Que propose Stratumn, et quelle est l’origine de la société ?
Nicolas Julia (N.J.) : Stratumn est une société qui a été créée en décembre 2015 par un Américain venu s’installer en France, Richard Caetano, qui a vingt ans d’expérience dans le logiciel d’entreprise, et ses trois cofondateurs. Sa vision initiale est de prendre les grandes caractéristiques de la blockchain, la tracabilité, l’auditabilité et la transparence, que le bitcoin a bien démontré, et de les utiliser dans les entreprises et pour les relations complexes entre entreprises. Stratumn se positionne sur la traçabilité des processus complexes entre organisations en utilisant la blockchain.
Une première levée de fonds en février 2016 a permis d’étudier des projets dans différents secteurs pour valider l’adéquation du produit avec des cas d’usages dans différentes activités. Fin 2016, nous avons identifié l’assurance comme un domaine à fort potentiel. En 2017, nous avons lancé une nouvelle levée de fonds menée par CNP Assureurs avec BNP Paribas Cardif, Otium, Nasdaq et Digital Currency Group, le plus grand fonds d’investissement dans les start-up blockchain, et nous avons finalisé un Proof of Concept. Nous sommes désormais dans une période où nous basculons notre produit en production.
Comment utilisez-vous la blockchain ?
N. J. : Il y a deux grandes typologies de cas d’usage en blockchain : faciliter le transfert d’actifs de pair à pair et sécuriser des processus interentreprises afin de créer des écosystèmes. Nous sommes sur cette deuxième catégorie d’usage.
La blockchain sert à sécuriser les échanges et à garantir l’intégrité des données. Notre produit est un assemblage de technologies incluant une blockchain, avec une interface utilisateur, qui permet de paramétrer un process entre organisations. Il y a une
À quelles utilisations le destinez-vous et à quelles phases en êtes-vous ?
N. J. : Nous avons testé des cas d’usages avec des grandes entreprises comme CNP Assurances, Nasdaq… Nous avons travaillé avec Bureau Veritas sur la traçabilité du thon. Nous travaillons avec un client dans le domaine de la chimie pour assurer la traçabilité de matières premières.
En assurance, nous avons travaillé avec Allianz sur un cas d’usage de traçabilité documentaire à l’intérieur du groupe. Nous ne sommes pas encore en production dans nos projets en assurance. Des projets sont en cours de développement avec nos actionnaires CNP Assurance et BNP Paribas Cardif, pour leur permettre de mieux connecter et fluidifier les échanges avec leurs distributeurs.
Pourquoi votre technologie est-elle particulièrement adaptée au secteur de l’assurance ?
Séraphie de Tracy (S.T.) : Pour nous, l’assurance est un secteur clé. C’est une industrie très régulée, qui implique de nombreux acteurs et des échanges fréquents de données sensibles. Il y a un vrai besoin d’améliorer les échanges d’informations entre les acteurs, par exemple pour la lutte contre la fraude.
Par ailleurs, les assureurs sont de plus en plus intégrés dans un écosystème de partenaires et distributeurs. En assurance dommage, les produits sont de plus en plus distribués par des intermédiaires : constructeurs automobiles, acteurs de l’économie collaborative, plates-formes digitales… Or il y a aujourd’hui des contraintes technologiques qui empêchent d’extraire toute la valeur de ces relations partenariales. L’intégration point à point, par exemple, a beaucoup de rigidité.
Nous sommes convaincus que notre technologie basée sur la blockchain peut créer les conditions de nouvelles relations entre les acteurs du secteur.
À quoi peut servir concrètement votre technologie pour l’assurance ?
S.T. : Nous voyons trois sortes de grands cas d’usage dans l’assurance.
Tout d’abord, tout ce qui concerne l’amélioration de l’expérience utilisateur, en permettant une vision temps réel partagée de tous les processus entre assureurs, distributeurs et clients finaux.
Une autre typologie est la réduction des inefficiences dans la chaîne de valeur de l’assurance, comme les nombreuses réconciliations, les audits a posteriori…, qui pèsent sur les dépenses et sur la gestion du capital.
Enfin, tout ce qui tourne autour de la distribution agile de nouveaux types de produits d’assurance. La blockchain va permettre de modifier le modèle économique de certaines relations / produits en abaissant le plafond de rentabilité et en réinventant la manière dont les assureurs se connectent à leur réseau de distributeurs.
En quoi consiste le Proof of Concept réalisé avec la FFA ?
N.J. : Stratumn a accompagné, en partenariat avec Deloitte, un groupe de 14 assureurs au sein du groupe de travail blockchain de la Commission numérique de la Fédération française de l’assurance (FFA) dans l’expérimentation d’une blockchain inter-assureurs autour de l’échange de données sécurisées. La résiliation d’assurance auto et habitation dans le contexte de la loi Hamon a servi de socle à cette expérimentation. L’objectif des 14 assureurs et de la FFA était d’essayer de réduire les coûts sur un process très coûteux faisant intervenir des tiers de confiance et de faciliter cette résiliation pour l’assuré. Aujourd’hui, le processus comporte des délais et des zones d’ombre limitant la visibilité pour l’assuré. Ce Proof of Concept a été achevé en 4 mois. Le projet, désormais en phase de pilote, est en cours de cadrage pour devenir un éventuel projet industriel.
Votre premier projet concernait de l’assurance à la demande…
N.J. : Lenderbot est le premier prototype que nous avons créé avec Deloitte et Lemonway, en 2016. C’est un projet prospectif d’assurance à la demande pour l’économie collaborative, via un bot. Il offre la possibilité à quelqu’un qui veut assurer un objet de se connecter sur Facebook Messenger et d’être mis en relation avec un assureur. Ce projet qui utilise la blockchain est prêt technologiquement, mais son modèle économique est en phase de réflexion.