Pourquoi avez-vous choisi d’ouvrir un bureau en France ?
Revolut est une néobanque dont l’idée est de créer un compte global pour gérer l’ensemble de ses finances partout dans le monde. Un Anglais, un Français, n’importe où sur la planète, peut se connecter à son compte Revolut et utiliser son argent sans frais de change.
Aujourd’hui, Revolut est disponible dans l'ensemble de l’espace économique européen et, avant même l'ouverture de nos bureaux, la France était notre second marché en nombre d’utilisateurs. Cela s’est fait sans communication, ni application localisée. Malgré tout, l’intérêt pour le produit nous a permis d’être la plus grosse néobanque étrangère en France. Nous voulons continuer à nous développer à travers le monde. Cela passe évidemment par l'ouverture de bureaux français, mais cela correspond à une logique plus large. Nous avons ouvert des bureaux à travers l’Europe, mais également aux États-Unis, à Singapour, à Hong Kong, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Nous sommes dans une phase d’expansion géographique, dans laquelle la France occupe une place particulière de par la taille de son marché et de l’intérêt pour nos services, avant même notre arrivée.
N26 se revendique elle aussi comme la première néobanque étrangère en France, auriez-vous des chiffres pour contrer cette affirmation ?
Comme nous, ce concurrent à rendu public son nombre de comptes ouverts en France à la fin de l'été. Revolut comptait alors 50 % de comptes en plus, malgré notre arrivée plus tardive. Depuis, notre croissance en France a accéléré, grâce notamment à l'arrivée de notre équipe.
Quel objectif de croissance avez-vous pour la France ?
Aujourd’hui, nous ne communiquons pas sur les chiffres français en particulier, préférant avoir une vision globale : Revolut enregistre plus de 3 500 nouveaux clients par jour. Ce chiffre grossit chaque jour et nous continuons de compléter notre offre pour séduire toujours plus de consommateurs avec des innovations.
Nous avons par exemple lancé début décembre les cryptomonnaies, qui étaient très attendues par nos utilisateurs. En plus de ces innovations globales, nous pouvons localiser notre offre afin de mieux correspondre aux attentes des utilisateurs français.
Nous avons commencé par traduire le service en français et nous allons trouver des partenariats pour monter des offres d’investissement, par exemple sur l’assurance vie, qui est un produit particulièrement demandé sur le marché français et adapté à la fiscalité locale. Nous allons réussir, dans les mois qui viennent, à trouver des relais pour proposer l’offre la plus intéressante. Pour moi, l’objectif ne se définit pas en termes de croissance, mais en termes de qualité de produit et de satisfaction.
Face à la multiplication de néobanques étrangères et françaises sur le marché, quelle est la spécificité de Revolut ?
On voit bien qu’il y a un mouvement global vers la FinTech, et en particulier les néobanques. Je constate cependant beaucoup d’offres marketing, mais très peu d’innovations véritables. Aujourd’hui, l’ensemble des acteurs du secteur, et les banques en général, se reposent sur une infrastructure bancaire existante qui a certaines qualités, en particulier concernant la sécurité. Mais c’est aussi un héritage de quarante ans d’informatique, avec toutes les inefficacités et les lenteurs que cela implique et, par conséquent, toute la difficulté à innover et à changer les mentalités au quotidien.
Aujourd’hui, Revolut est la seule néobanque à avoir entièrement bâti son propre système. Nous nous sommes affranchis de ce tout qui existait. Nous avons pu le faire, car nos fondateurs sont issus du monde bancaire – l’un trader et l’autre spécialiste en infrastructure informatique dans les banques – et ils ont décidé de s’affranchir du système pour monter une solution alternative qui nous a permis de faire mieux, plus vite et plus fort.
Nous sommes les seuls à avoir cette capacité d’innovation qui nous permet de sortir cinq ou dix innovations dans le temps pris par nos concurrents pour en sortir une seule. Par exemple, aujourd’hui nous sommes la seule néobanque à offrir le taux de change interbancaire (le meilleur) à nos clients ou les transferts bancaires gratuits, quel que soit le pays de destination, car nous n'utilisons pas les mêmes systèmes.
