La saga de la privatisation de la poste japonaise

Créé le

03.01.2011

-

Mis à jour le

07.03.2011

Exploitant la plus grande banque de détail au monde et une gigantesque compagnie d’assurance, la Poste japonaise est un véritable mastodonte financier. Évoquer son histoire, depuis sa naissance, permet de mieux comprendre le processus de sa privatisation.

Au milieu des années 1980, trois grandes entreprises publiques contrôlées par l’État japonais ont été privatisées : la Société nationale des transports ferroviaires (JNR), la Société japonaise du télégraphe et du téléphone (NTT) et la Manufacture japonaise du tabac (Japan Tobacco).

En 2005, soit la même année que la promulgation en France de la loi relative à la régulation des activités postales [1] et son décret d’application du 30 août 2005, ​dans la foulée de la dérégulation du secteur bancaire, il fut décidé de privatiser la Banque postale japonaise.

La Poste japonaise, qui dispose de 24 500 agences sur le plan national [2] et emploie 240 000 personnes, est un véritable mammouth financier et certainement l’institution financière la plus puissante sur le plan mondial.  Elle s’occupe en premier lieu de la distribution du courrier mais les facteurs et commis-postiers japonais fournissent également aux communautés locales un nombre important de services sociaux. En outre, la Poste nippone exploite la plus grande banque de détail du monde (elle concentre 30 % de l’épargne japonaise individuelle, représentant 189 000 milliards de yens, soit 1 646 milliards de dollars) et la société d’assurance vie Kanpo (à ce titre, elle détient 40 % du marché domestique de l’assurance vie et des produits de prévoyance individuelle et collective).  Même si les dépôts postaux des particuliers ne peuvent pas en principe dépasser au total 10 millions de yens, la règle est souvent enfreinte et 25 % du patrimoine personnel des Japonais sont gérés par la Poste japonaise.  Le tout était évalué en 2004 à la gigantesque somme de 3,45 trillions de dollars. En juillet 2007, le volume combiné de l’épargne et de l’assurance dépassait 300 trillions de Yen. Les 200 trillions de yens [3] constitués en obligations du gouvernement gérés par cette institution représentent quasiment le tiers du solde des obligations émises par le gouvernement japonais.

Le présent article se propose de décrire la genèse et l’évolution de la Banque postale japonaise, les objectifs poursuivis par ses fondateurs, en même temps que les spécificités du Japon en la matière, notamment par rapport à la France et à la Grande-Bretagne.

Le monopole d’État des services postaux a été institué au Japon en 1871, soit il y a près de 140 ans. Le système d’épargne postale a été introduit deux ans plus tard, modelé sur l'exemple britannique, [4] suivi du Programme de prêt et d’investissement fiscal de l’État (voir ci-après) en 1883. L’objectif défini par le gouvernement était d’enrichir le pays et de renforcer l’armée. Il visait également à permettre à quiconque de bénéficier du même service et du même prix, quel que soit son lieu d’habitation.

Le succès populaire de l’épargne postale

Le système public d’épargne postale était un outil visant à permettre le développement de nouveaux négoces et activités commerciales et la population lui a très vite fait confiance. Pendant longtemps, grâce à une fiscalité avantageuse appliquée sur les produits d’épargne postale, son système de rémunération l’a rendu très attractif, celle-ci étant supérieure à celle offerte par les banques. Nombreux sont les receveurs de la poste/commis-postiers qui sont devenus des piliers de leur communauté et qui ont pu accéder à des postes d’élus politiques au sein de leur commune. Le même système d’épargne a fortement contribué à faire de la frugalité sociale, de l’épargne individuelle et de la constitution d’économies des valeurs ou comportements intrinsèques de la société japonaise.

Le Programme de prêt et d’investissement fiscal de l’État (connu, avant la Seconde Guerre mondiale, sous le nom de « Fonds de dépôt ») a constitué dans la réalité un « fonds de secours » non transparent et donc parfaitement commode pour les finances de l’État : les autorités financières pouvaient y puiser dans les moments de crise monétaire ou des changes, ​ou en cas de difficultés bancaires – en particulier au moment de la crise bancaire de 1927. Ce fonds de secours, autrement connu sous l’intitulé « Seconde banque du Japon » dans la période d’avant-guerre et sous le vocable « Second budget » durant la période d’après-guerre, a permis au gouvernement nippon de réaliser ses objectifs publics. Il offrit également un outil de politique invisible et, par suite, efficace, pour sécuriser le support politique régional ou local grâce au mécanisme des subventions (investissements opérés dans le cadre du Programme de prêts et d’investissements de l’État) à destination des industries naissantes ou utilisées à des fins politiques.

Au début des années 1990, juste avant la bulle économique qui frappa l’archipel, le taux d’intérêt annuel fixe appliqué aux comptes d’épargne postale dépassait les 6 % et le plafond des dépôts par compte fut élevé à 10 millions de yens. La Poste nippone reçut alors des fonds massifs. En raison de la baisse des taux d’intérêts, de nombreuses banques tombèrent en faillite à cette époque, mais la rémunération des comptes d’épargne postale fut préservée.

Depuis 1997, à commencer par le gouvernement de Hashimoto, dans un contexte de déclin du secteur bancaire et de l’inquiétante ascension des emprunts douteux, les gouvernements successifs ont discuté de la libéralisation et de la privatisation des services postaux du pays, à l’instar de ce qui s’est passé par exemple en Grande-Bretagne quand les autorités anglaises ont réformé la National Savings Bank, soulignant le besoin de combiner transparence, traçabilité comptable et efficacité de la gestion des deniers publics.

En avril 2003, la Poste japonaise a été incorporée parmi les activités postales du gouvernement, alors contrôlées par le ministère des Affaires·intérieures et des Communications (de Postal Saving Agency, elle est devenue alors Japan Post, entreprise publique).

La loi sur la privatisation de la poste au Japon [5] (Yusei Min-ei-ka Kanren Roppou) a fini par être promulguée en octobre 2005. Elle introduit un processus progressif de privatisation sur dix ans, démarrant au 1er octobre 2007. En janvier 2006, alors que la Banque Postale française commençait son activité, la Poste japonaise prenait la forme d’une société anonyme et devenait la Japan Post Corp.

Transformer l’épargne en investissements

Cette loi de privatisation de la Poste s’inscrit dans un programme ambitieux du gouvernement Koizumi [6] (le Premier Ministre de l’époque) de transformation de l’épargne en investissements et de distillation de principes du marché dans le système financier japonais. Koizumi s’est distingué de ses prédécesseurs en ce sens qu’il a recherché à puiser l’expression de son pouvoir dans l’adhésion du public par un vote de la ​Chambre Basse (à une courte majorité de 233 voix pour et 228 contre), plutôt que grâce au soutien des· leaders des factions du parti majoritaire, à l’époque le Parti libéral démocrate. Il a ​su, en particulier, ​obtenir le support massif de l’Association nationale des commis-postiers, la Zentoku. C’est d’ailleurs dans ce cadre qu’ont été adoptées par la ·Diète japonaise :

  • d’une part la loi sur les Sociétés (Kaisha Ho) du 29 juin 2005, entrée en vigueur le 1er mai 2006 (à l’exception des dispositions relatives à la fusion triangulaire qui sont entrées en vigueur un an plus tard jour pour jour) ;
  • d’autre part, la nouvelle loi sur les instruments financiers et la Bourse de juin 2006.
Outre la publication d’un important corpus réglementaire (plus de 230 ordonnances ministérielles ont été annoncées, dont l’accouchement est loin d’être terminé), de nombreuses mesures d’organisation devraient également être adoptées – semble-t-il –, ​sans aucune publicité puisque les textes législatifs n'en imposent pas. Les Américains ont, par un communiqué de leur Chambre de commerce [7] au Japon, dénoncé ce risque d’absence de transparence et de violation, par suite, du droit de la concurrence.

