Pourriez-vous donner une vision d'ensemble sur vos activités en Chine continentale ?
En Chine nous offrons a nos clients locaux et étrangers les avantages combines de notre positionnement de banque universelle. Nous sommes donc positionnés sur plusieurs métiers :
Nous avons une banque dans laquelle nous faisons d’une part de la gestion de fortune pour des clients qui disposent d'environ 100 000$ d'actifs, et d’autre part de la banque de gros, pour des grandes entreprises ou des clients institutionnels chinois et pour nos grands clients dans le monde.
Notre deuxième grand pôle d'activité est constitué de deux joint ventures : de l'asset management avec Fortune Lyxor, et du financement de flotte automobile avec Fortune ALD.
Nous possédons également une activité de financement d'équipement, principalement pour des PME et des entrepreneurs, appelée
De combien d'employés et implantations disposez-vous ?
Nous employons 900 personnes au total en Chine. La Banque dispose de branches dans 7 villes : Pékin, Shanghai, Tianjin, Hangzhou, Guangzhou, Wuhan. Harbin, notre dernière branche en date, qui a ouvert au mois de juin 2013, est située près de la frontière russe afin de faire bénéficier nos clients de notre forte présence russe avec notre banque Rosbank.
Dans nos autres activités notre réseau est plus dense. Par exemple dans notre métier de financement de flotte automobile il est nécessaire de disposer d'une licence par ville. Il faut donc ouvrir de multiples bureaux ; en outre il faut acheter les plaques d'immatriculation. Certaines villes n'en vendent plus à l'heure actuelle. A moins de racheter un acteur existant vous ne pouvez y exercer ce métier. C'est la raison pour laquelle nous avons établi 35 bureaux pour notre activité ALD.
Toutes vos lignes métiers sont-elles localisées en Chine ?
Certaines lignes de métier le sont, comme le cash management, le trade finance, l’export finance, les marchés de capitaux, le forex ou encore le trading de matières premières, sur lequel nous sommes un des leaders en Chine. Nous sommes moins actifs sur le trading obligataire, qui est un marché encore en devenir en Chine.
Pour d'autres métiers, si nous n'avons pas la taille critique requise, l'activité est basée à Hong Kong, avec l'objectif de les installer progressivement en Chine. Il s'agit du financement d'acquisitions, des M&A, du trading actions,…. Ainsi nous avons récemment été global bookrunner sur la première émission obligataire de SINOPEC avec une patte en euro. Ils ont émis 3,5 milliards de dollars de dette, dont 500 millions en euros.
Quelle est votre stratégie de développement en Chine ?
Notre stratégie tient en deux axes :
-développer l'activité Wholesale en faisant le lien entre nos grands clients chinois et les points forts du Groupe tant en terme de produits que de géographies. Depuis mon arrivée, en juillet 2012, nous nous sommes attachés à revoir notre organisation clients « le coverage » et en nous assurant que nos clients cibles étaient bien ceux qui pouvaient profiter de nos expertises, et en renforçant à cette relation pour la rendre plus systématique et plus développée. Notre objectif est d’être la banque partenaire d’au moins la moitie des plus grandes entreprises chinoises (CA supérieur a 100Md RMB). Il y a en Chine environ 500 entreprises avec une taille comparable avec celle des entreprises du CAC 40, certaines étant des leaders mondiaux dans leur domaine. Nous travaillons avec elles aussi bien en Chine qu’à l’international, même si la partie la plus significative de nos activités avec elles se situe à l'international. En effet, pour décrocher des mandats intéressants, il faut savoir les aider localement.
-accompagner nos clients européens, russes ou africains en Chine; les grandes entreprises internationales ont toute aujourd’hui une stratégie chinoise. Nous les aidons dans les phases initiales, de financement de leur projet, mais aussi par la suite en les assistons dans la gestion de leur cash management (avec un dispositif très sécurisé), de leurs opérations de trade finance ou pour la couverture de leur risque de change.
Notre objectif n'est pas d'être en compétition avec les banques chinoises, qui sont très importantes et extrêmement bien implantées localement. Nous cherchons à apporter nos différences et notre expertise sur les marchés de capitaux et les financements structurés à l'international.
Nous servons de pont avec nos implantations géographiques : outre l'Europe occidentale, nous sommes très présents en Afrique, en Russie et en Europe de l'Est.
Avec vos implantations à l'international et votre expertise dans les matières premières vous devez effectivement intéresser vos interlocuteurs
Notre présence géographique est assez compatible avec les axes de développement des entreprises chinoises, notamment en Russie et en Afrique. Les échanges entre la Chine et le reste du monde sont assez parlants; l'Afrique est un partenaire clé, et la Russie est en train de le devenir, notamment sur le pétrole où des accords entre gouvernements ont été passés.