Ditto by Travelex ne le fait pas ?
Ditto est encore un projet à ce stade, et ils ont surtout un modèle classique où le consommateur va devoir payer un abonnement pour l'accès à leur plate-forme, puis repayer pour chaque utilisation. Ce sont exactement les pratiques d'un ancien monde dont Revolut est la seule à s'affranchir. Mais cela n'est pas spécifique à Ditto. On retrouve ces mêmes réflexes chez nos concurrents qui revendiquent souvent zéro frais, mais proposent en fait des taux de change qui ne correspondent pas au taux interbancaire. Cela revient à répliquer les logiques de frais cachés que l'on a pourtant déjà trop connues chez les banques traditionnelles.
Chez Révolut, nous avons innové avec un système qui nous permet d’intégrer au maximum toutes ces chaînes de valeur, pour comprimer les frais. Cela crée un avantage concurrentiel dont nous avons décidé de faire bénéficier nos utilisateurs, notamment via notre offre qui est gratuite : puisque nous sommes capables de le faire sans coût, nous allons en faire bénéficier le client.
Mais cela s'accompagne d'une part de pédagogie, car l'absence de frais cachés nous pousse également à retranscrire les frais réels lorsqu'il y en a, notamment sur les retraits d'espèces. Nous leur disons : « Nous sommes capables de vous faire le taux de change interbancaire sans commission et nous vous l’offrons ; par contre, si vous voulez retirer de l’argent à un distributeur, les premiers 200 € sont gratuits où que vous soyez dans le monde. Au-delà, vous devrez vous acquitter d'une commission de 2 % qui sert juste à couvrir nos frais. » C’est une approche transparente qui n'existe pas dans le monde bancaire tel que nous le connaissons.
Il en va de même concernant la gratuité de notre carte, qui n'est pas conditionnée à un nombre d'utilisations comme chez la plupart de nos concurrents. Là encore, nous préférons avoir une approche complètement numérique. Pour l’utilisateur d’un compte Gmail, son compte est gratuit, quel que soit le nombre de mails envoyés. Ici c’est la même chose : je vous mets une carte à disposition, elle est gratuite. Point. Que vous l’utilisiez ou non.
Revolut, c’est à la fois une innovation technologique très lourde, qui confère un avantage compétitif énorme, mais également une différenciation sur l’approche marketing et commerciale. Pour nous, être une banque numérique, ça ne veut pas juste dire, avoir sa banque dans son téléphone. Cela veut dire qu’en plus d’accéder à sa banque depuis un téléphone, nous avons une approche numérique de notre communication, notre marketing, nos tarifications pour servir mon utilisateur sans reprendre les vieux codes de la banque.
Au point de vue réglementaire, êtes-vous dans l’attente d’un agrément ? Que va-t-il vous apporter ?
En effet, nous sommes en attente d’un agrément pour une licence bancaire européenne, que nous devrions obtenir début 2018. L'obtention de notre licence européenne représente une nouvelle étape logique pour Revolut qui souhaite compléter son offre. Revolut est enregistré en tant qu’établissement de monnaie électronique auprès de la FCA. Avec cet agrément, nous pouvons déjà pratiquer un ensemble d’offres d’opérations courantes ; la licence bancaire européenne nous permettra d’offrir de nouveaux produits d’investissement, mais également d’emprunt.
Comme l’assurance vie ou le crédit à la consommation ?
Exactement. Nous avons déjà une offre de crédit disponible au Royaume-Uni via un partenariat avec une plate-forme de prêt peer-to-peer qui permet de faire sa demande de crédit, d’obtenir une réponse en 60 secondes et d’emprunter jusqu’à 25 000 livres sur un an, avec un taux d’agios moyen des emprunts qui se situe autour de 6 %. C’est donc très en dessous des taux de prêt à la consommation que l’on voit d’habitude. Nous voulions proposer une expérience fluide et financièrement attractive. Nous cherchons toujours à différencier notre offre par rapport à ce qu’on connaît, pour la rendre plus abordable que les produits bancaires habituels.