De manière explicite, les textes de privatisation de la Poste japonaise précisent que les objectifs poursuivis dans le cadre de cette réforme institutionnelle sont « d’accroître l’indépendance, la créativité et l’efficacité de la gestion autant que d’encourager la concurrence libre et ouverte, d’améliorer le confort des gens en leur fournissant du travail et des services variés et de qualité pour la vitalité de l’économie grâce à une plus grande liberté dans la gestion du capital ». L’accent est également mis sur le meilleur positionnement des services postaux japonais dans leur ensemble sur la scène internationale.

La Banque Mondiale a toujours été partisane de la privatisation du secteur public et a accueilli d’un bon œil l’initiative japonaise dans ce domaine.

Des recommandations de l’OCDE difficiles à suivre

De son côté, l’OCDE, dont le Japon est membre depuis longtemps, a élaboré en 2005 des recommandations (facultatives) sur la gouvernance des sociétés contrôlées par l’État servant de tableau de bord et de meilleures pratiques aux États pour améliorer leurs fonctions d’actionnaires et insistant sur la nécessité d’instituer sur le plan réglementaire un pied d’égalité entre les entités privatisées et leurs concurrentes du secteur privé. Dans un communiqué de 2005 relatif à la privatisation de la ​Poste japonaise, elle a décliné les objectifs suivants :

  • assurer un pied d’égalité dans les textes et la réalité entre la société d’épargne postale, la société d’assurance vie postale et les institutions privées ;
  • ne pas autoriser les entités postales de l’épargne et de l’assurance vie à offrir de nouveaux produits tant que n’aura pas été instauré un traitement égalitaire ;
  • atteindre un désengagement total du gouvernement de ses participations dans les services financiers à l’expiration du processus de privatisation, en 2017.
Les Américains, l’Association des banquiers japonais et l’Association (japonaise) des banques régionales sont particulièrement soucieux que de telles recommandations soient strictement respectées par le gouvernement japonais. Même si le texte manque de dispositions applicatives précises, on peut observer que l’article 2 de la Loi de privatisation des services postaux nippons impose aux instances dirigeantes du pays d’adopter des mesures qui assurent des conditions de concurrence équivalentes entre les entités postales privatisées et les sociétés concurrentes du secteur privé. Il reste que les sociétés domestiques privées et les entreprises étrangères s’interrogent grandement sur la bonne application d’une telle règle, dans la mesure où il est vraisemblable que les sociétés qui, jadis, constituaient la Poste japonaise, et forment aujourd’hui un ensemble de sociétés affiliées, vont continuer à rester pendant un bon moment l’acteur majeur du système financier japonais et bénéficieront implicitement de garanties gouvernementales et de réductions fiscales. En outre, quand bien même ces sociétés affiliées sont – juridiquement parlant – des entités légales séparées, risque de surgir le classique problème de prix de transfert. En effet, dans les rapports croisés qu’elles entretiendront, il sera difficile d’imposer la juste valeur marchande ( fair-market-value) et des pratiques de prix du marché ( arm's length standard) du fait de leur relation de sociétés sœurs et de leur modèle fonctionnel d’intégration actuel.

Vers une introduction en bourse en 2011 ?

