Comment un pays dont les fondamentaux étaient relativement bons a pu passer d’un taux de croissance de 8,2 % en 1996 à un taux négatif de -14,2 % en 1998 ?
Corruption et spéculation
La crise financière et économique qui a débuté en Thaïlande n’a pas épargné l’Indonésie, frappée dès l’été 1997. Le mécanisme peut se résumer à de la corruption endémique, une spéculation foncière et boursière effrénée (les entreprises qui tablent sur la poursuite d’un taux de croissance élevé empruntent pour spéculer), la fuite des capitaux étrangers, une collusion entre le gouvernement, les banques et les conglomérats privés, dont la dette est estimée en septembre 1997 à 65 milliards de dollars US.
Une crise de type nouveau
À l’époque, cette crise apparaissait comme exceptionnelle. Crise d’un type nouveau, elle a touché une économie qui ne connaissait pas de déséquilibre de ses principaux agrégats économiques (épargne élevée, finances publiques équilibrées, inflation maîtrisée). C’est aussi une crise globale où les marchés, le gouvernement et les institutions multilatérales internationales ont une responsabilité partagée, pour n’avoir pas pu prévoir et éviter la débâcle économique et financière.
Une crise violente
Enfin, c’est une crise surprenante par son caractère violent : en l’espace de moins d’un an, la roupie passe de 2 600 dollars fin juillet 1997 à plus de 10 000 roupies par dollar dès janvier 1998. Au cours du premier semestre 1998, la roupie perd plus de 80 % de sa valeur. En janvier et février 1998, la valeur des actions s’effondre et la baisse de la roupie dépasse par son ampleur toutes celles des autres monnaies de la région. Les lacunes du régime politique et institutionnel indonésien, pourtant connues mais masquées par la dynamique de croissance, apparaissent au grand jour. Le chômage, inexistant jusqu’alors, passe à 5,5 % de la population en 1998. L’inflation devient galopante : d’un indice moyen de 176 en 1997, on atteint un indice de 278 en 1998. Enfin, on note également la baisse du pouvoir d’achat ainsi qu’un appauvrissement de la population : fin 1998, 50 % de la population indonésienne vit en dessous du seuil de pauvreté (estimé à 0,50 dollar par jour).
Les tentatives de réponse
À ce niveau, les tentatives de réponse ont été nombreuses, tout d’abord par l’intervention des organismes internationaux. 15 milliards de dollars ont été engagés par le FMI, 10 par la Banque Mondiale et la Banque Asiatique de Développement, pour tenter d’endiguer la chute de la roupie et rétablir la confiance des investisseurs. L’intervention du FMI en Indonésie a été fortement décriée. Les critiques les plus extrêmes ont insisté sur le fait que non seulement le FMI n’avait pas réussi à endiguer la crise, mais qu'il avait au contraire exacerbé sa violence, en privilégiant la contrainte extérieure plutôt que de se concentrer sur les objectifs nationaux.
Les mesures macroéconomiques
Sur le plan des politiques macroéconomiques, on assiste à un resserrement de la politique monétaire pour enrayer l’effondrement des taux de change et empêcher que la dépréciation de la monnaie ne déclenche une spirale inflationniste qui serait venue alimenter la poursuite de la dépréciation. Ensuite, vient un resserrement de la politique budgétaire : réduction des dépenses, notamment des grands projets d’infrastructure, subventions publiques (limitation du déficit budgétaire à 8,5 % du PIB (mesure du 24 juin 1998). Sur le plan des réformes structurelles, des restructurations du secteur bancaire sont lancées, avec la création d’un organisme de restructuration bancaire (IBRA – Indonesian Bank Restructuring Agency), la fermeture des établissements non viables, les fusions des banques publiques, l’amélioration du cadre institutionnel, légal et réglementaire du système financier, et l’institution d’une garantie de l’État sur les dépôts et les crédits bancaires. En outre, au-delà des restructurations bancaires, on assiste également à des réformes pour améliorer l’efficacité des marchés et accroître la transparence via la libéralisation du commerce et des investissements extérieurs, le démantèlement des monopoles nationaux et l’élargissement du programme de privatisations. Enfin, il faut prendre en compte également la restructuration de la dette des entreprises et la mise en place d’un dispositif de faillite efficace, ainsi que des réformes sociales (programmes alimentaires, hausse des dépenses sociales à 7,5 % du PIB).
5 ans après la crise, un bilan mitigé
En 2002, la croissance du PIB est à peine de 3 %, bien en deçà du seuil des 7 % qui permettrait d’endiguer le chômage (lui-même très élevé à 9 %), et on assiste à une hausse des prix des produits de base. Le niveau de restructuration du secteur financier reste finalement peu avancé, et la dette publique se maintient à des niveaux relativement élevés, ce qui limite la portée continue des outils de relance budgétaire. Le service de la dette a ainsi absorbé 36 % des recettes budgétaires en 2000 et 40 %