Stratégie

Le « rêve chinois », une opportunité pour les marchés de l’assurance

Créé le

11.12.2014

-

Mis à jour le

29.01.2015

Le marché de l’assurance en Chine connaît déjà une très forte croissance. Et la tendance n’est pas près de ralentir : le développement de la demande intérieure, l’urbanisation, l’inflexion du modèle économique vers une industrie à plus forte valeur ajoutée, une sécurité alimentaire accrue, sont autant de facteurs qui renforcent le potentiel du marché de l’assurance.

Si l'on fait le parallèle entre la croissance du produit intérieur brut en Chine et celle du marché de l’assurance, le constat est évident : entre 2001 et 2011, les deux indicateurs s’alignent, avec des taux inaccessibles pour le marché européen (voir Graphique 1). Ainsi, le cas de la Chine illustre bien le constat connu selon lequel le marché d’assurance suit la dynamique du développement économique du pays.

Il y a encore dix ans, le marché chinois de l’assurance représentait à peine 1 % de la prime mondiale d’assurance. Aujourd’hui c’est le 4e marché mondial, devant la France, et il représente déjà 6 % de la prime mondiale d’assurance soit 278 milliards de dollars.

Malgré cette croissance à deux chiffres, qui reste un rêve pour les marchés matures, le secteur chinois de l’assurance ne se trouve à l’heure actuelle qu’au tout début de son développement, avec un taux de pénétration de 3 % du PIB et avec une densité (prime par habitant) de 201 $ en 2013. À ce stade initial, les organismes de réglementation et de contrôle font une pression majeure sur les acteurs du marché. Parmi ces institutions qui maintiennent la légalité et la stabilité des opérations du secteur assurantiel, la Commission de supervision des assurances en Chine (CIRC) joue un rôle prépondérant. En effet, dans son 12e plan quinquennal, le régulateur a annoncé son intention de suivre de près la stabilité financière des acteurs d’assurance tout en fixant un objectif de 467 milliards de dollars de primes en 2015.

L’autre facteur-clé qui conditionne le développement du marché d’assurance est la politique du Parti Communiste Chinois (PCC). Xi Jinping, leader du PCC, a dessiné la vision d’avenir du pays dans son célèbre discours « China dream » prononcé le 29 novembre 2012 au Musée national de la Chine. En étudiant plus précisément le « rêve chinois », ses conséquences pour les marchés de l’assurance se révèlent comme une évidence : encourager la consommation intérieure, urbaniser le pays, transformer le modèle économique… Ce cap général de la politique du PCC, d’un côté engendre de nombreuses perspectives pour le secteur de l’assurance et de l’autre instaure beaucoup de règles du jeu.

la stimulation de la demande intérieure

Entre autres, la stimulation de la demande intérieure est prioritaire et placée au centre des préoccupations de l’équipe de Xi Jinping. Comment faire ? Augmenter les revenus de la population, ce qui permet de créer de meilleures conditions pour l’expansion de la classe moyenne. Cette dernière étant une consommatrice importante de produits d’assurances, tant pour les biens personnels (assurance d’automobile, de logement…) que pour l’assurance-vie (financement de la retraite ou de l’éducation des enfants) ou les assurances de personne (la prévoyance et la santé). Les chiffres en témoignent : en 2013, 55 % du total des primes perçues en Chine, soit 152 milliards de dollars, étaient perçus notamment dans l’assurance-vie.

L’ouverture au monde après la mort de Mao Zedong et l’enrichissement du pays ont fait apparaître de nouveaux standards et de nouvelles valeurs chez les Chinois. Ces nouveaux standards rendent la classe moyenne chinoise plus moderne et plus consommatrice, ce qui impacte directement les secteurs tels que l’automobile et le luxe. Cela se traduit en matière d’assurance par la large domination de la branche automobile parmi les assurances non-vie. À partir de 2006, l’essor de cette branche s’est encore amplifié suite au caractère devenu obligatoire de l’assurance responsabilité civile des automobilistes (voir Graphique 2).

Un autre pilier important du « Rêve chinois » est l’urbanisation du pays. En Chine, la tendance démographique de ces dernières décennies est la migration des habitants de la campagne vers la ville. En 2000 par exemple, dans les zones urbaines vivaient à peu près 36 % de la population ; dix ans plus tard, le taux d’urbanisation a atteint 50 %. Aujourd’hui, 690 millions de personnes vivent en ville, et ce chiffre est appelé à augmenter. Or en Chine, la demande de produits d’assurance émane principalement de la population urbaine (les provinces côtières en particulier), plus riche et prospère que celle qui vit dans les régions rurales (à l’Ouest du pays notamment). Le potentiel du développement du secteur de l’assurance est donc évident…

En outre, l’urbanisation entraîne l’accroissement du nombre d’utilisateurs d’internet qui est devenu un canal de distribution des assurances très efficaces en Chine. Ainsi, le volume des ventes on-line du PICC, premier assureur chinois, a augmenté de 211 millions de dollars jusqu’à 400 millions de dollars en une seule année seulement, entre 2011 et 2012. De plus, qui dit urbanisation, dit chantiers et projets d’infrastructure… L’assurance construction attend son tour.

Un changement du modèle économique favorable aux marchés de l’assurance

En même temps, la vitesse de l'urbanisation est influencée par la transformation économique dans les zones urbaines. La Chine est en train de changer son modèle économique (passage de la fabrication de bas de gamme vers celle de haut de gamme), de nouveaux secteurs porteurs apparaissent tels que les biotechnologies, l’énergie durable et renouvelable, l’électronique, l’automation, l’amélioration de l'environnement… Par conséquent, tant qu’il y a expansion économique, il y a besoin croissant de services assurantiels et surtout nécessité de produits innovants et sur mesure. Et ce d’autant plus que, les investisseurs étrangers attendent avec impatience l’ouverture annoncée des secteurs de transport (chemins de fer) et d’énergie (nucléaire). Dans ce contexte, les acteurs du marché international de l’assurance auront certainement leur rôle à jouer.

Parallèlement, pour réaliser son fameux « rêve », la Chine est obligée de moderniser et de développer d’avantage son secteur agricole. L’augmentation importante de la population urbaine et l’accroissement de son pouvoir d’achat vont accroître fortement les besoins  de consommation dans le secteur des produits alimentaires. Depuis quelques années la sécurité alimentaire et la qualité des produits comestibles provoquent de grands débats dans la société chinoise et attirent de plus en plus l’attention de l’État (voir Encadré).

Conséquence directe, l’industrie alimentaire en Chine est de plus en plus encadrée. Le législateur veut obliger producteurs et distributeurs de produits alimentaires à assurer leur responsabilité… une bonne nouvelle très attendue par les acteurs de l’assurance.

L’agriculture et la prospérité du peuple chinois restent au cœur des réformes de Xi Jinping, réformes qui n’apportent que du potentiel au développement du marché d’assurance…

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº781