Le 15 août 1971, le président Richard Nixon déclarait unilatéralement le dollar non convertible en or. C’était la fin des accords de Bretton Woods, définitivement entérinée en janvier 1976 par ceux de la Jamaïque qui abandonnaient officiellement le système des changes fixes. Dix ans auparavant, un pool de l’or avait été créé afin que les banques centrales maintiennent le cours de l’or à 35 dollars l’once. Le 10 octobre 2008, alors que la crise dite financière était à son paroxysme, l’once d’or atteignait un niveau historique à 918 dollars, pour bondir le 19 août 2011 – soit 40 ans après la déclaration de Nixon – à 1 866,10 dollars !
Ce même jour de 1971, Richard Nixon déclarait : « Je suis fermement décidé à ce que le dollar ne soit plus jamais un otage aux mains des spéculateurs internationaux. Nous devons protéger la position du dollar américain en tant que pilier de la stabilité monétaire. » Le 3 août 2011, Barack Obama, après l’accord du Congrès quant au relèvement du plafond de la dette américaine, déclarait : « Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour faire croître l’économie et remettre l’Amérique au travail. Quand le Congrès rentrera de vacances, je l’inciterai à prendre immédiatement des mesures bipartites qui feront la différence. Cela créera un climat dans lequel les entreprises pourront embaucher, les gens auront plus d’argent dans leurs poches et pourront le dépenser. Les gens qui sont au chômage pourront trouver de bons emplois. Nous devons commencer par plus d’allègements fiscaux pour les familles de la classe moyenne. » Cependant, le lendemain, Standard & Poor’s dégradait les États-Unis qui perdaient alors leur AAA historique.
Des crises plus fréquentes...
Selon le Conseil d’analyse économique (CAE), dans son rapport de 2004 intitulé « Les crises financières », « toutes formes confondues, la fréquence des crises financières serait passée d’un peu plus de 6 % dans la période de Bretton Woods à près de 12 % dans la période postérieure à 1973 ». Incontestablement, l’état synoptique présenté dans le tableau 1 révèle une fréquence de plus en plus forte des crises, corroborant l’analyse du CAE.
La crise des subprime, aux répercussions multiples et encore visibles en 2011 – avec la crise des dettes publiques – ne serait-elle que le battement d’ailes d’un papillon (aux États-Unis) qui aurait provoqué une tornade à l’échelle planétaire, selon l’effet papillon rendu célèbre par Lorenz en 1963 ? Cette métaphore a été utilisée par le météorologue pour expliquer les sensibilités aux conditions initiales développées par Poincaré en 1908, lorsqu'il affirmait « qu’une cause très petite, qui nous échappe, détermine un effet considérable que nous ne pouvons pas ne pas voir, et alors nous disons que cet effet est dû au hasard […] il peut arriver que de petites différences dans les conditions initiales en engendrent de très grandes dans les phénomènes finaux ; une petite erreur sur les premières produirait une erreur énorme sur les derniers ». Non-linéarité, discontinuité, dépendance de la trajectoire et sensibilité aux conditions initiales – caractéristiques des systèmes complexes pouvant s’appliquer au système financier – ont montré que ce dernier devenait imprévisible et incertain et que la crise devenait une crise de modèle.
...mais des innovations financières
Cette crise de modèle est issue du
L’argument avancé il y a 40 ans était de rectifier les déséquilibres internationaux en défaveur des États-Unis. Jacques Rueff écrivait, en
Les conséquences des déséquilibres internationaux
Or qu’en est-il aujourd’hui des déséquilibres internationaux ? Outre leur caractère protéiforme, ils sont indubitablement à l’origine de la crise actuelle. Est-il normal que nous ayons des difficultés à expliquer l’évolution des taux de change en regard des indicateurs classiques (croissance, inflation…) ? De même, est-il normal que les pays nouvellement industrialisés financent les pays anciennement industrialisés (en déficit d’épargne pour les États-Unis tout particulièrement) ? La Chine, forte de 2 900 milliards de dollars de réserves de change, finance les déficits américains gigantesques ; rappelons le nécessaire relèvement, officialisé le 1er août 2011, de la dette américaine, alors que le plafond maximal de 14 294 milliards de dollars avait été atteint ces derniers mois (lequel plafond est désormais relevé de 2 100 milliards) ; dix ans auparavant, la même dette s’élevait à 6 000 milliards ! Les États-Unis ont donc vécu à crédit, en totalisant un endettement public (y compris celui des agences gouvernementales et des collectivités) de 139 % du PIB. Ce surendettement public, qui s’ajoute au surendettement privé – entre 1998 et 2007, l’endettement des ménages américains s’est accru de 134 %, pour atteindre 13 800 milliards de dollars, et celui des entreprises privées s’est accru de 93 %, pour atteindre 10 100 milliards –, a été permis par le statut privilégié du dollar donnant l’opportunité aux Américains de faire fonctionner la planche à billets. Milton Friedman (prix Nobel d’économie en 1976) déclara d’ailleurs, dans un discours de 1988 : « Notre déficit est libellé en dollars, pas en francs ou en livres. Donc, nous ne devons rien. Il suffit de faire marcher la planche à billets » (voir Tableau 2).
Une valeur refuge
Un autre questionnement consiste à se demander s'il est normal que l’encours des produits dérivés dans le monde atteigne aujourd’hui 600 000 milliards de dollars, contre un PIB mondial (richesse produite) 10 fois inférieur et une capitalisation boursière mondiale 20 fois moindre. Est-il acceptable que le montant quotidien des transactions de change s’élève aujourd’hui à 4 000 milliards de dollars alors que le total annuel des exportations de marchandises n’atteint que 15 240 milliards de dollars en 2010 ? Enfin, est-il normal que la masse monétaire mondiale s’élève à 60 000 milliards de dollars, montant quasiment identique à celui du PIB ? Ou encore que la dette publique mondiale s’élève à plus des deux tiers du même PIB ?
Ces chiffres démontrent simplement la déconnexion de la sphère financière et de la sphère économique ; ils montrent également que, grâce au rôle international du dollar, les États-Unis ont pu, pendant plusieurs décennies, s’affranchir de toute contrainte. Et si cette déconnexion, dont les symptômes ont éclaté lors de ladite crise financière, n’était que les conséquences à long terme d’une décision prise par le gouvernement américain il y a 40 ans, alors même que le secrétaire du Trésor américain déclarait – lors de cette même année 1971, fatidique pour le système financier international – « le dollar est notre monnaie, mais c’est votre problème » ?
Aujourd’hui, l’or est démonétisé mais il reste incontestablement une valeur refuge. Espérons que le cours de l’once ne s’envole pas encore davantage et qu’il ne soit plus l’indicateur historique d’un dysfonctionnement total de la planète financière !