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La supervision prudentielle du risque informatique par l’ACPR

Créé le

17.07.2019

L'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution mène des travaux sur la gestion opérationnelle du risque informatique et cyber par les acteurs financiers. Elle a mis en place une stratégie dédiée en matière de supervision prudentielle visant à améliorer le cadre d’évaluation de ce risque et à adapter la réglementation et les bonnes pratiques.

L’expérience de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) n’est pas nouvelle en matière de risque informatique [1] mais les évolutions récentes de ce risque, qui prend une ampleur inédite aux conséquences potentiellement systémiques [2] , conduisent à renforcer les actions du superviseur tout comme celles des établissements ou organismes contrôlés. Pour sa part, la Banque de France en a fait une priorité dans le cadre des travaux du G7 présidé, en 2019, par la France.

Trois défis majeurs à surmonter

Le premier défi est celui de l’amélioration du cadre d’évaluation du risque informatique, ce qui inclut le risque cyber. Ces risques ne sont pas explicitement décrits dans les événements de risque opérationnel tels qu’ils ont été posés par le Comité de Bâle pour le contrôle bancaire. Un travail de définition et de catégorisation a donc été entrepris par les autorités ; l’ACPR a, par exemple, fait une proposition en ce sens en janvier 2019 [3] . Cela doit également conduire les établissements à davantage encadrer ce risque selon le « modèle des trois lignes de défense » désormais de rigueur. Force est pourtant de constater que la fonction de gestion des risques est encore trop peu impliquée dans l’encadrement du risque informatique.

Le deuxième défi tient à l’exigence de garder une approche rationnelle dans la construction de l’environnement réglementaire du risque informatique. Il s’agit d’éviter la profusion de recommandations ou de textes réglementaires sur le risque informatique et la cybersécurité, qui engendre un risque de divergence entre juridictions [4] et qui mobilise inutilement les superviseurs et les institutions mises à contribution. À cet égard, la Banque de France et l’ACPR promeuvent l’idée d’une démarche alignée coordonnant et homogénéisant tous les efforts à un niveau transsectoriel.

Enfin, c'est le troisième défi, il convient d’identifier les cybervulnérabilités du système financier pour éviter qu’elles ne soient exploitées à mauvais escient. Certaines le sont déjà, que l'on songe à :

  • nombre de systèmes obsolètes qui ne peuvent être mis à jour, car ne bénéficiant plus de support de la part des prestataires et fournisseurs ;
  • la difficulté à recruter des experts « cyber », du fait de tensions sur ce segment du marché de l’emploi ;
  • la croissance du recours à l’externalisation et, dans certains services (cloud notamment), une concentration du risque sur un nombre restreint de prestataires.

Une stratégie dédiée en matière de supervision prudentielle

Le risque informatique a été érigé en priorité de contrôle dans les travaux de l’ACPR pour les secteurs de la banque et de l’assurance. Il s’agit de renforcer et affiner l’évaluation du profil de cyber-risque des institutions en développant les outils de reporting pertinents (rapports narratifs ou d’incidents, ou questionnaires notamment) qui s’inscrivent dans l’évolution du contrôle du risque opérationnel. En parallèle, les équipes de contrôle sur place procèdent à des contrôles approfondis des systèmes d’information des institutions et réalisent des tests d’intrusion en s’appuyant notamment sur le Computer Emergency Response Team de la Banque de France. Dans ce contexte, les informations demandées aux établissements et organismes augmentent, notamment dans le secteur de la banque, et les contrôles sur place s’intensifient. Cela s’inscrit dans un effort d’harmonisation européenne des pratiques et, pour le contrôle bancaire des principaux établissements, relève aussi de notre participation au Mécanisme de Supervision Unique (MSU) qui lui accorde également une attention majeure.

Ensuite il s’agit de travailler à l’adaptation de la réglementation et des « bonnes pratiques » d’encadrement du risque informatique au regard de l’ampleur qu’il a prise depuis plusieurs années. Cela revient à définir des exigences plus prescriptives (notamment en matière de contrôle interne et de résilience) que les dispositions générales et partielles du corpus normatif actuel, tout en conservant une approche « fondée sur des principes » laissant le choix aux institutions quant à leur organisation pour les respecter. Pour cela, nous sommes coauteurs des travaux européens et, notamment, des différentes orientations publiées par l’Autorité bancaire européenne (EBA) auxquelles nous nous conformons. En matière de « bonnes pratiques », l’ACPR a publié plusieurs documents à vocation pédagogique visant à exposer son approche du risque informatique pour aider les institutions supervisées – banques comme assureurs – à bâtir la leur (le dernier étant le Document de réflexion précédemment évoqué). Nous continuerons à influer sur les évolutions futures du cadre réglementaire et notamment celles qui répondront à la publication du rapport d’avril 2019 cosigné par les trois autorités européennes de supervision invitant la Commission à inclure dans les directives financières sectorielles des mesures en matière de cybersécurité [5] . L’ACPR participe également activement aux travaux de l’EBA sur les lignes directrices sur les technologies de l'information et de la communication et la gestion du risque de sécurité dont la mise en œuvre devrait intervenir dans le courant 2020 [6] .

