendement à 10 ans a augmenté d’une centaine de points de base depuis l’évocation du tapering. Cela a débouché sur une baisse du recours aux prêts hypothécaires et sur un recul des deux tiers des demandes de refinancement.
Avant de décider de réduire ses achats de titres, la Fed voudra disposer de données supplémentaires quant à la solidité de la reprise. Elle doit relever un défi de communication. En effet, elle a eu beau insister sur le fait qu’elle ne relèverait pas ses taux d’intérêt tant que le taux de chômage ne serait pas tombé à 6,5 %, en précisant, en outre, qu’il ne s’agissait pas là d’un seuil de déclenchement automatique (sous réserve que l’inflation ne dépasse pas de plus de 0,5 point son objectif de 2 %), les marchés ont pris l’annonce de la perspective du tapering comme l’indication d’un relèvement plus rapide des taux (cela confirme le fait que les mesures non conventionnelles viennent renforcer la forward guidance). La Fed doit donc convaincre de l’existence d’une nette séparation entre sa politique d’achat de titres et son engagement sur le niveau de ses taux.
Le tapering est conditionné par les développements économiques. Ceux-ci seront suivis de près par les marchés, avec de fortes chances que cela alimente la volatilité.
Il reste que le souci de stabilité rend le tapering incontournable. Une politique trop longtemps accommodante comporte des risques, non pas d’inflation, mais d’allocation sous-optimale des ressources (gonflement de bulles, menace de la stabilité financière, excès d’investissement dans certains secteurs de nature à peser sur la croissance potentielle), l’incitation à développer le shadow banking, les effets redistributifs des créanciers vers les emprunteurs et les conséquences sur certains compartiments du marché financier (fonds de pension, assurances qui voient le rendement de leurs actifs réduit par rapport aux taux contractuels de leurs ressources).