Pourquoi avoir choisi la Lituanie pour effectuer votre demande de licence européenne ? Est-ce en partie en lien avec le Brexit ?
La procédure d'obtention de licence bancaire européenne est la même quel que soit le pays où l'on formule cette demande. La Lituanie est un hub FinTech au niveau européen et leur approche consultative en fait un partenaire de choix pour effectuer ces démarches de façon efficace.
Dans un monde pré-Brexit, Revolut dépend naturellement des autorités européennes pour ses activités en Europe. Post-Brexit, nous serons déjà prêts pour poursuivre nos activités en Europe comme au Royaume-Uni, notamment via cette licence européenne.
Un de vos autres grands projets concerne la prestation de paiement. Vous allez également la réinternaliser ?
Exactement. Nous sommes en train de développer notre propre processeur. Actuellement, le contrôle sur la carte Revolut est unique : le client peut activer ou désactiver la carte et l’ensemble de ses options de sécurité en direct. Nous avons dû nous orienter vers des prestataires novateurs, qui pouvaient nous offrir cette flexibilité, ce qui n’est pas le cas de tous les processeurs de paiement. Aujourd’hui pour soutenir notre croissance et pour pouvoir assurer notre rapidité d’expansion, il est plus logique de développer notre propre système en interne.
C’est le raisonnement de Revolut dans son ensemble. Quand on a une offre différenciée et efficace sur le marché, on peut s’en satisfaire un temps. Quand on se rend compte qu’on peut faire mieux pour moins cher en interne, on le fait. Cela nous permet d’intégrer une chaîne de valeur complète et cela bénéficie au final à nos utilisateurs.
Pourriez-vous donner plus de détail sur les fonctions exactes réinternalisées en tant que processeurs de paiement ?
Le processeur de paiement que nous développons nous permettra de répondre aux sollicitations des MasterCard ou Visa sans avoir recours à un provider externe. Nous allons en somme intégrer la chaîne de transmission de l'information entre un TPE et Revolut plutôt que de la garder sous-traitée.
L’utilisateur bénéficie-t-il de tous les services de Revolut quel que soit son pays d’origine ?
Il y a en effet des offres légèrement différenciées en fonction des pays. Parfois en raison de partenaires qui ne peuvent pas couvrir la globalité des territoires ou de la nature des partenariats. Et parfois en raison des spécificités de marché, comme l’assurance vie qui est un produit franco-français qui ne sera finalement disponible qu’en France. Cela étant, notre idée reste d’avoir une application la plus globale possible, avec certains ajustements au niveau local. Si demain il y a un produit particulièrement intéressant à avoir en France ou en Espagne, nous pouvons évidemment établir à la marge des deals locaux pour satisfaire au mieux la demande d’un pays.
Avec l’arrivée de la DSP2 ou autre, à quelles innovations faut-il s'attendre chez Revolut ?
Nous sommes déjà prêts pour la DSP2. Dans un premier temps, cette directive n’aura pas un impact énorme sur l’activité de Revolut au quotidien. Aujourd’hui, nous sommes dans une logique d’intégration de la chaîne de valeur. À terme nous pourrons offrir des solutions de paiement, y compris du côté marchand, pour s’affranchir de toute commission tierce sur toutes les opérations. Et à ce moment-là, la DSP2 aura un impact non négligeable.
Quels sont selon vous, en 2018, les plus gros concurrents de Revolut ?
Les banques traditionnelles. Pour être tout à fait honnête, je considère que tous les acteurs fournissant un service bancaire ou un service financier sont des concurrents. Cependant la majorité de la population et des comptes bancaires se trouvent encore chez les banques traditionnelles, et c’est là qu’il y a le plus de personnes pouvant bénéficier des évolutions de Revolut.
Les GAFA complètent également leurs offres avec des produits financiers, et il ne faudra pas les négliger. Mais leur bascule vers un système de paiement complet n’est pas facile à enclencher, même si c’est clairement vers là qu’ils se dirigent. On parle beaucoup de Facebook à travers Messenger, mais sur certaines géographies telles que l’Angleterre, Google fait du paiement peer-to-peer depuis longtemps sans que cela ait empêché des acteurs locaux de développer sur une offre similaire.
