Aujourd’hui, de nombreuses voix dénoncent les carences du Système monétaire international (SMI) et souhaitent une réforme en profondeur des institutions et des mécanismes de régulation économique, monétaire et financière à l’échelle internationale. La présidence française du G20 a d’ailleurs fait de la réforme du SMI sa principale priorité, rappelant les nombreux dysfonctionnements observés ces dernières années. La fin du régime de Bretton Woods a en effet laissé place à un « non-système » dans lequel chaque pays est libre de sa politique de change. Dans ce « non-système », le dollar a néanmoins conservé une place prépondérante, puisque la devise américaine sert toujours de principale monnaie de facturation et de réserves. Comme à l’époque de Bretton Woods, ce statut maintient le privilège des États-Unis de pouvoir s’endetter dans leur propre monnaie. Quant aux autres monnaies, soit elles flottent au gré des forces du marché des changes, soit elles conservent un ancrage de jure ou de facto au dollar. Les régimes de changes fixes sont toutefois fragilisés par la libéralisation des comptes de capital qui accroît la mobilité des flux financiers, et donc la capacité des investisseurs à déplacer les capitaux d’une place financière à une autre. Enfin, à l’exception des principaux pays industrialisés, les pays en situation de déficit courant sont contraints de s’endetter en monnaie étrangère – essentiellement en dollars –, tandis que les pays en excédent accumulent des réserves en dollar. Cette demande croissante de dollars est, depuis plusieurs années, satisfaite par une position déficitaire de la balance courante américaine, contrepartie des excédents d’un certain nombre de pays émergents, et notamment de la Chine. Si les émissions croissantes de dollars garantissent l’absence de pénurie de liquidités internationales, elles alimentent également la crainte d’une dépréciation de la devise américaine qui réduirait la valeur des avoirs libellés en dollar. Cette situation s’apparente à un nouveau dilemme de Triffin (voir l'article de Virginie Coudert).