Redressement VS résolution

Stop ou encore?

Créé le

14.01.2015

-

Mis à jour le

29.01.2015

Pour le gérant d'actifs BlackRock, maintenir à tout prix la survie d'une chambre de compensation qui ferait défaut n'est pas forcément la meilleure solution. Une résolution bien ordonnée serait préférable.

L'une des principales réformes ayant découlé de la crise financière mondiale est l'obligation de compensation par une contrepartie centrale pour les dérivés de gré à gré. Les chambres de compensation ont été créées pour réduire le risque systémique en exigeant le passage par une chambre de compensation centralisée pour les swaps et en rendant obligatoire l'utilisation de marges [1] tout en renforçant la transparence et la protection des investisseurs. L'idée, défendue par le G20 depuis le sommet de Pittsburgh de septembre 2009, est bonne en théorie : elle permet à la fois de promouvoir la transparence pour les autorités de contrôle et les acteurs du marché et d'éliminer un grand nombre des risques de contrepartie inhérents aux transactions bilatérales de gré à gré. Toutefois, ce processus a concentré le risque sur les chambres de compensation en transférant les risques bilatéraux vers une poignée de contreparties centrales de compensation, un problème qui doit être pris en compte [2] . À mesure que les autorités prennent conscience du risque de concentration lié à la compensation centralisée, plusieurs questions se posent. Les chambres de compensation représentent-elles un nouveau risque systémique ? Les chambres de compensation sont-elles « trop grandes pour faire faillite » ? Peut-on laisser une chambre de compensation faire faillite ? Quelles mesures de protection doit-on mettre en place pour protéger le système et les investisseurs d'une faillite potentielle ? Enfin, si une chambre de compensation connaît des difficultés, quelles ressources doit-on utiliser pour absorber les pertes afin de résoudre la situation ? selon quel ordre de priorité [3] ?

Certains acteurs du marché défendent l'idée du « redressement » des chambres de compensation en faillite, alors que d'autres réclament une approche plus claire de la « résolution ». BlackRock est favorable à la compensation centralisée et estime qu'il est essentiel de mettre en œuvre des mesures permettant d'atténuer le risque de faillite des chambres de compensation. La stabilité financière est mieux préservée lorsque le système exige de toute entité, y compris les chambres de compensation, qu'elle dispose d'un plan de redressement et de résolution pour empêcher que sa faillite ne déstabilise le marché. Afin de se prémunir contre le risque systémique, nous pensons que les autorités devraient se pencher sur la nécessité de renforcer les défenses des chambres de compensation contre l'éventuel défaut d'un ou de plusieurs de ses membres compensateurs (« MC »). Il faut pour cela exiger de chaque chambre de compensation qu'elle dispose à tout moment de fonds propres suffisants et qu'elle applique une approche rigoureuse de la gestion des risques pour chacune de ses contreparties. En cas de difficultés financières, le «  default waterfall [4] » ou cascade des priorités devrait préciser les ressources dont dispose la chambre de compensation pour assurer le redressement et la résolution ainsi que l'ordre dans lequel elles doivent être utilisées, en commençant par les marges et la contribution au fonds de garantie de la contrepartie en défaut, suivies par les fonds propres de la chambre de compensation et son fonds de garantie, avant de recourir aux fonds des membres compensateurs non défaillants.

Dédramatiser la résolution

Tous les acteurs du marché, y compris les chambres de compensation, devraient pouvoir faire faillite tout en s'assurant que des mesures de protection sont en place pour éviter le risque systémique et pour protéger les investisseurs finaux. Un plan de résolution prévoyant la liquidation rapide et complète des positions défaillantes de la chambre de compensation ainsi que le remboursement rapide et méthodique des marges est selon nous préférable à un plan de redressement qui utilise les marges des clients pour prolonger la durée de vie d'une chambre de compensation en difficulté ou en faillite. Une liquidation rapide et une restitution des marges permettraient de minimiser les pertes pour l'utilisateur final et donneraient aux MC et à leurs clients la possibilité d'établir des positions de remplacement de façon efficace. À cette fin, nous recommandons qu'aucun produit ne soit soumis à l'obligation de compensation s'il n'existe pas au moins deux chambres de compensation offrant un service de compensation pour ce produit.