Autour d’une holding, la Japan Postal Services Holding Corporation, contrôlée à 100 % par le gouvernement japonais, quatre sociétés ont été créées pour traiter respectivement de la distribution du courrier et des colis postaux (Japan Post Service Co), de la fourniture de services à la clientèle ou, autrement dit, les réseaux et la gestion du parc immobilier (Japan Post Network Co), de la gestion de l’épargne (Japan Post Bank Co) et de la souscription de contrats d’assurance vie (Japan Post Insurance Co). Ces sociétés devraient devenir indépendantes en octobre 2017, c’est-à-dire à l’expiration de la période de transition de dix ans. La loi exige en effet qu’alors, la holding mette en vente au public la totalité de ses actions dans deux de ses filiales (les sociétés d’épargne et d’assurance vie), même s’il est également prévu qu’elle puisse les racheter immédiatement. Les activités de service courrier et de réseaux resteront filiales à 100 % de la holding. Les activités de l’épargne et de l’assurance vie postales devraient être introduites en bourse en 2011.

Mais, dans un souci de revitalisation des zones rurales, après avoir dessiné en octobre 2009 une politique globale exigeant de la Poste Japonaise de fournir de façon équitable les services postaux mais également bancaires et d’assurance sur l’ensemble du territoire (services universels), et fait voter en décembre 2009 un amendement pour geler la cession des actions détenues par l’État au sein de la Japan Post Holdings Co et de ses filiales, le gouvernement Hatoyama [8] a soumis à la Diète en mars 2010 un projet de loi modificatif d’une telle organisation afin d’intégrer la holding, la distribution du courrier et les services à la clientèle au sein d’une même entité, les sociétés de gestion d’épargne et d’assurance vie restant indépendantes mais majoritairement contrôlées par la holding (détention des 2/3 du capital a minima). Cela devrait permettre au gouvernement de juger seul de sujets importants, tels que des projets de fusion des sociétés du groupe ou la cession de partie de leurs activités.

La croissance des activités bancaires

Au 31 mars 2008, le revenu net consolidé du groupe a dépassé de 29 % les projections puisqu’il a atteint 277,2 milliards de yens, dont la moitié du fait des activités bancaires. Mais les trois autres activités n’ont, quant à elles, pas connu la croissance espérée et ont même été très en deçà du plan d’exploitation correspondant : le chiffre d’affaires de la filiale « assurance » a été de 7,6 milliards de yens au lieu des 8 milliards escomptés ; celui de la filiale « courrier », d’un montant de 69,4 milliards de yens, alors qu'il aurait dû selon les projections atteindre 79,4 milliards de yens ; enfin, celui de la filiale « réseau » a totalement loupé la ligne droite de la croissance puisque les bénéfices réalisés, de l’ordre de 4,6 milliards de yens, sont de 86 % inférieurs aux chiffres prévisionnels.

Seules les obligations existant en 2017 relatives à l’épargne postale et à l’assurance vie continueront à être garanties par le gouvernement et seront placées en obligations d’État.

Tous les employés de la Poste japonaise perdront leur statut d’« employés du gouvernement », mais pas nécessairement leur emploi. La holding (intégrant les activités d’épargne et des assurances) en tant qu’entité commerciale sera assujettie à l’impôt sur les sociétés. Tout comme n’importe quelle institution d’épargne privée, le système d’épargne postale sera également dans l’obligation de contribuer au système d’assurance nationale des dépôts. Finalement, il sera nécessaire pour les activités d’épargne et d’assurance d’obtenir des licences spéciales leur permettant de conduire toute une série d’activités, tant sur le plan domestique qu’à l’international. Mais il reste encore à élaborer le détail de ces licences et garanties gouvernementales.

En mai 2000, le gendarme nippon de la concurrence (Japan Fair Trade Commission ou JFTC) avait constitué un groupe de travail pour discuter de l’introduction de la concurrence sur le marché de la poste et des questions relatives à une politique concurrentielle adaptée. La JFTC avait observé que le développement et la gestion de la distribution du courrier à domicile avaient été freinés du fait de la définition floue du mot « lettres » et que la concurrence devait être introduite progressivement bien que, du point de vue de la politique concurrentielle, la distribution des lettres doive être pleinement libéralisée afin de promouvoir la concurrence entre l’institution privatisée et les entreprises de la concurrence. Dans son rapport public rendu en novembre 2000, elle avait formulé les recommandations suivantes :

  • libéraliser l’envoi en masse de courriers et la distribution de courriers à valeur ajoutée au profit des entreprises privées ;
  • adopter des référentiels quantitatifs notamment en matière de volume pour déterminer le champ de la concurrence ;
  • s’assurer d’une concurrence loyale entre le service postal issu de la privatisation et les entreprises postales du secteur privé dans les marchés libéralisés.
Les agences postales tiendront des guichets qui géreront la demande de la clientèle en matière de comptes d’épargne Yucho et de produits d’assurance vie Kampo.

Un rayon épicerie dans certaines agences postales

Au-delà de la gestion de dépôt de fonds, poursuivant une politique de diversification, la Banque postale japonaise s’est fixée pour objectif de progressivement accorder des prêts et de proposer à sa clientèle d’autres opérations génératrices de services facturés. Transformer les bureaux de poste en centres multi-services était déjà un objectif affiché par le ministère des Postes et des Télécommunications à la fin des années 1980. La ​Banque Postale a exprimé son intérêt d’attaquer le marché des cartes de crédit ainsi que celui des hypothèques. À cet effet, pour· ce dernier marché, elle a noué un partenariat avec la banque Suruga afin de disposer du réseau national de cette dernière. En outre, depuis peu, elle a, à son catalogue, une offre de compte épargne en devises étrangères ​lui permettant de bénéficier de taux d’intérêts élevés. D’autres pôles de diversification sont également activés, tels que les prêts syndiqués, des produits dérivés, des créances titrisées, afin de réduire sa dépendance vis-à-vis des obligations d’État, qui constituent à ce jour 67 % de ses actifs. Depuis août 2008, dans quelques agences postales, est aménagé pour la clientèle un rayon épicerie et dans d’autres, sont proposés des services relevant de l’activité de sociétés de déménagement.

Les textes jusqu’ici édictés laissent planer beaucoup de questions, en particulier pour les entreprises étrangères, celle de savoir si elles seront sur un pied d’égalité pour proposer des produits d’investissements par le canal de la nouvelle Banque postale, ce qui ne semble pas encore le cas. En outre, il est prévu que les entités du groupe de la Poste soient assujetties à l’impôt sur les sociétés et à une obligation d’assurance professionnelle, mais le législateur japonais n’a pas précisé si l’assiette d’imposition retenue sera la même que celle applicable à n’importe quelle institution privée. Sans ajustement des textes, les mécanismes du marché seraient entravés au préjudice des sociétés concurrentes du secteur privé, y compris sous contrôle étranger.

À cela, il faut ajouter la fâcheuse tendance des bureaucrates japonais et des instances gouvernementales à manquer de rigueur dans la gestion des comptes publics ou à souvent utiliser de manière inappropriée ou détournée l’argent du contribuable nippon. La Japan Postal Services Holding Corporation, encore contrôlée par l’État, est une institution qui ne montre guère l’exemple. Le Conseil de l’audit du Japon, sorte de Cour des comptes à la japonaise, a en effet fait état dans un récent rapport (année fiscale 2008) du détournement par un receveur de la poste, sur une période de 11 ans, d’une somme globale de 1,2 milliard de yens. Bien que l’intéressé ait été inculpé, il reste 560 ​millions de yens qui semblent s’être volatilisés. Par ailleurs, le journal Asahi révélait en octobre 2008 une affaire d’escroquerie par des sociétés qui avaient envoyé de manière illicite du matériel de publicité en utilisant un système de remise destiné à aider des groupes d’aide aux personnes handicapées.

Aujourd’hui, le Japon en est au même point que la France en 2004. Le sujet de la sécurité est posé dans l’hypothèse de la réduction du capital public car moins celui-ci sera élevé, plus on peut penser que les agences de notation accorderont une note faible, ce qui entraînera nécessairement un changement de la perception du public. On ne doit pas cependant perdre de vue que la notation dépend aussi des ratios prudentiels auxquels le grand public est peu sensible… à supposer qu'il comprenne les subtilités du triple A vs 2A+. Par contre, ouvrir le capital permettrait de créer des opérations capitalistiques propices à la croissance.

Le véritable enjeu concerne la future relation organisationnelle, fonctionnelle et financière entre l’ensemble des sociétés rattachées à la holding, en particulier la société de services à la clientèle et la société de gestion d’épargne, qui reste indéterminée en raison d’un agenda parlementaire surchargé et de la passation du projet de loi de mars 2010 devant la seule Chambre des représentants à ce jour.

1 Loi N° 2005-516 du 20 mai 2005 qui a notamment permis à la Banque Postale, filiale à 100 % de la Poste française et ayant le statut d’établissement de crédit, de proposer des crédits à la consommation ou des prêts immobiliers sans épargne préalable, ce qui n’était jusqu’alors pas possible dans le cadre de la loi du 2 juillet 1990 constitutive du cadre législatif dans lequel La Poste exerçait ses compétences financières. 2 Dans les zones rurales retirées, le rôle de facteur et de receveur des postes est souvent accompli par des fermiers ou paysans. Titulaires d’un contrat de droit privé et agissant alors comme commis, ils délivrent souvent médicaments et pension de retraite en espèces aux usagers locaux. Le réseau de la Poste japonaise est plus important que n’importe quelle autre société de services du pays et fait plus du double de celui des banques japonaises. Le réseau de la Poste française, par comparaison, est constitué de 17 000 points de contact, dont 12 522 bureaux en propre et 4 523 relais ou agences gérés en partenariat dans les communes, chez les buralistes ou les commerçants (Les Échos, 29 août 2008). 3 C’est bien plus que n’en détiennent chacune des trois premières banques japonaises : 100 trillions de yens chez Tokyo-Mitsubishi UFJ, 66 trillions à la banque Sumitomo et 53 trillions à la banque Mizuho 4 La Post office Saving Bank fut créée sous le gouvernement Palmerston en 1861. Elle fut la première de ce genre dans le monde. 5 En réalité, il s’agit d’une série de six lois, respectivement (1) Yubin mineikaho [loi de privatisation des services postaux], No. 97 du 21 octobre 2005; (2) Nihon yusei kabushiki-gaishaho [loi sur la société holding des services postaux], No. 98; (3) Yubin jigyo kabushiki-gaishaho [loi sur la société des services postaux], No. 99; (4) Yubinkyoku kabushiki-gaishaho [loi sur la Japan Post Office Company], No. 100; (5) Dokuritsu gyosei hojin yubin chokin, Kan'i seimei hoken kanri kikoho [loi pour l’administration indépendante de la société publique de gestion de l’assurance vie postale et de l’épargne postale], No. 101; (6) Yusei min'eika ho to no shiko ni tomonau kankei horitsu no seibi to ni kansuru horitsu [ loi relative aux améliorations, etc des lois portant sur l’exécution de la loi sur la privatisation de la poste], No. 102 6 Junichiro Koizumi est vraisemblablement l’homme politique au Japon qui, ces vingt dernières années, a obtenu la meilleure cote de popularité ; il a d’ailleurs été réélu 2 fois dans ses fonctions. Il a réussi à vaincre les réticences de nombreuses personnes pour faire adopter le projet de privatisation de la poste. En France, où la même problématique se présente, malgré les démarches prudentes de son président M.Bailly, la Poste française n’a encore entamé aucun processus de privatisation. En septembre 2008 l’annonce du projet de transformation de la Poste Française en société anonyme dès 2010 suivi d’une ouverture du capital un an plus tard n’a pas recueilli le soutien de ses employés ni de la majorité des Français et le gouvernement l’a donc suspendu (L’Express.fr, 23 septembre 2008). 7 American Chamber of Commerce in Japan, Privatization Task Force, Applying Global Best Practices to the Implementation of the Postal Privatization Laws 12 (Nov. 2005) 8 Plus précisément, la coalition du Parti Démocrate du Japon, du Parti Social Démocrate et du Nouveau Parti du Peuple (Kokumin Shinto).

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº288
Notes :
1 Loi N° 2005-516 du 20 mai 2005 qui a notamment permis à la Banque Postale, filiale à 100 % de la Poste française et ayant le statut d’établissement de crédit, de proposer des crédits à la consommation ou des prêts immobiliers sans épargne préalable, ce qui n’était jusqu’alors pas possible dans le cadre de la loi du 2 juillet 1990 constitutive du cadre législatif dans lequel La Poste exerçait ses compétences financières.
2 Dans les zones rurales retirées, le rôle de facteur et de receveur des postes est souvent accompli par des fermiers ou paysans. Titulaires d’un contrat de droit privé et agissant alors comme commis, ils délivrent souvent médicaments et pension de retraite en espèces aux usagers locaux. Le réseau de la Poste japonaise est plus important que n’importe quelle autre société de services du pays et fait plus du double de celui des banques japonaises. Le réseau de la Poste française, par comparaison, est constitué de 17 000 points de contact, dont 12 522 bureaux en propre et 4 523 relais ou agences gérés en partenariat dans les communes, chez les buralistes ou les commerçants (Les Échos, 29 août 2008).
3 C’est bien plus que n’en détiennent chacune des trois premières banques japonaises : 100 trillions de yens chez Tokyo-Mitsubishi UFJ, 66 trillions à la banque Sumitomo et 53 trillions à la banque Mizuho
4 La Post office Saving Bank fut créée sous le gouvernement Palmerston en 1861. Elle fut la première de ce genre dans le monde.
5 En réalité, il s’agit d’une série de six lois, respectivement (1) Yubin mineikaho [loi de privatisation des services postaux], No. 97 du 21 octobre 2005; (2) Nihon yusei kabushiki-gaishaho [loi sur la société holding des services postaux], No. 98; (3) Yubin jigyo kabushiki-gaishaho [loi sur la société des services postaux], No. 99; (4) Yubinkyoku kabushiki-gaishaho [loi sur la Japan Post Office Company], No. 100; (5) Dokuritsu gyosei hojin yubin chokin, Kan'i seimei hoken kanri kikoho [loi pour l’administration indépendante de la société publique de gestion de l’assurance vie postale et de l’épargne postale], No. 101; (6) Yusei min'eika ho to no shiko ni tomonau kankei horitsu no seibi to ni kansuru horitsu [ loi relative aux améliorations, etc des lois portant sur l’exécution de la loi sur la privatisation de la poste], No. 102
6 Junichiro Koizumi est vraisemblablement l’homme politique au Japon qui, ces vingt dernières années, a obtenu la meilleure cote de popularité ; il a d’ailleurs été réélu 2 fois dans ses fonctions. Il a réussi à vaincre les réticences de nombreuses personnes pour faire adopter le projet de privatisation de la poste. En France, où la même problématique se présente, malgré les démarches prudentes de son président M.Bailly, la Poste française n’a encore entamé aucun processus de privatisation. En septembre 2008 l’annonce du projet de transformation de la Poste Française en société anonyme dès 2010 suivi d’une ouverture du capital un an plus tard n’a pas recueilli le soutien de ses employés ni de la majorité des Français et le gouvernement l’a donc suspendu (L’Express.fr, 23 septembre 2008).
7 American Chamber of Commerce in Japan, Privatization Task Force, Applying Global Best Practices to the Implementation of the Postal Privatization Laws 12 (Nov. 2005)
8 Plus précisément, la coalition du Parti Démocrate du Japon, du Parti Social Démocrate et du Nouveau Parti du Peuple (Kokumin Shinto).