Covid oblige, l’édition 2020 des stress-tests européens a finalement été reculée d’un an. C’est donc à partir de janvier 2021 que l’Autorité bancaire européenne (ABE) et la Banque centrale européenne (BCE) ont mené cet exercice biannuel, l’ABE se focalisant sur un panel de 50 banques de l’Union européenne, couvrant 70 % des actions du système bancaire européen, tandis que la BCE s’intéressait à 89 banques de la seule zone euro, incluant 38 établissements de grande taille sous sa supervision, mais également 51 banques ou sociétés de financement de taille moins importante. Parmi ces dernières, les françaises Bpifrance, CRH, RCI Banque et SFIL.
Pour cause de crise sanitaire, le scénario dégradé a été sensiblement durci. En 2018, il reposait sur une baisse du produit intérieur brut de 2,7 % sur trois ans, une inflation de 1,7 % par an et, entre autres, un recul des marchés immobilier d’environ 20 %. Dans le scénario stressé de 2021, la baisse du PIB atteignait 3,6 %, l’évolution du marché immobilier se situant à -16,1 % pour le résidentiel et -31,2 % pour le commercial.
Première satisfaction de l’ABE, le niveau du CET 1 (Common Equity Tier 1) d’origine (15 % en « fully loaded ») est « le plus élevé depuis que nous menons des tests de résistance », indique l’autorité, installée à Paris depuis 2019. Et ce en dépit d’un point de départ au 31 décembre 2020, après le début de la pandémie de Covid-19. Mais la chute du ratio dans l’environnement stressé reste importante, à 485 points de base. Malgré tout, après ce scénario noir, les banques garderaient quand même un CET 1 de 10,2 fin 2023. Sur un périmètre différent, mais avec les mêmes scénarios, la BCE tombe sur des résultats proches, avec un recul de 520 points de base et un point d’atterrissage à 9,9 % pour le CET 1.
L’ABE ayant publié les résultats individuels, à la différence de la BCE, les résultats des banques françaises apparaissent dans la norme. Avec toutefois des différences de taille (voir tableau). La Banque Postale serait la plus touchée, avec un recul de plus de 9 points de son ratio. Fort du meilleur ratio d’origine, à plus de 20 %, elle afficherait encore plus de 10 % de Core Tier post stress et demeurerait l’un des établissements les plus capitalisés, derrière la Confédération nationale du Crédit Mutuel (13,37 %).
Les groupes bancaires cotés sur Euronext Paris sont, eux, dans une situation différente. Le recul de leur Core Tier 1 tourne autour de la moyenne, avec un score un peu meilleur pour BNP Paribas (-4,4 points) que pour le Crédit Agricole (-6,33 points). La photo finish est toutefois bien différente : le Crédit Agricole continuerait d’afficher un ratio de 10,61 %, tandis que BNP Paribas se limiterait à 8,21 % et la Société générale à 7,54 %. En France, HSBC Continental Europe affiche un score moindre (5,91 %).
Côté européen, la Deutsche Bank sort avec un ratio post stress à 7,43 % (-6,2 points). Le résultat le plus extrême revient à la banque italienne historique Banca Monte dei Paschi di Siena (BMPS). Partie d’un ratio de 9,86 %, elle sombrerait en territoire négatif. Presque simultanément à cette annonce, Unicredit annonçait être entré en discussions avec le gouvernement italien pour le rachat de ses 64 % de la BMPS.