Le rôle des marchés à terme agricoles en Europe

Créé le

02.03.2011

-

Mis à jour le

13.04.2011

Après une dizaine d’années de croissance continue et soutenue, les marchés européens de dérivés de matières premières agricoles sont devenus des références mondiales de prix et offrent une alternative aux références historiques outre-Atlantique. Quels sont ces instruments et à quoi servent-ils ? Comment fonctionnent-ils ? Et surtout, qui les utilisent ?

Les marchés de dérivés de matières premières sont des plates-formes sur lesquelles sont négociés des instruments financiers qui « dérivent » leur valeur d’un sous-jacent physique, une marchandise tangible. Ces produits permettent aux investisseurs de prendre une position à l’achat ou à la vente, plusieurs mois voire plusieurs années à l’avance. Différentes échéances sont proposées, avec des cours acheteurs et vendeurs comme pour les autres instruments financiers tels que les actions.

Des volumes en forte croissance

Véritable outil de gestion de risque de prix, les marchés à terme sur produits agricoles ont été créés pour répondre à la demande de la filière physique : ​producteurs, ​coopératives, négociants, ​transformateurs, etc. En effet, les marchandises physiques sont par définition volatiles, ​du fait des nombreux facteurs qui peuvent affecter une récolte (les aléas climatiques, les maladies, etc.). Par ailleurs, l’offre, la demande et les stocks sont déterminants pour fixer le prix d’une matière première. Les marchés à terme sur matières premières ont ainsi vocation à faire bénéficier les opérateurs des filières de leur infrastructure afin de les aider à protéger et sécuriser leur marge.

Les marchés à termes directeurs de matières premières agricoles portent sur le maïs, le blé, le sucre, le café et le cacao. Pour ce qui est des céréales, le marché de référence est aujourd’hui celui de Chicago où les premiers contrats sur le maïs ont été lancés en 1848. En Europe, le démarrage de ces produits s’est fait plus tardivement, avec le lancement, dans le milieu des années 1990, des contrats sur le blé, le colza et le maïs, mais leur progression est telle qu’ils sont devenus des références de prix mondiales, à l’instar de celles de Chicago. NYSE Liffe, qui regroupe les activités dérivés du groupe NYSE Euronext, est le premier opérateur de marchés à terme de matières premières agricoles en Europe, avec des contrats sur le café robusta, le cacao et le sucre blanc cotés à Londres, et sur ​le colza, le blé, le maïs, l'orge de brasserie et les produits laitiers cotés à Paris. La progression des volumes, notamment sur le contrat blé, est très impressionnante, avec une moyenne de lots traités en hausse de 1 200 % entre 2007 et 2010. Aujourd’hui, l’équivalent de 850 000 tonnes de blé est échangé chaque jour sur la plate-forme de NYSE Liffe.

Une régulation qui se précise

Les marchés à terme sont réglementés, sécurisés et contrôlés. Ils sont soumis aux autorités de tutelle telles que l’Autorité des marchés financiers (AMF) française ou la Financial Services Authority (FSA) britannique et bénéficient de la garantie de bonne fin du contrat d’une chambre de compensation qui élimine le risque de contrepartie. De plus, les entreprises de marché telles que NYSE Euronext disposent de systèmes de surveillance sophistiqués pour s’assurer d'une exécution des opérations conforme au cadre réglementaire. Ces marchés sont transparents et s’opposent aux transactions de gré à gré (OTC) qui échappent à toute forme de réglementation ou de surveillance.

L’encadrement des marchés dérivés de matières premières agricoles est pourtant essentiel. En Europe, la mise en place de l’autorité européenne des marchés ESMA devrait permettre une meilleure gestion des différents marchés et contrats. La révision de la Directive MIFID devrait quant à elle proposer de réglementer ces produits et de les compenser. Par ailleurs, NYSE Liffe a déjà mis en place des limites de positions à la livraison sur Paris (limites d’emprise) afin d’assurer la bonne exécution des livraisons physiques à l’expiration. Cette livraison physique sert de force de rappel et permet une bonne convergence à l’échéance entre le marché à terme et le marché physique, même si celle-ci ne représente que 2 % des volumes échangés.

Vers plus de reporting

À la différence des marchés américains et de leur régulateur, la CFTC (Commodity Futures Trading Commission), ​les marchés européens ne sont aujourd’hui pas tenus de publier la part des différentes catégories d’opérateurs et leur engagement sur ces marchés (la position ouverte). C’est pourquoi il est aujourd’hui impossible de dire quelle est la part des financiers sur les marchés financiers européens, ​bien que nous l’estimions minoritaire par rapport aux marchés américains. Afin d’apporter plus de transparence sur ses marchés, NYSE Liffe a initié, en septembre 2010, la mise en place d’un rapport des positions ouvertes, encore à l’essai, sur la partie londonienne de ses produits, rapport qui sera étendu aux produits parisiens dès que techniquement opérationnel. Les catégories retenues sont les mêmes que le « commitment of trader report » de la CFTC, à savoir, les hedgers, les swap dealers, les money managers et une catégorie non reportable.

Sous les projecteurs du G20

Afin de gérer au mieux ces contrats à terme agricoles, il est indispensable de bien en comprendre le fonctionnement et leur rôle dans l’agriculture européenne d’aujourd’hui. Ces outils sont devenus indispensables pour gérer le risque de prix ; il ne faut donc ni ​diaboliser les opérateurs financiers, ni surestimer leur importance. Par ailleurs, le rôle des spéculateurs n’est pas nécessairement négatif car ces derniers apportent de la liquidité aux marchés et permettent aux commerciaux de transférer leur risque.

L’actualité internationale, avec la présidence du G20 par la France, ​a mis les marchés de matières premières agricoles sous les projecteurs. Transparence, volatilité et spéculation sont les trois axes visés. Ce débat ne doit pas se limiter au niveau européen mais s’ouvrir plus globalement aux autres grands acteurs internationaux que sont la Chine, l’Inde et le Brésil. Ceci a d’ores et déjà été appréhendé, comme l’illustre la première réunion des ministres de l’Agriculture sous l’égide du G20, ​prévue au mois de juin de cette année.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº290