Quel état des lieux faire des fonds de retraite européens ?
Qu’il s’agisse des fonds à prestations ou cotisations définies des régimes de retraite gouvernementaux, le modèle qui existe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale a été fondé sur une certaine espérance de vie et un âge de départ en retraite autour des 60 ans. Aujourd’hui, ce modèle vole en éclat, pour plusieurs raisons :
- tout d’abord, la population vit de plus en plus longtemps : il faut comprendre qu’une personne qui naît en 2013 a une espérance de vie de 5 ans supérieure à celle qui vient de fêter ses 30 ans. Ce changement est d’une ampleur jamais constatée. Cela signifie que la période de vie que nous passons en tant que retraité ne cesse de s’allonger et, par conséquent, que le besoin de financement de cette période augmente également de façon significative ;
- à cela s’ajoute la crise économique que nous traversons depuis près de 5 ans déjà, avec des perspectives de croissance très limitées pour les 2 ou 3 prochaines années. De fait, nous risquons de rester durant cette période dans une situation où les rendements demeurent au plus bas, ce qui ne fait qu’amplifier la problématique provoquée par la longévité accrue ;
- enfin, la crise de 2008 a forcé dans un premier temps les politiques, puis les régulateurs à mettre en place de nouvelles réglementations qui, bien que nécessaires, peuvent avoir des effets collatéraux non négligeables, et, le plus souvent, non souhaitables.
Compte tenu de ce contexte, les fonds de pension peuvent-ils encore assurer les retraites ? Sont-ils au final une alternative à la répartition ?
Il est évident aujourd’hui que le système de retraites par répartition n’est plus suffisant. Il n’y a pas d’autre choix que de trouver des alternatives comme les fonds de pension, ou plans de retraite selon les différentes appellations, pour assurer des revenus complémentaires sur cette période d’inactivité.
Tout commence par une prise de conscience collective. Chacun doit comprendre qu’il est absolument nécessaire de se prendre en main dès son entrée dans la vie active et d’épargner de manière significative tout au long de sa vie.
Ensuite, deux acteurs peuvent aider les individus à assumer cette nouvelle nécessité : l’État en premier lieu. En Australie par exemple, celui-ci a imposé à chaque citoyen l’obligation de mettre 8 % de son revenu de côté pour financer sa retraite. Dès 2014, ce seuil passera à 12 %. L’incitation de l’État en France pour favoriser les placements à long terme existe, mais elle demeure globalement limitée et n’est certainement pas encore à la hauteur de ce dont les particuliers ont besoin pour répondre aux nouveaux enjeux. L’entreprise peut également délivrer un message dans ce sens, voire abonder l’épargne de ses salariés pour créer une dynamique. Une
En tout état de cause, ces trois acteurs doivent travailler ensemble : l’individu doit intégrer cette nouvelle nécessité et comprendre les besoins d’épargne qui en découlent, l’État et les entreprises doivent créer des stimulateurs pour aider ce dernier à mettre de l’argent de côté dès le plus jeune âge, et régulièrement tout au long de sa vie active.
Quel rôle devrait plus précisément jouer l’État en France pour favoriser le développement des fonds de pension ?
L’État devrait assumer deux rôles :
- alerter sur l’importance de préparer sa retraite tout au long de sa vie : la population est en meilleure santé physique et vit plus longtemps, elle a donc besoin de financer un niveau de vie sur une période plus longue qu’il y a 20 ans. L’État doit être clair et faire savoir que demain, même si cela reste une de ses obligations premières, il ne pourra plus le faire seul. Les régimes par répartition ne seront plus suffisants pour répondre à ces besoins futurs. En complément, il faut donc des régimes par capitalisation ;
- créer des incitations fiscales pour pousser les gens à investir à long terme, même dans la situation budgétaire difficile actuelle.
Comment convaincre les particuliers d’épargner à très long terme dans un contexte de rendements faibles et de marchés financiers chahutés ?
Effectivement, malgré un contexte de rendements faibles, voire négatifs depuis 5 ans, les individus doivent, pour assurer leurs retraites, épargner davantage et de plus en plus tôt. En effet, on constate dans certaines zones géographiques, par exemple dans les pays scandinaves, la fin des produits à prestations garanties (dits defined benefits), ce qui oblige les particuliers à prendre une part active dans la constitution de leur épargne retraite et se tourner vers des produits de capitalisation (dits defined contributions). Ce changement a, bien entendu, un impact sur la consommation des ménages. Par ailleurs, il est nécessaire d’effectuer un effort pédagogique vers ces « nouveaux investisseurs » sur des notions fondamentales telles que l’horizon de placement, la volatilité, la diversification et la couverture du risque. Il y a également eu une prise de conscience au niveau des gestionnaires d’actifs : des produits profilés en fonction de l’appétit au risque des investisseurs ont vu le jour. De plus, ces gérants ne sont plus uniquement focalisés sur la gestion de l’actif à court terme mais sur l’adossement de cet actif par rapport à un passif long terme (ALM) avec un horizon de 30 ans, adapté à un véritable investissement retraite. Il faut avoir sur ces horizons très longs une vision claire de la stratégie à mettre en place, mais aussi la capacité de modifier de façon dynamique ces allocations face aux soubresauts des marchés à court ou moyen terme.
En parlant de diversification des investissements, sont évoqués les pays émergents, ou les produits dérivés : ne va-t-on pas vers trop de risques pour récupérer du rendement ?
La crise a mis en évidence que même les classes d’actifs traditionnellement considérées comme les plus sûres pouvaient être mises en difficulté. En réalité, il n’y a pas d’allocation d’actif « miracle », mais il y a des solutions évidentes à appliquer immédiatement telles que la diversification ou la couverture. En Europe, les rendements sur la plupart des produits financiers sont extrêmement faibles. Pour pallier cette faiblesse, la recherche d’investissements sur les marchés émergents ou en Asie permet de bénéficier du différentiel de croissance des entreprises d’une région par rapport à une autre. C’est très sain d’intégrer des zones géographiques diverses, d’avoir des maturités différentes en termes de croissance, des modèles de développement et de risque variés. Cela étant, le gestionnaire peut vouloir chercher de la croissance dans d’autres régions du monde sans pour autant exposer ses investisseurs au risque de change. Il pourra donc décider de couvrir cette prise de position dans une devise autre que l’euro, afin de neutraliser l’effet de change induit.
Le Rapport
Il faut évidemment éviter que les gens ne perdent confiance dans cet outil utilisé depuis des années et ayant fait ses preuves. Il est donc nécessaire de conforter les individus dans le fait que l’assurance vie a été, et demeure un moyen important pour préparer sa retraite. Cependant, cela ne peut être le seul moyen, sinon on entre de nouveau dans une situation de diversification minimum de ses investissements : il faut, une nouvelle fois, revenir aux fondamentaux et assurer une diversification au sein d’un portefeuille, mais aussi entre les produits que vous pouvez utiliser.
Les évolutions réglementaires ne freinent-elles pas les possibilités de diversification et d’agilité nécessaire aux fonds de pension ?
Les multiples évolutions réglementaires présentent parfois des effets collatéraux défavorables. Je n’en citerai qu’une :
Il faut être clair : il est important de veiller à ne pas alourdir encore le coût d’investissement et de fonctionnement issu de ces nouvelles réglementations qui sont, a priori, mises en place pour protéger l’ensemble de la chaîne, mais qui ont au final généré plus d’effets négatifs que positifs.
En outre, la multiplication de ces réglementations risque de créer un leurre : celui de croire qu’un investissement n’a plus de risque. Il faut rappeler qu’un risque zéro veut aussi dire un rendement nul, et cela n’intéresse personne ! Et s’il y a un risque, il faut savoir l’assumer, et le meilleur moyen de le limiter, c’est l’adoption de la diversification et de la couverture.
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La taxe peut avoir des effets rapidement néfastes si elle n’est pas appliquée à tout le monde. Elle risque de mettre à mal un certain nombre d’industries dans les pays qui auront accepté de l’appliquer. Ensuite il ne faut pas oublier un élément très spécifique à la France : près de 60 % des investissements se font encore dans des fonds monétaires, dont les taux de rendement sont particulièrement faibles aujourd’hui. Si une taxe s’applique sur certains produits du fonds monétaire, le rendement risque d’être proche de zéro, voire négatif. Ce n’est pas ce que souhaitent les investisseurs, ni les gestionnaires et sans doute pas non plus ce que veut l’État. C’est un exemple supplémentaire d’une réglementation dont les effets collatéraux iront sans doute bien au-delà de ce qu’on a pu imaginer.
Au final, la France est-elle prête pour les fonds de pension ?
Nous n’avons jamais été aussi prêts ! Le régime par répartition s’essouffle, même si les politiques ont encore du mal à le formuler clairement, et la pression est telle que le sujet devient inévitable. Le marché français n’est pas différent des autres : nous vieillissons tous, et avons des besoins d’assurer nos revenus à long terme ; il faut parler franchement et mettre la population devant ses obligations en lui faisant comprendre que l’État ne peut pas se désengager, mais que sa responsabilité s’arrête à un certain point et ne peut aller au-delà. C’est l'un des défis majeurs de la décennie.