Avant d’investir dans un fonds, plusieurs éléments doivent être analysés avec attention. L’expérience et l’ancienneté du gérant, l’équipe qui l’entoure, la stratégie d’investissement mise en place et les frais de gestion sont autant de facteurs qui vont avoir un impact direct sur la performance. Mais il est tout aussi indispensable de s’intéresser à l’établissement qui gère le fonds, car c’est lui qui fixe les frais de gestion, définit la politique de rémunération, de recrutement et de fidélisation des équipes, gère les conflits d’intérêts, veille au respect de la réglementation, au contrôle des risques et, enfin, détermine la forme que prend la gamme de produits.
De l’importance d’une bonne culture d’investissement
Les sociétés de gestion avec une bonne culture d’investissement, focalisée sur les résultats de long terme de leurs produits, sont généralement de meilleurs partenaires pour les investisseurs. Par exemple, avant de lancer un nouveau produit, elles s’assurent de disposer de l’expertise et des moyens humains nécessaires et se demandent si le produit va réellement apporter une valeur ajoutée à l’investisseur sur la durée. À l’inverse, les sociétés caractérisées par une culture des ventes et de maximisation du profit à court terme se montrent généralement prolifiques dans le lancement de nouveaux fonds sur des thématiques à la mode, qui vont « bien se vendre » sur le moment, mais qui se révèlent souvent de piètres investissements de long
Les sociétés qui disposent d’une solide culture d’investissement gèrent aussi de manière plus responsable la capacité de leurs produits. Lorsque les fonds deviennent trop gros et que cela pose un risque de liquidité, les bonnes sociétés de gestion n’hésitent pas à les fermer aux souscriptions pour protéger l’intérêt des investisseurs existants, même si cela se traduit par un manque à gagner à court terme. Les plus vertueuses fixent même en amont, et parfois dans le prospectus du fonds, la taille maximale supportable par la stratégie avant fermeture.
Les sociétés de gestion de qualité se distinguent également par une politique tarifaire raisonnable. Les frais de gestion y sont modérés et les commissions de surperformance sont plus une exception que la règle. Lorsqu’elles existent, elles sont calculées contre un indice approprié avec un principe de « high water mark » qui impose de rattraper toute sous-performance passée avant de prélever à nouveau des frais de surperformance.
Stabilité des équipes et alignement d’intérêts
Les sociétés de gestion de qualité se distinguent par ailleurs par leur capacité à attirer et à retenir les talents sur le long terme. Ce point est crucial, tant les départs de gérants peuvent mettre à mal la bonne exécution des stratégies d’investissement. La stabilité des équipes est plus que jamais d’actualité, car la rotation des effectifs dans l’industrie de la gestion d’actifs s’est accentuée ces dernières années, du fait de la bonne santé des marchés financiers et de la consolidation des acteurs en France et en Europe.
Les sociétés de gestion avec une forte culture d’entreprise, articulée autour de la performance à long terme des produits proposés, parviennent généralement à mieux stabiliser leurs effectifs. La gestion des carrières sur la durée, avec des plans de transition bien établis en amont pour les postes de gérants clés, favorise aussi la stabilité. La politique de rémunération joue bien sûr un rôle incontournable. La mise en place de bonus liés à la performance ajustée du risque sur le long terme des fonds gérés, et dont le versement s’étale dans le temps, incite les gérants à s’impliquer dans la durée. Certaines sociétés de gestion ont instauré de tels systèmes depuis plusieurs années, avec des conditions encore plus exigeantes que celles rendues obligatoires par les réglementations UCITS V et MIFID II. À l’inverse, lorsque la rémunération variable est liée à l’augmentation des encours sous gestion par exemple, la motivation du gérant s’oppose aux intérêts des porteurs de parts des fonds.
Les bonnes sociétés de gestion incitent par ailleurs leurs gérants à investir personnellement dans les fonds qu’ils gèrent pour favoriser l’alignement de leurs intérêts avec ceux des investisseurs. Aux États-Unis, où ces informations sont publiques, nous avons montré que les gérants investis à titre personnel dans les fonds gérés ont tendance à obtenir de
Bien choisir sa société de gestion, un choix gagnant
Pour toutes les raisons évoquées, nous attachons donc une grande importance à la culture d’investissement de la société de gestion dans notre méthodologie de notation des fonds. Notre évaluation se traduit par une note à trois niveaux : positive, neutre ou négative.
À fin décembre 2017, nous avons attribué des notes à 137 sociétés qui proposent des fonds disponibles à la vente en Europe sur un peu moins de mille groupes (avec au moins 5 millions d’euros sur des fonds ouverts). En moyenne, on constate que les sociétés bien notées se distinguent par une meilleure stabilité de leurs effectifs. Leurs gérants sont en place depuis plus longtemps que les autres. En termes de tarif, là aussi, les sociétés que nous apprécions réservent un meilleur sort aux investisseurs avec des frais relativement moins chers que la moyenne.
Nous avons également comparé le taux de succès des fonds des différentes sociétés. Le taux de succès mesure pour une société le pourcentage moyen de fonds qui ont à la fois survécu (c’est-à-dire qui n’ont pas été liquidés ou fusionnés) et surperformé, sur une base ajustée des risques, la moyenne des fonds de leur catégorie dans les trois et cinq dernières années. Les sociétés de gestion aux comportements vertueux se distinguent nettement des autres. Sur cinq ans, le taux de succès moyen des sociétés notées positivement est de 63 %, soit nettement mieux que celles notées « neutre » (53 %) et « négative » (42 %) ainsi que la moyenne du marché.
Il peut être tentant pour les investisseurs de succomber à l’attrait de tel ou tel fonds sur la base de ses caractéristiques individuelles, comme un gérant star ou des performances impressionnantes. Pourtant, négliger la société de gestion qui se tient derrière peut être dommageable, car c’est elle, in fine, qui détermine en grande partie les chances de succès futur d’un fonds.