À quels besoins répond le reverse factoring ?
Le reverse factoring répond à différents besoins des entreprises :
- la recherche d’une amélioration du besoin en fonds de roulement (BFR) ;
- la recherche d’une rationalisation et d’une automatisation des flux, l’intégralité de la procédure pouvant s’effectuer sur Internet ;
- la volonté de sécuriser la chaîne d’approvisionnement en facilitant le financement des fournisseurs.
Le reverse factoring n’est-il pas de ce fait un financement de crise ?
Il est très utile en période de crise, mais cela ne doit pas occulter un aspect particulièrement intéressant de ce produit relatif à la réglementation Bâle III. Le reverse factoring consomme moins de capital prudentiel que les crédits bancaires, s’agissant d’un financement à court terme adossé à un flux de marchandises. Il constitue donc une alternative de financement pour les PME dont l’accès au crédit bancaire est contraint par la réglementation, et qui n’ont pas la taille nécessaire pour aller sur les marchés financiers.
Ce produit bénéficie en fait aux trois parties prenantes : l’acheteur, grande entreprise cliente de la banque, conformément aux raisons évoquées ci-dessus ; au fournisseur, qui voit son paiement avancé et à de meilleures conditions, puisque le risque de la banque est pris sur l’acheteur ; à la banque, pour des questions liées à un meilleur traitement réglementaire. L’ensemble de ces raisons font du reverse factoring un produit d’avenir.
Quel montant représente aujourd’hui le reverse factoring ?
En France, le volume du factoring, c’est-à-dire la totalité des factures escomptées annuellement par les factors, atteint 200 milliards d’euros. Le volume de factures escomptées via un programme de reverse factoring ne représenterait que 10 à 15 % de cette somme. En Espagne, ces deux volumes sont à peu près identiques, à 58 milliards d’euros.
Le développement de ce financement ne risque-t-il pas de s’effectuer au détriment du factoring simple ?
En France, le crédit inter-entreprise représente un encours d’environ 600 milliards d’euros, dont le factoring et le reverse factoring ne représentent ensemble que 6 à 7 %. Il reste donc suffisamment de marge pour que chacun puisse se développer sans empiéter significativement sur l’autre.
Le reverse factoring a cependant une dynamique de développement plus forte que celle du factoring. En effet, lorsqu’une grande entreprise met en place un programme de reverse factoring, elle peut très facilement l’étendre à des fournisseurs de plus en plus nombreux. Elle peut aussi segmenter cette population, en distinguant plusieurs groupes, avec la possibilité de leur appliquer des tarifications différentes. Dans un même programme de reverse factoring peuvent coexister plusieurs catégories de fournisseurs.
Ainsi alors que le taux de croissance du factoring plafonne aujourd’hui à 5 ou 7 % en France, celui du reverse factoring est proche de 20 %.
Que représente cette activité pour BBVA ?
Traditionnellement, le financement de la supply chain est une spécialité de BBVA, mais cette activité a pris une part encore plus importante depuis la crise financière. Les activités dites de « banque transactionnelle », dont le supply chain est une composante importante, génèrent déjà 40 % de la totalité des revenus de nos activités CIB, et la proportion continue de croître.
Concernant plus précisément le reverse factoring, la plate-forme de BBVA gère en Espagne près de 5 000 programmes actifs de reverse factoring, représentant 127 000 fournisseurs et 20 milliards d’euros de flux annuels de créances remises dont 50 % en moyenne sont escomptées par les fournisseurs, et cela dans plus de 28 devises. De fait, le choix d’escompter ou pas les créances remises par le client grande entreprise est à la main des fournisseurs.
SEPA ayant créé un environnement favorable pour gérer les paiements dans l’ensemble des pays européens à partir d’un pays donné, l’idée est très vite venue de profiter de l’infrastructure développée en Espagne depuis plus de trente ans, pour la mettre à disposition des clients européens en général, et français en particulier.
Les fournisseurs peuvent d’ailleurs être ou pas clients de BBVA (c’est généralement le cas en Espagne, moins fréquemment dans les autres pays européens), mais le reverse factoring permet d’une façon ou d’une autre d’établir une relation avec les fournisseurs pour les servir au mieux. Il faut souligner que BBVA est une banque qui a une très forte culture des fournisseurs : outre la plateforme Internet de reverse factoring, BBVA met également à leur service un call-center multilingue qui enregistre pas moins de 25 000 appels par mois.
Cette culture peut-elle être un élément de conquête d’une nouvelle clientèle ?
C’est clairement le cas en Espagne grâce aux efforts déployés vis-à-vis de cette clientèle notamment à travers le call center qui n’est pas que passif : il peut être proactif et contacter les fournisseurs pour les inciter à escompter leurs créances (sachant que, dans l’économie du reverse factoring, la banque se rémunère principalement sur les escomptes réalisés), ou leur conseiller de se rendre dans les agences les plus proches.
Quelles sont les évolutions possibles pour ce produit ?
Les évolutions technologiques rendent possibles certaines innovations pour accélérer la transmission des fichiers de factures remises, ce qui se traduit in fine par une réduction du délai de mise à disposition des fonds. Par exemple, l’acceptation des factures, nécessaire pour qu’elles acquièrent un caractère non répudiable, peut se faire via des portables ou des tablettes. Nous travaillions à fluidifier encore plus le processus en acceptant des protocoles plus nombreux pour l’échange de données, des factures électroniques, en organisant une connexion entre la banque et les entreprises beaucoup plus précoce ou encore, en multipliant les points de contact possibles avec les fournisseurs (alerte sur mobile).
