Le Brésil a connu au cours de ces dix dernières années une croissance soutenue des prêts bancaires. Ceci s’explique par la plus grande stabilité financière du pays, la croissance économique plus soutenue, la baisse des taux d’intérêt ainsi que par un certain nombre de réformes. Ainsi, les crédits bancaires au secteur privé ont plus que doublé depuis 2003, passant de 24 % du PIB à 53,2 % aujourd’hui. La hausse du volume de prêts est une constante parmi beaucoup de pays émergents, mais seule une poignée d’entre eux a enregistré, comme le Brésil, un tel doublement de leur ratio crédits/PIB. Celui-ci s’élève ainsi à 29 % pour les prêts à la clientèle des entreprises et à 24 % pour ceux aux ménages.
Une offre de crédit à des taux très différenciés…
Bien qu’ils restent notablement plus élevés que les standards internationaux, les taux d’intérêt brésiliens ont connu une baisse qui a rendu les crédits plus accessibles, à la fois pour les entreprises et les ménages. Parallèlement, la réforme du droit des faillites a permis de renforcer les droits des créanciers et, ce faisant, d’inciter les banques à davantage prêter. Les banques ont par ailleurs accordé des prêts remboursables directement sur le salaire de l’emprunteur, ce qui leur a permis de disposer de collatéraux éligibles pour leurs opérations de crédit aux ménages. Enfin, la solidité de la croissance économique, le dynamisme du marché de l’emploi et la hausse des revenus ont eux aussi contribué à améliorer les conditions générales du crédit sur la période.
Le marché du crédit au Brésil est assez fragmenté. Les prêts se divisent en deux catégories, selon qu’ils sont affectés (earmarked credit) ou non. Les premiers sont des opérations de crédit dédiées à un objectif particulier, bénéficiant ou non d’une aide gouvernementale. Plus spécifiquement, les établissements sont soumis à des exigences précises concernant la part de leurs dépôts bancaires devant être utilisée pour le financement du secteur agricole ou du logement à des taux inférieurs à ceux du marché. La
…mais durablement élevés
Historiquement, les taux d’intérêt brésiliens, en termes nominaux ou réels, se sont toujours inscrits à des niveaux très élevés. Aujourd’hui encore, bien qu’ils se soient un peu repliés, ils restent hauts, et ce en dépit d’une politique monétaire très accommodante de la banque centrale brésilienne. Ainsi, en janvier, le taux moyen auquel empruntaient les ménages dans le cadre de prêts non affectés s’établissait à 35 %, contre 40 % un an auparavant ; les entreprises, elles, empruntaient en moyenne à 19 %, pour une inflation à 6 %. Les taux subventionnés des crédits affectés sont, quant à eux, sensiblement inférieurs.
Pourtant, les taux auxquels les banques brésiliennes se refinancent ne dépassent pas 10 %. Les taux auxquels elles prêtent sont donc le reflet de spreads de crédit par rapport au taux sans risque durablement élevés. Une récente étude de la banque centrale suggère que ce sont les pertes réalisées sur leurs crédits qui poussent les établissements à un tel niveau de spreads. Cela expliquerait ainsi 50 % des spreads totaux. En revanche, seuls 5 % seraient dus au niveau des réserves obligatoires imposées par la banque centrale, extrêmement hautes selon les standards internationaux.
Une ouverture vers l’extérieur maîtrisée
Fin 2011, le Brésil comptait 160 banques (voir Graphe 3). Parmi elles, 9 étaient au moins partiellement détenues par des capitaux publics. La moitié environ des 150 restantes reposait sur une structure de capital d’origine brésilienne, les autres comptaient une participation étrangère ou étaient des filiales de banques étrangères. C’est assez notable lorsque l’on considère que près de la moitié des crédits au secteur privé est entre les mains des établissements publics. Ces derniers ont ainsi octroyé des crédits équivalant à 26 % du PIB, contre 19 % pour les banques privées nationales et 9 % pour les établissements étrangers. L’offre de crédit des banques publiques s’est fortement accrue depuis la crise de 2008, traduction de la politique de prêts subventionnés mise en place par le gouvernement pour soutenir la croissance économique et l’investissement.
Le secteur bancaire brésilien jouit d’une base financière solide, avec les ratios de solvabilité les plus élevés des principales économies émergentes. Les banques détiennent encore d’importantes poches de liquidité composées de titres d’État. Quant au très haut niveau de réserves obligatoires réclamé par la banque centrale, il constitue un substantiel coussin et un outil de management de crise en cas de choc. Dans l’ensemble, la dépendance des banques vis-à-vis du financement apporté par les marchés de gros est gérable ; de même, leur dépendance à l’égard des financements étrangers reste relativement faible lorsqu’on les rapporte au total de leur passif. D’une manière générale, actifs et passifs bancaires sont libellés en monnaie locale. En particulier, les prêts en devises étrangères sont interdits, contrairement à ce qui prévaut par exemple en Europe de l’Est. Enfin, les banques sont face à des limites assez strictes en matière d’exposition au risque de change. D’un point de vue systémique, le secteur bancaire brésilien apparaît donc sain et capable d’absorber d’éventuels chocs de grande ampleur.
Des risques limités
Le Brésil a dû faire face, ces dernières années, à la faillite de quelques banques de taille réduite, il faut en convenir. Les établissements d’importance systémique, en revanche, demeurent bien capitalisés et gèrent leurs risques de manière prudente. Certaines banques publiques, qui ont suivi une stratégie agressive d’expansion de leur portefeuille de prêts, pourraient devoir lever du capital dans un avenir proche, au risque sinon de se trouver en infraction par rapport aux règles de solvabilité.
Toutefois, les risques de crédit portés par le système dans son ensemble apparaissent, eux aussi, tout à fait gérables : les créances douteuses (
Les solides fondamentaux de l’économie brésilienne viennent également soutenir les perspectives de son secteur bancaire, et ce malgré la récente inflexion de la croissance. Citons tout d’abord la faible vulnérabilité de l’économie vis-à-vis de l’extérieur. Certes, la devise brésilienne est toujours à la merci d’une brutale dépréciation en cas de choc sur la balance des paiements. Mais si un tel choc survenait, il n’aurait pas les mêmes effets systémiques dévastateurs que par le passé, sur l’économie en général et le secteur bancaire en particulier. Par ailleurs, le gouvernement jouit d’une crédibilité satisfaisante : bien que sa dette brute soit assez élevée, l’endettement net du secteur public reste inférieur à 40 % du PIB et devrait se résorber davantage. Le gouvernement est donc en capacité de venir en aide au secteur bancaire dans l’hypothèse, très peu probable, d’une crise systémique. Généralement, les pertes financières majeures n’apparaissent que dans le contexte d’une économie significativement exposée aux devises étrangères, ce qui n’est pas le cas du Brésil.
Quant au niveau des encours de prêts actuellement présents au bilan des banques, il ne présente pas, lui non plus, de caractère non soutenable. D’autres marchés émergents ont ainsi atteint des niveaux bien plus élevés, comme l’Asie émergente par exemple. Il est vrai que les périodes de forte croissance du crédit se traduisent souvent par une augmentation du risque de crédit et de pertes. La bonne nouvelle est que les autorités en ont pleinement conscience et ont, à plusieurs reprises ces dernières années, eu recours à des mesures macroprudentielles pour se prémunir de l’émergence de tout risque systémique. Le secteur bancaire brésilien peut aujourd’hui compter sur une régulation et une supervision de qualité.
Traduit de l'anglais par S. L.