La logique de la directive

Solvabilité 2 : l’approche par les risques

Créé le

18.01.2012

-

Mis à jour le

16.11.2017

Quel est le cœur du réacteur de Solvabilité 2 ? La place que la directive accorde à la gestion des risques implique un bouleversement important dans la vision qu’ont les assureurs de leur activité. De nombreux consultants et autres pourvoyeurs de solutions se proposent d’accompagner ce changement.

Solvabilité 2 constitue un véritable bouleversement dans le monde de l’assurance, mais quelles sont les conséquences pour leurs partenaires que sont les banques d’affaires, gestionnaires d’actifs, réassureurs et autres consultants ? Bien sûr, leurs solutions doivent être repensées pour être « Solvency II compliant », mais surtout, le challenge réside dans leur capacité à comprendre la révolution culturelle à l'œuvre dans les sociétés d’assurance.

Depuis une décennie, les principaux leaders de l’assurance européenne (le top 30) travaillent d’arrache-pied sur leur modèle de capital économique à travers la sophistication de la gestion des risques (Entreprise Risk Management). Les calculs exigés par Solvabilité 2 permettent finalement d’accélérer cette tendance à la sophistication du risk management et à en démocratiser l’accès à tous les acteurs, même ceux de plus petite taille. Ce mouvement est facilité par l’exigence de l’ ORSA [1] qui, au-delà des strictes contraintes réglementaires, conduit les assureurs à définir leur appétit pour le risque et à réfléchir sur leur aptitude à créer de la valeur, à travers la refonte des processus de contrôle et de gouvernance.

Sous Solvabilité 1, l’approche forfaitaire, administrative et comptable des risques n’est pas incitative au développement d’une gestion des risques efficaces. Comme nous l’avons montré dans nos travaux [2] , pour de nombreux acteurs européens, l’appréciation globale de l’exposition aux risques se cantonne aujourd’hui encore à une analyse de la répartition du chiffre d’affaires par activité. Quant à la mesure de la création de valeur, elle repose, comme souvent dans le monde non financier, sur l’appréciation de la marge, voire au mieux sur la rentabilité des capitaux propres comptables ou au pire sur celle des capitaux propres exigés par Solvabilité 1.

Toute société d’assurance doit désormais créer de la valeur, mais sous la contrainte Solvabilité 2. Cela signifie qu’elle doit :

  • intégrer l’environnement exogène (catastrophe naturelle, crise financière…) ;
  • tenir compte de ses propres expositions aux risques assuranciels et financiers (repris et synthétisés dans le pilier 1) ;
  • définir son appétit pour le risque et s’assurer que l’intégralité des processus d’exploitation, de contrôle et de gouvernance est suffisamment efficace et effective pour identifier et évaluer l’ensemble des risques, y compris ceux non pris en compte dans le pilier 1.

Révolution culturelle

Dès lors, l’analyse du risque et de la création de valeur décrite précédemment dans l’univers Solvabilité 1 devient totalement incongrue. Comme l’ont déjà fait quelques leaders de l’assurance européenne, au-delà du calcul strict, cela signifie que la culture de l’entreprise doit évoluer d'une approche rentabilité sur capitaux propres comptables ou exigés par Solvabilité 1 (Return On Equity – ROE) vers une culture axée sur le risque. Dès lors, le critère clé est la rentabilité sur les capitaux économiques nécessaires pour couvrir confortablement l’ensemble des risques auxquelles la société doit faire face, le fameux RORAC (Return on Risk Adjusted Capital). Pour optimiser cette mesure de rentabilité par rapport au coût du capital de la société, les actions stratégiques doivent être menées sur la partie résultat (RO) et sur la partie risque (RAC). L’objectif n’est pas de faire disparaître le risque qui doit rester le cœur de métier de l’assureur mais d’en optimiser sa gestion, afin de ne pas gaspiller du capital, ressource précieuse, parfois rare et chère.

Les conséquences affectent l’intégralité des métiers de l’assurance : structure du capital et donc du financement, allocation et gestion des actifs, gestion actif-passif, élaboration des produits d’assurance (intégration explicite des options et garanties), politique de provisionnement (repensée à travers le Best Estimate [3] et la marge pour risque), système d’information, contrôle de gestion et contrôle interne, gouvernance, mécanismes d’atténuation des risques (réassurance, couverture, titrisation…), mais aussi politique commerciale et marketing, définition du périmètre d’activité au regard des risques (le critère de la taille critique devrait se traduire par une consolidation du secteur), etc. Ces domaines (dont l’énumération n’est pas exhaustive) doivent évoluer et constituent à ce titre autant d’opportunités pour les acteurs qui accompagnent les assureurs (banque d’affaires, asset managers, réassureurs et consultants). Il est donc aisé de comprendre pourquoi certains parlent d’un nouvel eldorado pour les pourvoyeurs de solutions. Gageons que le virage culturel de la gestion du risque sera appréhendé par les assureurs et le monde qui l’entoure avec sérénité, sans préparer la bulle ou le risque systémique de demain.

1 Système d'évaluation interne du risque et de la solvabilité (ORSA – Own Risk and Solvency Assessment) imposé par Solvabilité 2. 2 P. Foulquier, « Solvabilité 2 : une opportunité de pilotage de la performance des sociétés d’assurance », EDHEC publications, 2009. 3 La notion de « meilleure estimation » est utilisée pour la construction d’hypothèses de provisionnement. C'est la moyenne pondérée des flux futurs, actualisés selon leur probabilité d'occurrence.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº745
Notes :
1 Système d'évaluation interne du risque et de la solvabilité (ORSA – Own Risk and Solvency Assessment) imposé par Solvabilité 2.
2 P. Foulquier, « Solvabilité 2 : une opportunité de pilotage de la performance des sociétés d’assurance », EDHEC publications, 2009.
3 La notion de « meilleure estimation » est utilisée pour la construction d’hypothèses de provisionnement. C'est la moyenne pondérée des flux futurs, actualisés selon leur probabilité d'occurrence.