Pourquoi l’Espagne est-elle aussi en pointe sur le reverse factoring ?
Il faut remonter aux années 1990, pendant lesquelles l’Espagne a fortement investi dans les infrastructures, à l’occasion des Jeux Olympiques de 1992 ou, la même année, de l’exposition universelle de Séville, provoquant une croissance forte de l’activité du secteur de la construction. Les grandes entreprises du BTP ont alors sollicité leurs banques pour mettre en place un système de paiement de leurs fournisseurs, tout en préservant leurs délais de paiement vis-à-vis de ces derniers, qui étaient en moyenne de 180 jours. Sous leur pression, les banques espagnoles ont investi dans des plates-formes de traitement adaptées. Ces pratiques initialement mises en œuvre dans le secteur du BTP ont ensuite essaimé dans d’autres secteurs d’activité : l’énergie, l’industrie, la distribution, les télécommunications, pour s’étendre aujourd’hui à l’ensemble de l’économie.
Dans cette même période, bon nombre d’entreprises espagnoles souhaitaient aussi se développer à l’international, au Brésil ou en Amérique Latine. Le reverse factoring était une forme de financement leur permettant de préserver leur structure bilantielle et leurs ratios de liquidité, ce qui indirectement a facilité leurs investissements à l’étranger.
Quels sont les autres pays où le reverse factoring est aujourd’hui développé ?
Les pays dans lesquels le reverse factoring est le plus utilisé sont, outre l’Espagne, le Royaume-Uni, les États-Unis et la Chine. La France est loin derrière ce peloton de tête. Pour le Royaume-Uni, le reverse factoring s’yest notamment développé très rapidement, car le gouvernement anglais l’a explicitement promu pour permettre aux fournisseurs de préserver leurs lignes de crédit bancaire.
Le succès de cette forme de financement tient aussi aux délais de paiement appliqués dans le pays : plus ils sont longs, plus elle trouve son intérêt.
À quoi est dû selon vous le retard français ?
La question du traitement comptable du reverse factoring explique en partie ce retard. L’intérêt du reverse factoring pour les acheteurs repose sur le fait que les factures escomptées continuent à être considérées comme de la dette commerciale et non de la dette financière. Or la position des auditeurs n’est pas toujours homogène sur le sujet et certains programmes mis en place en France par le passé ont été requalifiés par les auditeurs en dette financière en raison des termes du contrat signé entre la banque et l’acheteur. Aujourd’hui, dans ce domaine, un modèle accepté par tous les auditeurs tend à s’imposer : le contrat d'« agent payeur », par lequel l’acheteur sous-traite à la banque les paiements aux fournisseurs, la banque s’engageant de son côté à offrir aux fournisseurs l’option d’avancer le paiement des factures acceptées que lui a remis l’acheteur. En Espagne, c’est le même modèle contractuel d’agent-payeur qui s’est aussi imposé. L’expérience du produit en Espagne rend par ailleurs possible la recherche de solutions tant juridiques que technologiques permettant d’optimiser le BFR de l’acheteur tout en respectant le délai légal de paiement (qui est de 60 jours tout comme en France), sous réserve de validation par les auditeurs.
Une autre explication du retard français est la rigidité de la loi LME qui limite de façon stricte les délais de paiement à 60 jours. En France, les grandes entreprises aimeraient pouvoir également coupler le reverse factoring avec une extension du délai de paiement. Mais il n’existe aucune possibilité de déroger à la loi LME, alors que celle-ci est à l’origine la transposition d’une directive européenne qui n’est elle-même pas aussi stricte : elle préserve notamment une possibilité de fixer des délais supplémentaires si les parties contractantes en sont d’accord et si cela ne crée pas un préjudice pour le fournisseur. Et dans beaucoup d’autres pays européens, comme le Benelux, l’Allemagne ou la Grande-Bretagne, force est de constater que la transposition est plus souple. Il existe donc, du fait de la rigidité de la LME, une distorsion commerciale aux dépens des entreprises françaises par rapport à leurs homologues à l’étranger.
En outre, l’objectif de la LME est de lutter contre les retards de paiement et de favoriser le financement des PME. Or, le reverse factoring assure précisément ces deux objectifs en donnant aux fournisseurs le moyen de se financer à court terme à de bonnes conditions.
Il faudrait donc réfléchir à un assouplissement raisonnable de la loi LME. Dans un contexte plus équilibré, le reverse factoring trouverait en France aussi toute sa justification.
Êtes-vous soutenu dans votre position ?
Les acteurs de cette forme de financement, à savoir les factors, les prestataires de services, les banques étrangères qui en ont déjà une expérience dans leur pays d’origine (les banques espagnoles, US ou anglaises) plaident dans ce sens. Le Medef considère que le reverse factoring fait partie des deux solutions prioritaires (avec la titrisation) à promouvoir pour financer les entreprises. Enfin, la FBF réfléchit également à monter un groupe de travail sur le sujet et la Banque de France s’y intéresse.