En Chine, WeChat se pose en incontournable du paiement peer-to-peer…
WeChat va beaucoup plus loin que le paiement peer-to-peer. Le modèle WeChat est sûrement un modèle d’avenir pour l’ensemble des GAFA et pourquoi pas pour Revolut. Pour moi, c’est un vrai acteur d’avenir. Mais, à la fois pour des raisons historiques, des raisons de marché, des raisons de réglementation, je pense qu’il s’écoulera un certain temps avant que des acteurs occidentaux au sens large puissent reproduire le succès de WeChat. C’est sûrement le rêve de tous, mais ce n’est pas un rêve qui pourra s’accomplir à moyen terme.
Pensez-vous que les banques traditionnelles ont les moyens de muter rapidement ou sont-elles liées à leur historique informatique ?
Il existe un vrai frein technique à la mutation, qui n’est pas facile à surmonter. Mais ce n’est pas le seul. Il y a aussi un frein psychologique et organisationnel. Regardez comment elles ont perçu le mouvement relativement récent des FinTechs. Il y a deux ans avec l’arrivée des premières FinTechs, les banquiers traditionnels souriaient. Il y a dix-huit mois, ils ont commencé à dire qu’il se passait peut-être quelque chose. Il y a douze mois, plusieurs acteurs bancaires se sont mis à racheter des FinTechs en disant « nous voulons faire partie de ce mouvement, acquérir ces connaissances en interne ». À ma connaissance, aujourd’hui, il n’y a pas vraiment d’acteurs qui aient réussi à intégrer une FinTech et à modifier sa façon de travailler par la suite. Malheureusement, c’est souvent le contraire qui se passe et la FinTech qui a été rachetée se met à ralentir, plutôt que l’organisme autour n’accélère. Aujourd’hui, certaines banques commencent à réagir, par exemple HSBC avec son agrégateur de comptes. C’est bien, mais la mise en place reste très lente. Notre rythme d'innovation n'est juste pas comparable et nous garantit toujours une forte avance.
Justement, quels sont vos délais de l’idée à la mise en production pour le développement des innovations ?
Disons que le délai de livraison sur un projet novateur se situe dans les trois ou quatre mois. Peu d’organisations sont capables de faire ça. Nous avons un avantage technologique sur les acteurs traditionnels, mais aussi une structure et une organisation interne qui nous permet de le faire. Et c’est peut-être ça la partie la plus difficile à répliquer.
En parlant d’innovation, les cryptomonnaies arrivent chez Revolut. Sous quelle forme ?
Avec les cryptomonnaies, le nombre de devises que l'on peut détenir sur son compte courant Revolut va passer à 28 puisque nous avons ajouté le bitcoin, l'Ether et le Litecoin aux 25 monnaies principales que l'on peut stocker sur son compte courant Revolut. Ce seront des monnaies comme les autres, et vous pourrez naviguer des bitcoins aux dollars, et des dollars aux zloti, sans frein. Les échanges sont extrêmement fluides, plus rapides et surtout moins chers que ce qui est proposé ailleurs jusque-là.
Nous proposons ce service, encore une fois, dans une démarche d’innovation. L’exposition aux cryptomonnaies était une demande très forte remontant de notre communauté, et nous avons donc décidé de les écouter. Nous avions constaté que, malgré le fait que les cryptomonnaies soient une vraie vague de fond et que beaucoup de gens s’y intéressent ou désirent en acquérir, il existait encore d’énormes freins à l’entrée. Les clients ne savent pas vers quelle plate-forme se tourner, et une fois la plate-forme trouvée, le temps moyen entre l’inscription et la réception de la première somme est de l’ordre de trois ou quatre jours.
Avec Revolut, on y accède en 30 secondes. Le but, c’est de lever au maximum ces freins et d’offrir un environnement totalement sécurisé, pour éviter toutes les problématiques de cybersécurité que posent les cryptomonnaies.