Solvabilité 2 constitue un véritable bouleversement dans le monde de l’assurance, mais quelles sont les conséquences pour leurs partenaires que sont les banques d’affaires, gestionnaires d’actifs, réassureurs et autres consultants ? Bien sûr, leurs solutions doivent être repensées pour être « Solvency II compliant », mais surtout, le challenge réside dans leur capacité à comprendre la révolution culturelle à l'œuvre dans les sociétés d’assurance.
Depuis une décennie, les principaux leaders de l’assurance européenne (le top 30) travaillent d’arrache-pied sur leur modèle de capital économique à travers la sophistication de la gestion des risques (Entreprise Risk Management). Les calculs exigés par Solvabilité 2 permettent finalement d’accélérer cette tendance à la sophistication du risk management et à en démocratiser l’accès à tous les acteurs, même ceux de plus petite taille. Ce mouvement est facilité par l’exigence de l’
Sous Solvabilité 1, l’approche forfaitaire, administrative et comptable des risques n’est pas incitative au développement d’une gestion des risques efficaces. Comme nous l’avons montré dans
Toute société d’assurance doit désormais créer de la valeur, mais sous la contrainte Solvabilité 2. Cela signifie qu’elle doit :
- intégrer l’environnement exogène (catastrophe naturelle, crise financière…) ;
- tenir compte de ses propres expositions aux risques assuranciels et financiers (repris et synthétisés dans le pilier 1) ;
- définir son appétit pour le risque et s’assurer que l’intégralité des processus d’exploitation, de contrôle et de gouvernance est suffisamment efficace et effective pour identifier et évaluer l’ensemble des risques, y compris ceux non pris en compte dans le pilier 1.
Révolution culturelle
Dès lors, l’analyse du risque et de la création de valeur décrite précédemment dans l’univers Solvabilité 1 devient totalement incongrue. Comme l’ont déjà fait quelques leaders de l’assurance européenne, au-delà du calcul strict, cela signifie que la culture de l’entreprise doit évoluer d'une approche rentabilité sur capitaux propres comptables ou exigés par Solvabilité 1 (Return On Equity – ROE) vers une culture axée sur le risque. Dès lors, le critère clé est la rentabilité sur les capitaux économiques nécessaires pour couvrir confortablement l’ensemble des risques auxquelles la société doit faire face, le fameux RORAC (Return on Risk Adjusted Capital). Pour optimiser cette mesure de rentabilité par rapport au coût du capital de la société, les actions stratégiques doivent être menées sur la partie résultat (RO) et sur la partie risque (RAC). L’objectif n’est pas de faire disparaître le risque qui doit rester le cœur de métier de l’assureur mais d’en optimiser sa gestion, afin de ne pas gaspiller du capital, ressource précieuse, parfois rare et chère.
Les conséquences affectent l’intégralité des métiers de l’assurance : structure du capital et donc du financement, allocation et gestion des actifs, gestion actif-passif, élaboration des produits d’assurance (intégration explicite des options et garanties), politique de provisionnement (repensée à travers le