Par définition, la faillite d'une chambre de compensation reflète l'échec de son processus de gestion des risques et affecte la confiance des consommateurs dans les capacités futures de celle-ci. À ce titre, BlackRock est persuadé que les clients préféreraient une liquidation rapide des positions afin de clôturer au plus vite l'activité de compensation et de restituer les marges fournies par les MC et les clients non défaillants tout en garantissant des pertes de marché minimes. Le plan de résolution pourrait être suivi par une recapitalisation [5] rapide de la chambre de compensation, si les autorités estiment que la continuité du service est souhaitable.

Chambres de compensation et risque systémique

Les autorités prudentielles ont pris de nombreuses mesures pour éliminer le risque systémique dans le secteur bancaire. Citons notamment l'augmentation du niveau de fonds propres pour renforcer la résistance de ces établissements ainsi que l'obligation d'effectuer des tests de résistance en utilisant des scénarios extrêmes mais plausibles. Il est important de rappeler qu'on sait aujourd'hui que les banques peuvent faire – et font vraiment – faillite ; l'objectif global de ces nouvelles normes est de garantir que l'effet de contagion de la faillite sur le système financier soit le plus faible possible.

Pourtant, la priorité des autorités de contrôle qui cherchent à définir un mandat de compensation centralisée à travers le monde semble être de s'assurer qu'une chambre de compensation peut être « redressée », la continuité du service étant essentielle à leurs yeux. Pour éviter une nouvelle crise financière, nous ne pensons pas, pour notre part, qu'il soit essentiel de préserver la continuité du service procuré par une chambre de compensation quelle qu'elle soit. Nous pensons même que cette approche ne ferait qu'encourager les participants à clôturer leurs positions plus rapidement si une chambre de compensation menace de faire faillite. Selon nous, il convient de remédier à l'asymétrie de l'approche réglementaire entre les chambres de compensation et les grands établissements financiers. Si les grandes banques doivent augmenter leurs fonds propres, subir des tests de résistance rigoureux sous la surveillance d'autorités de contrôle et pouvoir être liquidées sans impact systémique, pourquoi ne pas appliquer le même cadre réglementaire aux chambres de compensation, qui concentrent aujourd'hui une grande partie des risques ?

Afin de garantir la résolution d'une chambre de compensation en difficulté ou en faillite sans impact significatif sur le système financier, les chambres de compensation doivent renforcer leurs défenses pour pouvoir disposer de ressources suffisantes afin de faire face à des événements comme le défaut d'un ou de plusieurs MC. Il faut donc renforcer le default waterfall et définir les contributions relatives des parties prenantes de la chambre de compensation (chambre de compensation elle-même et ses MC) ainsi que l'ordre dans lequel ces ressources seront utilisées. La procédure de default waterfall ou cascade des priorités (c'est-à-dire l'ordre d'utilisation des ressources de la chambre de compensation en cas de défaut) doit être renforcée en augmentant la contribution de la chambre de compensation au fonds de garantie sur la base de ses risques et en exigeant le préfinancement du fonds de garantie par les membres compensateurs.

Nous recommandons par ailleurs qu'un cadre standard définissant les tests de résistance à appliquer à l'ensemble des chambres de compensation soit mis en place par les autorités de contrôle et que les résultats de ces tests soient utilisés pour calculer le montant total des ressources d'absorption des pertes nécessaires pour chaque chambre de compensation. Les autorités prudentielles devraient définir des normes harmonisées sur le risque de fonds propre des chambres de compensation. Il devrait être obligatoire pour ces dernières d'avoir un plan de résolution. Ces plans devraient aussi inclure des procédures de liquidation ex ante, afin de minimiser les pertes et de donner aux participants une assurance raisonnable quant à leur exposition aux risques. Les plans de résolution devraient également être revus et actualisés régulièrement, pour s'assurer qu'ils tiennent compte des éventuelles modifications des régimes d'insolvabilité applicables et des pratiques de marché en vigueur afin de minimiser le risque opérationnel lié à la mise en œuvre de la résolution.