C'est d’ailleurs ce qui a justifié l'ouverture de la branche de Harbin. Nos clients chinois peuvent y ouvrir des comptes en rouble, faire du forex rouble/renmibi. Autre exemple en Afrique, ou nous sommes en mesure d'accompagner nos clients chinois qui y réalisent des investissements (acquisition, projet de construction, …) : nous assurons la paye de leurs employés, comme nous les aidons à financer leur projet localement (project bonds, contre garantie, …) et à couvrir leur risque de change. Nous sommes organises pour offrir un point de contact unique avec notre réseau Africain ce qui permet d’assurer le traitement efficace des opérations. Il est important qu'il y ait un interlocuteur unique, qui gère de bout en bout toutes les questions de nos clients, et les aide à travers les méandres des différentes régulations locales.
Vous avez été primés à plusieurs reprises cette année en Chine, notamment en gestion de fortune ?
Nous avons été nommés Best Foreign Partner Bank par CFO World Magazine en 2013, en trade finance et nous avons effectivement reçu quelques prix en gestion de fortune. Mais entendons-nous bien : la partie gestion de fortune va mettre des années à se développer. Néanmoins cette activité a un intérêt direct dans notre stratégie, puisqu'elle nous permet de collecter des dépôts, et facilite notre gestion de la liquidité. En Chine, le ratio crédits/dépôts est de 75%, ce qui est élevé.
Qui sont vos clients en gestion de fortune ?
Nos clients sont souvent des entrepreneurs; outre leurs problématiques de patrimoine, nous les aidons à financer et développer leur entreprise. L'activité SGEF bénéficie de cette stratégie. Nous leur amenons également notre savoir-faire en assurances.
En parlant d'assurances, vous m'avez parlé d'un bureau de représentation. Est-ce un défi pour l'avenir que de se lancer dans cette activité ?
En Chine vous ne pouvez développer une activité ou financer une acquisition que si vous avez été présent pendant un temps donné, via un bureau de représentation. A l'heure actuelle, nous nous servons de notre expertise pour construire une offre complémentaire a nos produits de gestion de fortune, notamment en couverture des risques. Un jour, ce sera peut-être davantage. Greenfield ou acquisition, il est trop tôt pour se positionner.
Des évolutions sont annoncées dans la politique vis-à-vis des investisseurs étrangers; qu'est-ce que cela pourrait changer pour vous ?
Beaucoup d'annonces ont été faites; tout n'a pas été précisé. Dans l'attente des annonces officielles, et dans l'absolu, il est préférable de travailler en grande proximité avec les régulateurs pour mieux comprendre ce qu'il est possible de faire.
L'initiative de la free trade zone de Shanghai participe de ce même effort vers une libéralisation accrue du secteur financier. Shanghai ne sera pas la seule zone d'expérimentation. D'autres vont voir le jour, le chiffre de douze a été avancé.
Même si tout n'est pas encore précisé dans le fonctionnement de cette zone, il est avéré que les autorités ont prévu de tester beaucoup de mesures dans le secteur des matières premières. Il serait notamment également possible d'aller chercher des financements offshore, ce qui n'est aujourd'hui pas possible en Chine continentale. Nous avons donc prévu de nous y installer, et nous avons déposé un dossier à cet effet.
Qu'est-ce qui a motivé votre choix de vous implanter en greenfield ?
La plupart des grandes banques étrangères, comme HSBC, Standard Chartered ou Deutsche Bank, se sont implantées en greenfield. Cela se justifie par la particularité du développement chinois : dans le reste du monde, les pays développés sont très matures sur le plan financier; les pays moins développés ont un secteur financier moins mature. La Chine est un énorme pays doté d'entreprises très sophistiquées, et avec des marchés financiers encore en devenir. La façon dont vous vous organisez pour les servir n'est donc pas du tout la même. Votre organisation se doit d'être spécifique, ce qui est difficile lorsque vous possédez 20% du capital d'une banque chinoise: vous êtes un partenaire qui amène son expertise; mais vous ne prenez pas les décisions. La question est de savoir si ce point sera amené à évoluer dans le futur; c'est possible. Je pense que des banques de taille moyenne ne sont pas dans une santé exceptionnelle, et que les autorités pourraient tout à fait être amenées à demander à un partenaire étranger d'augmenter sa participation. C'est arrivé une fois pour UBS, qui a obtenu en 2005 20% du capital de Beijing Securities.