Pour terminer, il s’agit de renforcer notre niveau de coopération avec les différentes parties prenantes au sujet du risque informatique, pour influer sur les projets existants et rester en veille sur l’évolution du sujet. Notre participation aux travaux internationaux des normalisateurs (G7, FSB, BCBS ou IAIS notamment) s’inscrit dans cette optique, tout comme les accords de coopération (Memorandum of Understanding – MoU) que nous signons avec certaines autorités étrangères. Au niveau national, nous travaillons avec les autorités partenaires et notamment avec l'autorité nationale de sécurité et de défense des systèmes d'information (ANSSI), qui dispose de l’expertise technique et de la vision transsectorielle des problèmes de cybersécurité. Par ailleurs, nous mobilisons de plus en plus la Place, soit ponctuellement (consultation publique au sujet du Document de Réflexion ACPR de janvier 2019, exercice de simulation de gestion de crise de juin 2019 sous l’égide du G7…), soit plus institutionnellement (Groupe de Place Robustesse [7] ) et multiplions désormais les échanges informels sur les sujets « cyber » pour nourrir les travaux nationaux et internationaux.

Une approche homogène entre les secteurs de la banque et de l’assurance

En tant qu’autorité intégrée, l’ACPR observe que, si le secteur bancaire et le secteur assurance ont pu avancer différemment sur la problématique du risque informatique, l’écart tend progressivement à diminuer et les deux secteurs disposent aussi de savoir-faire complémentaires en matière de gestion du risque.

En particulier, le secteur de l’assurance apporte au secteur financier dans son ensemble, et singulièrement au secteur bancaire, une offre de polices de cyberassurance utiles pour améliorer la résilience du secteur. Elle reste cependant peu utilisée pour l’instant par le secteur. D’après Marsh France, le volume total des primes relevant de ces prestations serait d’environ 80 millions d’euros au niveau national (tous secteurs clients confondus), ce qui est encore très faible.

 

1 V. Livre blanc sur la sécurité des systèmes d’information, 1996.
2 « Vers une analyse des conséquences systémiques du cyber-risque », in Banque de France, Évaluations des Risques du Système Financier, décembre 2017 : https://www.banque-france.fr/sites/default/files/medias/documents/ers_fr_12_17_book.pdf.
3 ACPR, Le risque informatique – Document de réflexion, janvier 2019 : https://acpr.banque-france.fr/sites/default/files/medias/documents/819017_acpr_risque-informatique_fr_web.pdf.
4 Basel Committee on Banking Supervision, « Cyber-resilience: Range of practices », décembre 2018 : https://www.bis.org/bcbs/publ/d454.pdf.
5 Joint Committee of the European Supervisory Authorities, « Joint Advice of the European Supervisory Authorities to the European Commission on the need for legislative improvements relating to ICT risk management requirements in the EU financial sector », 10 avril 2019 : https://eba.europa.eu/documents/.
6 « Guidelines on ICT and security risk management », passées en consultation publique entre décembre 2018 et mars 2019.
7 Réseau piloté par la Banque de France consacré aux problématiques de résilience du système financier, non spécifique aux sujets « cyber »

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº835
Notes :
1 V. Livre blanc sur la sécurité des systèmes d’information, 1996.
2 « Vers une analyse des conséquences systémiques du cyber-risque », in Banque de France, Évaluations des Risques du Système Financier, décembre 2017 : https://www.banque-france.fr/sites/default/files/medias/documents/ers_fr_12_17_book.pdf.
3 ACPR, Le risque informatique – Document de réflexion, janvier 2019 : https://acpr.banque-france.fr/sites/default/files/medias/documents/819017_acpr_risque-informatique_fr_web.pdf.
4 Basel Committee on Banking Supervision, « Cyber-resilience: Range of practices », décembre 2018 : https://www.bis.org/bcbs/publ/d454.pdf.
5 Joint Committee of the European Supervisory Authorities, « Joint Advice of the European Supervisory Authorities to the European Commission on the need for legislative improvements relating to ICT risk management requirements in the EU financial sector », 10 avril 2019 : https://eba.europa.eu/documents/.
6 « Guidelines on ICT and security risk management », passées en consultation publique entre décembre 2018 et mars 2019.
7 Réseau piloté par la Banque de France consacré aux problématiques de résilience du système financier, non spécifique aux sujets « cyber »