C'est à Pékin, à la suite d’une longue réunion avec les officiels chinois que le 25 mai 2015, David Lipton, n° 2 du secrétariat du FMI, a déclaré : « Après avoir longtemps perturbé l’économie mondiale par sa sous-évaluation, le yuan n’est plus du tout sous-évalué. »
Cela s’opposait à ce que le FMI disait depuis 15 ans. En mai 2014, le FMI et Pékin avaient réactualisé la parité de pouvoir d’achat : 3,51 yuans pour 1 dollar (0,285 dollar pour 1 yuan). Pour autant, Pékin maintenait le dollar à 6,20 yuans (0,161 dollar pour 1 yuan). Le yuan vaut donc 56 % (0,161/0,285) de ce qu’il devrait. Très officiellement, la sous-évaluation du yuan contre dollar se chiffre à 44 %.
Pour tenter de justifier le virage à 180° du FMI, M. Lipton a évoqué « l’évolution au cours des derniers mois ». Or aucun des deux paramètres n’a bougé : le dollar est demeuré à 6,20 yuans ; le glissement annuel des prix à la consommation est +1,5 % en Chine contre -0,2 % aux États-Unis. Rien pour effacer la sous-évaluation initiale de 44 %.
Quel est alors le bon décryptage ? De longue date, Pékin s’assigne d’enterrer tout débat sur sa politique de change : muni de nouveaux leviers diplomatiques, il vient imposer cette loi au FMI après l’avoir déjà imposée au G20 dès 2009.
Cela est très préjudiciable. Si depuis 2007, à l’exception notable de la Chine, la plupart des pays sont entrés dans une stagnation séculaire, c’est à nos yeux parce que, depuis plus de vingt ans, Pékin, en maintenant sa stratégie anticoopérative de surcompétitivité, les a déstabilisés par trois moyens :
- Leur lourd déficit en produits manufacturés à l’égard de la Chine mine leur PIB.
- Leur demande intérieure reste anémique : une relance salariale demeure impraticable (la Chine accentuerait encore sa surcompétitivité) quand la relance par l’endettement ne leur est plus accessible : de 2001 à 2011, pour préserver leur croissance en dépit de leur déficit béant avec la Chine, ils ont déjà tellement recouru à l’endettement (public et privé) que leur souveraineté en est menacée.
- À leur détriment, l’investissement industriel mondial se concentre en Chine, là où la main-d’œuvre ouvrière est la moins chère.