Enfin, BlackRock estime qu'un renforcement de la transparence des chambres de compensation, notamment en ce qui concerne la définition des marges par leurs comités de gestion des risques, les résultats des tests de résistance et l'ensemble des ressources disponibles pour absorber les pertes en cas de défaut, donnerait aux participants du marché des informations suffisantes pour pouvoir réaliser une analyse indépendante du risque de compensation associé à une chambre de compensation donnée.

Les pratiques de gestion des risques devraient être harmonisées pour toutes les chambres de compensation afin de renforcer leur discipline de marché.

1 Le mécanisme de marge initiale (MI) et d’appels de marge (AM) est utilisé par les chambres de compensation pour gérer le risque de défaut des participants. Les appels de marge sont utilisés pour recevoir et payer/régler des gains ou pertes latents à intervalles réguliers (au moins une fois par jour). La MI est versée afin d’avoir une source de paiement pour les gains et pertes non réglés en cas de défaut d’un participant. La MI et les AM d’un participant défaillant sont donc les premières ressources utilisées en cas de défaut et il est de ce fait essentiel de constituer des marges adéquates et efficaces pour minimiser les pertes des autres intervenants 2 Le Financial Stability Oversight Council (FSOC) américain a désigné six agences de compensation comme étant d’importance systémique en 2012. De ce fait, ces chambres de compensation ont été placées sous la supervision de la SEC ou de la CFTC (selon le cas), conformément au chapitre VIII de la Loi Dodd-Frank. 3 Rapport consultatif CPSS/IOSCO, « Recovery of financial market infrastructures », 12 août 2013 ; document consultatif du Financial Stability Board, « Application of the Key Attributes of Effective Resolution Regimes to Non-Bank Financial Institutions », 12 août 2013. Voir également la règle finale de la CFTC, « Enhanced Risk Management Standards for Systemically Important Clearing Organizations », 15 août 2013 ; la règle proposée par la SEC, « Standards for Covered Clearing Agencies », 12 mars 2014. 4 Ensemble des ressources dont dispose la chambre de compensation pour absorber les pertes. 5 Pour être efficace, une recapitalisation doit être effectuée le « jour ouvré suivant », ce qui exige un préfinancement du capital nécessaire pour relancer les opérations de la chambre de compensation et renflouer le fonds de garantie.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº781
Notes :
1 Le mécanisme de marge initiale (MI) et d’appels de marge (AM) est utilisé par les chambres de compensation pour gérer le risque de défaut des participants. Les appels de marge sont utilisés pour recevoir et payer/régler des gains ou pertes latents à intervalles réguliers (au moins une fois par jour). La MI est versée afin d’avoir une source de paiement pour les gains et pertes non réglés en cas de défaut d’un participant. La MI et les AM d’un participant défaillant sont donc les premières ressources utilisées en cas de défaut et il est de ce fait essentiel de constituer des marges adéquates et efficaces pour minimiser les pertes des autres intervenants
2 Le Financial Stability Oversight Council (FSOC) américain a désigné six agences de compensation comme étant d’importance systémique en 2012. De ce fait, ces chambres de compensation ont été placées sous la supervision de la SEC ou de la CFTC (selon le cas), conformément au chapitre VIII de la Loi Dodd-Frank.
3 Rapport consultatif CPSS/IOSCO, « Recovery of financial market infrastructures », 12 août 2013 ; document consultatif du Financial Stability Board, « Application of the Key Attributes of Effective Resolution Regimes to Non-Bank Financial Institutions », 12 août 2013. Voir également la règle finale de la CFTC, « Enhanced Risk Management Standards for Systemically Important Clearing Organizations », 15 août 2013 ; la règle proposée par la SEC, « Standards for Covered Clearing Agencies », 12 mars 2014.
4 Ensemble des ressources dont dispose la chambre de compensation pour absorber les pertes.
5 Pour être efficace, une recapitalisation doit être effectuée le « jour ouvré suivant », ce qui exige un préfinancement du capital nécessaire pour relancer les opérations de la chambre de compensation et renflouer le fonds de garantie.