Les banques ont un fort impact sur l'environnement au travers des projets et des entreprises qu'elles financent. BNP Paribas cherche-t-elle à réduire ces impacts indirects ?
Pour toutes nos activités dans des secteurs sensibles au regard de l'environnement, nous avons mis en place des politiques de financement et d'investissement. Par exemple, dans le secteur de l'énergie, nos équipes refusent de participer à des appels d'offres pour le financement de centrales à charbon dont la performance énergétique est médiocre. Nous avons déterminé un ratio « émission de CO2/kwh produit » qui nous permet d'évaluer le projet sous l'angle environnemental. Depuis septembre 2011, nous avons renoncé au financement d'une dizaine de grosses centrales, ce qui correspond à 80 millions de tonnes de CO2/an non financées.
Dans le domaine du nucléaire, BNP Paribas est sorti du projet Béléné en Bulgarie, très contesté par des ONG écologistes ; quelle est votre politique vis-a-vis de cette énergie ?
BNP Paribas est en effet sorti du projet Béléné depuis plusieurs années. En raison notamment de notre sélectivité, nous n'avons pas financé de centrale depuis 2006, mais seulement du matériel d'équipement comme des turbines.
Pourquoi ne pas renoncer totalement à financer le nucléaire ?
Les politiques énergétiques sont décidées par les États. Les banques n'ont pas à porter de jugement, elles ne sont pas les gendarmes du monde. Nous devons financer l'économie dans sa globalité. Le nucléaire ayant un rôle à jouer dans le mix énergétique mondial, nous devons maintenir notre présence dans ce secteur. Nous choisissons de le faire au travers des meilleures pratiques, c'est-à-dire en sélectionnant les projets que nous finançons.
Lorsque vous renoncez à certains financements, cela correspond à un manque à gagner pour la banque. Comment justifier ces choix auprès des actionnaires ?
À court terme, notre politique peut se traduire dans certains cas par une perte de PNB, mais à moyen terme, nous sommes gagnants. En effet, un projet controversé peut présenter un risque judiciaire et/ou financier pour le client de la banque. Si un tribunal lui demande de verser des dédommagements, par exemple, la situation financière de ce client se dégradera, tout comme ses capacités de remboursement. Cela participe donc de la gestion des risques.
Pouvez-vous mesurer votre impact indirect sur l'environnement et son évolution ?
Aujourd'hui, aucune banque n'est capable de répondre de façon fiable à cette question. Nous avons répertorié une quarantaine de méthodologies différentes en Europe. Nous avons testé deux d'entre elles – car elles nous paraissaient les plus matures – sur nos portefeuilles de financements et avons obtenu des résultats variant de 1 à 6 entre ces deux méthodes, ce qui laisse perplexe. La question demeure donc ouverte. Un groupe de travail s'est constitué dans le cadre de l'
En revanche, nous mesurons notre impact direct, généré par notre immobilier, nos équipements informatiques, etc. : il a diminué de 6 % en 2 ans et nous avons comme objectif de le réduire de 10 % dans les 3 ans qui viennent.
Lorsque vous financez un projet ou une entreprise, vous intéressez-vous à la dimension sociale ?
Cette question est particulièrement sensible dans certains secteurs. Dans les exploitations minières par exemple, nous vérifions qu'il n'est pas fait recours au travail des enfants. Dans le secteur agricole, nous avons suspendu le financement du coton en provenance d’Asie centrale, car de nombreux indices conduisaient à penser que les producteurs avaient recours au travail forcé pendant la cueillette. Autre exemple : lorsque des populations doivent être déplacées pour permettre la réalisation de certains projets comme un grand barrage, nous veillons aux conditions dans lesquelles ces déplacements sont effectués.
Quel soutien accordez-vous aux énergies renouvelables ?
La totalité de nos autorisations de crédit au secteur des énergies renouvelables s'élevait au 30 juin 2012 à près de 7 milliards d'euros.
Et quel est le montant accordé aux énergies fossiles ?
La part de nos financements aux différentes sources énergétiques (renouvelables, fossiles, nucléaire) est en ligne avec leur poids respectif dans le mix énergétique mondial.
Lorsque vous financez une entreprise, examinez-vous sa gouvernance ?
Nous vérifions que les entreprises respectent les principes du Pacte mondial des Nations unies. Notre priorité est donc d'identifier les cas de corruption et de blanchiment, afin d'éviter de financer les entreprises concernées par ces pratiques.
Outre les ONG, qui regardent vos initiatives à la loupe, quels autres publics s'intéressent à vos actions ?
Les investisseurs ISR évaluent également nos actions avant d'investir au capital de BNP Paribas, seule banque française à être présente dans l'indice responsable du Dow Jones. Autre classement sur lequel s'appuient les acteurs de l'ISR : celui de Vigeo, qui nous place au premier rang des banques dans le monde en matière de responsabilité. Les investisseurs ISR constituent un actionnariat stable que nous apprécions particulièrement.
Parmi nos collaborateurs, les jeunes sont très sensibles au développement durable. Notre politique contribue à attirer les meilleurs candidats et à fidéliser nos équipes.
Les partenaires sociaux eux aussi s'intéressent à nos actions en faveur de l'environnement et, bien sûr, dans le domaine social. Quant à nos clients individuels, certains clients ont des convictions, mais il est très rare qu'ils choisissent ou quittent une banque en raison de sa politique de développement durable.
La culture RSE se développe-t-elle dans tous les métiers de la banque ?
BNP Paribas a choisi d'être une banque responsable. Cette volonté étant portée par la Direction générale, elle se diffuse dans tous nos métiers. L'intégration de critères RSE dans la rémunération est un puissant accélérateur de prise de conscience : des critères extrafinanciers sont désormais intégrés à la rémunération variable du Top 5000 mondial de l'entreprise.
Quel sera l'impact de Bâle III du point de vue du développement durable ?
Bâle III pousse les banques à être plus sélectives lorsqu'elles financent des projets de long terme. Dans ce contexte, les filtres RSE permettront d'identifier les projets qui méritent vraiment notre appui.