Pourquoi la banque centrale américaine, qui estime disposer encore de marges d’action significatives, ne les utilise-t-elle pas ? Depuis plusieurs semaines, les signes d’essoufflement de la croissance sont pourtant manifestes. La réaction des marchés obligataires ne s’est d’ailleurs pas fait attendre : fin août, les taux d’intérêt publics à dix ans étaient tombés en dessous de 2,5 %, approchant les niveaux très bas atteints en décembre 2008, quelques semaines après la faillite de Lehman Brothers.
Si la Réserve fédérale ne s’est pas encore résolue à un nouvel assouplissement quantitatif, c’est moins par manque d’audace que parce qu’elle est dans l’incertitude. La nature du ralentissement observé – simple « trou d’air » ou rechute – est ambiguë. Malgré la décélération du PIB au second trimestre, la demande intérieure a continué d’accélérer. En même temps, le tassement de l’activité constaté au moment précis où un certain nombre de mesures de soutien sectoriel – crédit d’impôt pour l’achat d’un logement ou prime pour l’achat de petit électroménager – se sont arrêtées, peut légitimement inquiéter.
L’incertitude conjoncturelle n’est toutefois pas la seule raison des hésitations de la banque centrale. Celles-ci tiennent aussi à sa difficulté à apprécier la portée d’éventuelles nouvelles mesures d’assouplissement. Dans un environnement où les agents privés continuent de se désendetter, il n’est pas sûr que des achats, même massifs, de titres publics réussissent à stimuler suffisamment la demande. Une action conjointe de la banque centrale et du gouvernement augmenterait bien sûr significativement le levier des autorités. C’est d’ailleurs le conseil que Ben Bernanke avait prodigué en 2003 aux autorités japonaises. C’est aussi la voie sur laquelle les États-Unis pourraient s’engager si le Congrès vote les mesures proposées par le Président Obama.
En attendant, la Réserve fédérale devrait continuer de laisser au marché obligataire le soin de régler la conjoncture. D’autant que, jusqu’à présent au moins, celui-ci a parfaitement tenu le rôle de stabilisateur quasi-automatique que la banque centrale lui a confié…